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Pour ou contre la doctrine de la « guerre juste ». Une polémique qui
divise aussi l’Église
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Le 06 mai 2026 -
E.S.M.
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Demain 7 mai, le pape Léon
XIV recevra en audience Marco Rubio, le secrétaire
d’État américain, qui est catholique. Leur entretien
portera sur la question capitale de la paix et de la
guerre, qui a déjà été déjà amorcée d’abord par les
grossières attaques verbales à répétition lancée par le
président Donald Trump à l’encontre du pape et ensuite
par la leçon de théologie malvenue en matière de
« guerre juste » infligée encore une fois au pape,
quelques jours plus tard, par le vice-président JD Vance,
également catholique.
S.M.
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Benoît XVI -
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Pour ou contre la doctrine de la « guerre juste ». Une polémique qui divise
aussi l’Église
Le 06 mai 2026 -
E.S.M. -
(s.m.) Demain 7 mai, le pape Léon XIV recevra en audience Marco
Rubio, le secrétaire d’État américain, qui est catholique. Leur
entretien portera sur la question capitale de la paix et de la
guerre, qui a déjà été déjà amorcée d’abord par les grossières
attaques verbales à répétition lancée par le président Donald
Trump à l’encontre du pape et ensuite par la leçon de théologie
malvenue en matière de « guerre juste » infligée encore une fois au
pape, quelques jours plus tard, par le vice-président JD Vance,
également catholique.
Le pape Léon prêche la paix d’une part comme un choix personnel
susceptible de conduire jusqu’au martyre et d’autre part comme un choix
public impliquant le droit – et pour l’État le devoir – de défendre, au
besoin par les armes, la liberté et la vie (sur la photo, l’archevêque
majeur de l’Église grecque catholique ukrainienne, Mgr Sviatoslav Chevtchouk
en prière à Bucha, après le massacre perpétré par les envahisseurs russes).
Settimo Cielo avait d’ailleurs publié un article sur le sujet le 12
janvier en citant, pour soutenir ces deux chemins de paix, Flavio Felice,
professeur d’histoire des doctrines politiques à l’Université pontificale du
Latran.
Mais tout de suite,
Daniele Menozzi, ancien professeur d'histoire contemporaine à la Normale
de Pise et auteur d'un volume imposant précisément sur « L'Église, la paix
et la guerre au XXe siècle », s'était empressé de contester cette exégèse du
magistère du pape Léon, l’attribuant aux « partisans irréductibles de
l'idéologie de la "guerre juste" » et soutenant au contraire que — dans la
lignée de ce que prêche le pape François — « la guerre est toujours une
erreur » et que, par conséquent, la doctrine de la « guerre juste » ne tient
plus la route.
Selon le professeur Menozzi, il faudrait au contraire promouvoir
aujourd’hui une « pédagogie de la non-violence » qui enseigne à « répondre
au mal de l’injustice sans recourir au mal des armes », comme s’il la
société et les fidèles catholiques souffraient d’un amour immodéré des armes
et pour la guerre qu’il faudrait soigner.
Pourtant, dans les faits, tous les sondages confirment que le sentiment
qui domine – surtout en Italie – est totalement opposé au bellicisme. Un
sentiment qu’Ernesto
Galli della Loggia, ancien professeur d’histoire politique
à l’Université de Pérouse, a d’ailleurs qualifié de « syndrome de la
proie », dans un éditorial très critique publié dans le « Corriere della
Sera » du 4 mai.
Quelques jours plus tôt, toujours dans le « Corriere », un autre expert
reconnu,
Angelo Panebianco, professeur de sciences politiques à l’Université de
Bologne, avait pris acte de ce sentiment répandu et pointé du doigt ses
sérieuses lacunes, dans un éditorial intitulé « Se défendre pour avoir la
paix » qui culminait en un appel à ce que l’Église « aide les Italiens » à
« se débarrasser des alibis et des idéologies pacifistes » dangereuses.
Et c’est sur cet appel du professeur Panebianco que s’appuie le
commentaire publié ci-dessous. Il est signé par un autre professeur bien
connu, Sergio Belardinelli, professeur de sociologie des processus culturels
à l’Université de Bologne et coordinateur scientifique du Comité pour le
projet culturel de la Conférence épiscopale italienne à l’époque où elle
était présidée par le cardinal Camillo Ruini.
Le professeur Belardinelli cite un autre commentaire publié le 1er
mai dans le « Corriere » par
Andrea Riccardi, qui est le fondateur et le dirigeant de la Communauté
de Sant’Egidio. D’après ce dernier, c’est le pape François qui avait raison
quand il disait qu’ « aujourd’hui, il est très difficile de défendre des
critères rationnels imaginés à une autre époque pour parler de la
possibilité d’une ‘guerre juste’ ».
Le pacifisme de Riccardi est identique à celui dans lequel baigne la
Conférence épiscopale italienne présidée par le cardinal Matteo Zuppi, qui
fait lui aussi partie de la Communauté de Sant’Egidio, à l’instar d’une
prise de position récente contre les fabricants et les marchands d’armes du
cardinal et théologien
Roberto Repole, archevêque de Turin et auparavant président de
l’Association théologique italienne, également cité sur un ton polémique par
le professeur Belardinelli.
Son commentaire sort aujourd’hui simultanément sur Settimo Cielo et dans
le quotidien italien « Il Foglio » :
Le devoir de toute société de se défendre, au besoin par les
armes
de Sergio Belardinelli
Dans le « Corriere della Sera » du mardi 28 avril, Angelo Panebianco
a lancé une sorte d’appel à toutes les forces politiques italiennes, pour
leur faire comprendre l’importance de « se défendre pour avoir la paix ».
Dans un contexte international de plus en plus caractérisé par le bruit
des armes, il est aussi curieux que dramatique de voir nos élites politiques
se bornent à exorciser la question de la défense nationale, au lieu de
prendre à bras-le-corps. Elles s'en déchargent, au gré des opportunités,
tantôt sur l'ONU, tantôt sur l'Europe ou sur l'OTAN, se réservant
cyniquement le seul amour de la paix — comme si ce sentiment suffisait
à nous prémunir contre d'éventuels agresseurs. Or, une telle pédagogie
civile médiocre, bien qu’empreinte de nobles idéaux, alimente dans les faits
la peur au sein de la population et laisse le pays sans défense, non
seulement sur le plan militaire, mais également en matière culturelle.
C’est dans ce climat de désarroi généralisé, me semble-t-il, que
Panebianco, au terme de son éditorial, choisit de s’adresser directement
à l’Église.
« L’Église – écrit-il – peut jouer un rôle important pour aider les
Italiens, effrayés et ne sachant plus à qui se vouer, à ne pas enfouir leur
tête dans le sable et à les rendre conscients des risques que l’époque
actuelle fait peser sur nous. C’est vrai, nous vivons dans une société
sécularisée. Mais cela ne change rien au fait que, pour beaucoup d’Italiens,
l’Église reste un repère moral majeur. Il est essentiel que les évêques
italiens, tout en lançant des appels bien légitimes à la paix, aident les
Italiens à comprendre qu’il n’y a pas de contraction entre vouloir la paix
et se défendre des dangers potentiels, autrement dit qu’il n’y a pas de
contradiction entre adopter une posture pacifique, sans la moindre
agressivité à l’encontre de qui que ce soit, et dans le même temps
reconnaître non pas seulement le droit mais même le devoir des gouvernements
de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre leur pays des
potentielles agressions extérieures. Si certains ont raison de penser que
les dangers ne feront qu’augmenter à l’avenir, alors il faudrait aider les
Italiens à en prendre conscience. Ce qui signifie, en premier lieu, se
débarrasser des alibis et des idéologies dangereuses ».
Je crois personnellement que l’Église italienne devrait avoir le courage
d’entendre cet appel, ne serait-ce que parce qu’elle lui offre l’occasion
parfaite de réaffirmer ce que le pape Léon XIV a rappelé le jour de son
élection, quand il a déclaré que la paix dont l’Église parle est celle de
Jésus, et pas l’une de ces idéologies pacifistes qui contribuent, parfois
sans le vouloir, à répandre la peur et même la haine dans la société.
Il ne s’agit donc pas, bien entendu, de légitimer une politique plutôt
qu’une autre, ni de réitérer simplement la pertinence de la doctrine
millénaire de la guerre juste. Comme l’a rappelé Andrea Riccardi dans le
« Corriere della Sera » du 1er mai, rien
n’empêche que l’on mette à jour cette doctrine, à la lumière de la nouvelle
réalité des guerres modernes.
Mais il ne s’agit pas non plus de réduire le magistère de l’Église à des
positions qui, sous couvert de non-violence, finiraient par nier à ceux qui
sont victimes d'agressions (en général les plus faibles) leur droit
fondamental à la légitime défense. Et c’est précisément ce droit – et ce
droit seulement – qui pourrait justifier que l’on investisse des ressources
dans l’armement. C’est important de le répéter, surtout si l’on veut
défendre la radicalité du message de l’Évangile sans le dissoudre dans
l’irréel.
Dans un monde où l’avidité des puissants semble ne plus connaître de
limites, il est important que l’Église ait une parole forte en faveur de la
paix et de la justice, ce qui est par ailleurs le cas depuis longtemps, sans
pour autant se confondre avec le pacifisme de ceux qui ne reconnaissent même
pas le droit et le devoir des États de défendre leur propre population quand
l’ennemi est à leurs portes et qui clament à tort et à travers qu’il est
tout bonnement immoral d’acheter des armes en prétendant que cet argent
serait mieux investi dans la santé ou l’enseignement.
Et qui ne pourrait pas être d’accord ? Qui ne voudrait pas voir tous les
conflits résolus par les seules armes de la diplomatie ? La guerre est
horrible d’autant que, comme le souligne Riccardi, les guerres actuelles
n’ont plus de vainqueur, mais cela n’est pas un argument pour ne pas
investir dans la défense et la sécurité, bien au contraire.
Car il n’y a qu’une seule manière de convaincre les puissants de
l’inanité de la guerre, c’est que la victime potentielle montre qu’elle est
en mesure de se défendre, soit parce qu’elle dispose d’un bon système de
défense, soit parce qu’elle peut compter sur ses alliés.
Comme le dit Panebianco, il serait temps que les évêques eux aussi
« aident à comprendre qu’il n’y a pas de contradiction entre vouloir la paix
et se défendre des dangers potentiels ». Ce qui revient à prendre le
contre-pied d’un certain courant pacifiste qui s’est insinué jusque dans le
monde catholique, y compris chez Riccardi lui-même. Et c’est justement pour
cela qu’il faudrait clarifier les choses. La paix de Jésus ne revient pas
à faire taire les armes ; elle regarde notre cœur et notre capacité
à témoigner de la paix dans les situations les plus désespérées ».
Dans son message adressé aux travailleurs pour le 1er mai,
l’archevêque de Turin, Mgr Roberto Repole, a exhorté à juste titre à « ne
pas s’habituer aux horreurs de la guerre ». Par contre, quand il a repris
les déclarations de Léon XIV pour rappeler qu’il ne suffisait pas de parler
de paix et qu’il « fallait la volonté d’arrêter de produire des instruments
de destruction et de mort », pour que Turin, « la ville de l’automobile »,
ne devienne pas « la ville des armes », je crains qu’il ne s’aventure en
terrain miné. Même si je n’ai aucune sympathie pour les marchands de canons,
il faut bien reconnaître qu’ils constituent souvent l’unique espoir pour
celui qui n’en a pas et qui se retrouve agressé par celui qui en a produit
en abondance.
Je sais pertinemment bien qu’aux yeux des chrétiens, comme aimait à le
rappeler notamment Benoît XVI, « la non-violence n’est pas un simple
comportement tactique mais bien une manière d’être de la personne,
l’attitude de celui qui est à ce point convaincu de l’amour de Dieu et de sa
puissance qu’il ne craint pas d’affronter le mal avec les seules armes de
l’amour et de la vérité ».
Mais nous parlons bien d’une « manière d’être de la personne », et pas de
la société. Le chrétien sait bien que la fidélité à Jésus Christ est
susceptible de lui imposer le sacrifice de sa propre vie. Mais jamais celle
d’un autre. C’est pour cela qu’il sait également reconnaître le droit et le
devoir d’une société à se défendre, en prenant les armes s’il le faut, tout
en faisant en sorte qu’elles ne soient pas nécessaires. C’est rendre un
grand service à la paix que d’oser le réaffirmer, surtout aujourd’hui.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 06.05.2026
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