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19 Avril 2005
 

Franz Michel Willam, le théologien que Benoît XVI a tiré de l'oubli

 

Rome, le 03 juillet 2007 - (E.S.M.) - Auteur en 1932 d'une célèbre vie du Christ, il était oublié de tous. Benoît XVI le cite dans "Jésus de Nazareth" et un chercheur autrichien explique pourquoi, en se basant sur une correspondance inédite entre les deux hommes

Un biographe du pape Benoît XVI a écrit: "La simplicité lui appartient".

Franz Michel Willam, le théologien que le pape Benoît XVI a tiré de l'oubli

Auteur en 1932 d'une célèbre vie du Christ, il était oublié de tous. Benoît XVI le cite dans "Jésus de Nazareth" et un chercheur autrichien explique pourquoi, en se basant sur une correspondance inédite entre les deux hommes

par Sandro Magister

Dans les premières lignes de la préface de son "Jésus de Nazareth", Benoît XVI rappelle que pendant sa jeunesse, dans les années 30 et 40, "une série de livres enthousiasmants sur Jésus a été publiée".

Et de citer les noms de certains auteurs: Romano Guardini, Karl Adam, Daniel-Rops, Giovanni Papini, Franz Michel Willam.

Les quatre premiers, et plus encore les deux premiers, sont encore assez connus et lus. Mais ce n’est pas le cas du dernier. Franz Michel Willam (1894-1981) est aujourd’hui un inconnu pour presque tout le monde. Il est tombé dans l’oubli.

Alors, pourquoi Joseph Ratzinger le cite-t-il ?

Dans le "long chemin intérieur" qui a conduit Joseph Ratzinger à écrire "Jésus de Nazareth", Willam ne semble pas être un auteur de référence. Romano Guardini, Henri de Lubac, Rudolf Schnackenburg et le rabbin Jacob Neusner le sont bien davantage.

Du philosophe et théologien italo-allemand Romano Guardini, on retrouve chez le pape l’idée du rôle central de l’Église pour permettre à l’homme de se rapprocher réellement de Jésus, en tout temps et en tout lieu, à travers l’Eucharistie et les autres sacrements.

Chez le théologien français Henri de Lubac, Benoît XVI a puisé la connaissance profonde de la pensée des Pères de l’Église et l’intuition de l’union entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Avec le grand exégète allemand Schnackenburg, le pape partage la conviction que la méthode historico-critique ne suffit pas, à elle seule, pour comprendre pleinement qui est Jésus.

Entre le rabbin Jacob Neusner et Benoît XVI, le dialogue se poursuit jusque dans les pages de "Jésus de Nazareth" et même après, comme l’a expliqué Magister dans un article du 11 juin dernier.

Willam, lui, n’est cité qu’une seule fois dans le livre, au début, et il semble qu’ensuite on perde sa trace. Mais en est-il vraiment ainsi ?

L’énigme est résolue grâce à un article publié dans le dernier numéro de "Vita e Pensiero", la revue de l’Université Catholique du Sacré-Cœur de Milan.

Il est écrit par le jeune théologien Philipp Reisinger, autrichien comme Willam.

Citant une correspondance entre Joseph Ratzinger et Franz Michel Willam dans les années 60, il montre qu’ils avaient en commun la conviction que le secret de la grande théologie chrétienne – celle qui ne s’adresse pas seulement aux connaisseurs – est "la simplicité", "le regard clair sur l’essentiel".

Une simplicité et un essentiel que Benoît XVI a voulu imprimer sur chaque page de son livre "Gesù di Nazaret".

Voici l’article paru sur le n. 3 de l’année 2007 de "Vita e Pensiero" :

Ratzinger et l'"aumônier" théologien. Une correspondance inédite

par Philipp Reisinger

L’autrichien Franz Michel Willam est certainement la personnalité la moins connue aujourd’hui, parmi les auteurs cités par Benoît XVI dans la préface de son livre “Jésus de Nazareth”.

Qui était-ce ? Et pourquoi le pape évoque-t-il son souvenir ? Peu de gens connaissent la correspondance, conservée au couvent de Thalbach à Bregenz, en Autriche, entre celui qui était alors Joseph Ratzinger, professeur d’université, et Franz Michel Willam, plus âgé que lui de 33 ans.

Ils furent en contact étroit, notamment en 1967 et 1968. L’un des motifs de ces contacts était le livre de Willam “Vom jungen Roncalli zum Papst Johannes XXIII. [Du jeune Roncalli au pape Jean XXIII]”, publié en 1967, et l’article de Ratzinger “Was heißt Erneuerung der Kirche? [Que signifie la rénovation dans l’Eglise?]” paru un an plus tôt dans la revue “Diakonia”.

On trouvait dans ce dernier texte la phrase: “La vraie réforme est celle qui s’occupe de ce qui est authentiquement chrétien, qui se laisse interpeller et former par cela”. La vraie réforme, la vraie rénovation demande de la simplicité. “La Rénovation est simplification”: voilà comment Ratzinger résumait efficacement sa thèse.

Willam, qui avait découvert et mis en évidence la simplicité comme idée dominante chez le pape Jean XXIII, évoquait de la manière suivante – dans une lettre à l’évêque Paulus Rusch – ce qui constituait pour lui le passage central de l’article de Ratzinger:

Voici comment se présente la théorie de la simplicité selon Joseph Ratzinger: il y a la simplicité de la commodité, qui est la simplicité de l’imprécision, un manque de richesse, de vie et de plénitude. Et puis il y a la simplicité de l’origine, qui est la vraie richesse. La rénovation est simplicité, non pas dans le sens d’une sélection ou d’une réduction, mais bien plutôt une simplification dans le sens de devenir simple, de se diriger vers cette vraie simplicité qui est le mystère de ce qui existe”.

Le 22 mai 1967, Willam écrit à Ratzinger:

“J’ai effectué une recherche sur les concordances dans les cinq volumes de discours et de documents du pontificat. Les mots ‘simple’ et ‘simplicité’ sont les mots-clés les plus fréquents. Jean XXIII leur donne certainement le même sens que vous: étudier la chose de manière précise et se demander: comment dois-je m’exprimer pour que tout le monde comprenne le résultat ?”.

“J’ai reçu récemment votre livre sur le pape Jean XXIII. Je l’ai déjà parcouru et je le trouve vraiment émouvant”, répond le professeur Ratzinger après avoir reçu le volume.

Ratzinger, qui venait d’être nommé doyen de la Faculté de théologie de Tubingen, écrivit un compte-rendu long et particulièrement bienveillant du livre de Willam dans “Theologische Quartalschrift”, 6, 1968:

“On peut dire que ce livre est, de loin, la publication la plus importante, à ce jour, pour éclairer la personnalité de Jean XXIII. Il est également d’une importance fondamentale pour comprendre le Concile Vatican II. L’ouvrage est très au-dessus de la multitude de textes qui ont été écrits à ce sujet, parce que les informations sont très complètes et les rapprochements évidents. [...] L’auteur mérite donc d’être remercié sans réserves pour son patient travail, et aussi – ce n’est pas son moindre mérite – parce qu’il a su dire beaucoup en peu de pages”.

Willam a été vraiment heureux de ce compte-rendu, qu’il a cité dans presque toutes les lettres qu’il a écrites dans les semaines qui ont suivi sa publication. Il devait écrire à un ami: “On a l’impression que, dans son argumentaire, Ratzinger pense à différents dialogues qui ont eu lieu pendant le Concile Vatican II, y compris avec des non catholiques comme Oscar Cullmann”.

Willam admirait beaucoup le professeur Ratzinger et lui demanda conseil en de nombreuses occasions, se laissant corriger et conseiller par lui avec simplicité, malgré leur importante différence d’âge. Dans la lettre, déjà citée, du 22 mai 1967, il demandait notamment au professeur son aide pour une publication concernant John Henry Newman, et il concluait avec un compliment ému:

Ne connaissant aucun théologien aussi proche que vous de Jean XXIII par la manière de penser – le mot-clé ‘simplicité’ que vous avez en commun en est un témoignage objectif – c’est à vous que j’adresse cette demande”.

La simplicité, si profondément décisive pour Willam, s’exprimait aussi par le fait qu’il ne s’est jamais senti appelé à formuler une théologie qui lui soit particulière. Il cherchait plutôt à recueillir les signes des temps et être témoin de l’éternel dans le contexte de tous les changements survenus au cours de sa vie.

Il y a là aussi un point commun avec Ratzinger, qui devait déclarer un jour:

“Je n’ai jamais chercher à créer un système particulier, une théologie spéciale. Je veux simplement penser en lien avec la foi de l’Église, c’est-à-dire penser en lien avec les grands penseurs de la foi. Il ne s’agit pas d’une théologie isolée et venant de moi-même, mais d’une théologie qui s’ouvre de la manière la plus large possible au chemin de pensée commun de la foi”.

Franz Michel Willam est né le 14 juin 1894 à Schoppernau dans le Vorarlberg. Son père était cordonnier et batelier et donc de condition modeste. Il partageait avec son grand-père maternel, le poète patriotique Franz Michel Felder, non seulement son prénom, mais aussi l’amour de sa patrie et de son peuple, l’attirance pour l’écriture et la recherche, ainsi qu’une myopie tendant vers la quasi-cécité.

En 1917, Willam est ordonné prêtre à Brixen et il devient docteur en théologie en 1921. Après quelques expériences pastorales, on lui confie le rôle d’aumônier à Andelsbuch, où il a exercé comme vicaire et comme chercheur jusqu’à sa mort, le 18 janvier 1981.

Recherché et estimé par beaucoup de gens, l’écrivain, savant et anthropologue a toujours voulu être appelé “aumônier”, parce que ce nom exprimait ce qu’il était et avait toujours voulu être: prêtre et pasteur.

Sa vie a été modeste et au milieu des gens, mais aussi profondément enracinée dans la tradition catholique. Bien que vivant solitaire dans la forêt de Bregenz, il est resté en contact permanent avec le monde scientifique de la théologie et notamment avec beaucoup de chercheurs newmaniens. Il était capable aussi bien de discuter d’agriculture de montagne avec les gens qu’il rencontrait lors de ses nombreuses promenades que de lire sans problème, dans son bureau envahi par des montagnes de livres, des auteurs anglais, français, espagnols, italiens, latins et grecs en l’absence de tout dictionnaire. Les savants modernes de la nature comme Heisenberg lui étaient aussi familiers que les philosophes grecs Platon et Aristote.

Willam a réussi, entre autres, à démontrer que la gnoséologie de Newman avait des racines beaucoup plus aristotéliciennes que platoniciennes. Cette théorie – d’abord fortement combattue par les experts – fut plus tard universellement acceptée, et le simple chapelain est ainsi devenu un spécialiste reconnu de Newman.

L’œuvre de Willam comprend 33 livres et 372 textes – poésies, récits, essais, comptes-rendus – publiés dans 79 revues différentes.

Le volume de 1932 “Das Leben Jesu im Lande und Volke Israels [La vie de Jésus dans le territoire et dans le peuple d’Israël]”, publié en dix éditions et traduit en douze langues, est son chef-d’œuvre. Ce fut en son temps un véritable best-seller, qui assura à Willam une célébrité internationale.

Pour écrire ce livre, Willam a étudié à fond l’histoire juive et observé comme un anthropologue, pendant plusieurs mois, les us et coutumes de la Palestine.

Sa “Vie de Jésus”, écrite avant que ne se soit développée l’exégèse historico-critique de la Bible, ne s’occupe pas de la question de l’historicité des Évangiles ni des diverses sources linguistiques et idiomatiques de la Sainte Écriture. Son but consiste purement et simplement à présenter au lecteur la vie et donc la personne de Jésus en partant des Évangiles, dont il remplissait de vivacité le contenu, grâce aux connaissances qu’il tirait de ses études d’anthropologie.

Quand Willam parle de Jésus, il nous donne en même temps une leçon “de regard” au vrai sens du mot: il nous fait voir, entendre et percevoir comme le Seigneur a vécu et agi.

Willam n’est pas un simple théoricien qui élabore sa pensée indépendamment des événements concrets et donc en s’éloignant progressivement de la réalité. Il n’écrit pas seulement pour une poignée de spécialistes. Son but premier est la formation religieuse du peuple. Cet objectif découle de son amour et de sa proximité particuliers avec l’homme simple; c’est ainsi qu’il a réussi à combiner un esprit lucide à un langage linéaire et compréhensible.

Un biographe du pape Benoît XVI a écrit: “La simplicité lui appartient. Il n’a jamais été caractérisé par un détachement hautain, même lorsqu’il abordait des problèmes théologiques complexes”.

Le fruit de la simplicité, c’est un regard clair sur l’essentiel. C’est précisément cela que Willam partageait avec Ratzinger qui, en le citant dans la préface de “Jésus de Nazareth” le préserve à juste titre de l’oubli.

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

La revue de l'Université Catholique du Sacré Cœur de Milan qui a publié l'article de Philipp Reisinger: Vita e Pensiero

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Sources:  La chiesa.it  - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 03.07.2007 - BENOÎT XVI - Table Livre

 

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