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Quatrième Prédication de Carême en
présence du pape Benoît XVI |
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Le 03 avril 2009 -
(E.S.M.)
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C’est à l’Esprit Saint, cœur de l’eschatologie chrétienne, que le Père
Raniero Cantalamessa, capucin, prédicateur de la Maison pontificale a
consacré la 4ème et dernière prédication de Carême, dans la
Chapelle Redemptoris Mater du Palais Apostolique, en présence de
Benoît XVI et des cardinaux, archevêques et évêques de la Curie
romaine.
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Le P. Raniero
Cantalamessa, O.F.M
Quatrième Prédication de Carême en
présence du pape Benoît XVI
Le 03 avril 2009 - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde
- A 9h00 ce matin, dans la Chapelle « Redemptoris Mater », en
présence du Saint-Père Benoît XVI, les Prédicateur de la Maison Pontificale,
P. Raniero Cantalamessa, O.F.M. Cap., a tenu la quatrième et dernière
prédication
de Carême.
Le thème des méditations de Carême a été le suivant : « La loi de l'Esprit
qui donne la vie en Christ Jésus » (Rm 8, 2) - Méditations sur
le chapitre
VIII de la Lettre aux Romains.
C’est à l’Esprit Saint, cœur de l’eschatologie chrétienne, que le Père
Raniero Cantalamessa, capucin, a consacré la 4ème et dernière prédication de
Carême.
Reprenant
l’enseignement de Saint Paul et des Pères de l’Eglise, le prédicateur de la
Maison pontificale a souligné que l’œuvre de l’Esprit nous fait découvrir le
vrai sens de la Tradition de l’Eglise. La Tradition n’est pas un ensemble de
notions transmises mais le principe dynamique de la transmission. Bien plus,
la Tradition est la vie même de l’Eglise car, animée par l’Esprit, sous la
conduite du Magistère, elle reste fidèle au Christ.
« Nous-mêmes qui possédons les prémices de l'esprit, nous gémissons nous
aussi dans l'attente » (Rm 8, 23)
L'Esprit Saint âme de l'eschatologie chrétienne
1. L'Esprit de la promesse
Ecoutons le passage de Romains 8 sur lequel nous voulons méditer :
« Nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons nous
aussi intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps. Car
notre salut est objet d'espérance. Et voir ce qu'on espère, ce n'est plus
l'espérer : ce qu'on voit, comment pourrait-on l'espérer encore ? Mais
espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec constance »
(Rm 8, 23-25).
La même tension entre promesse et accomplissement que l'on note, dans
l'Ecriture, à propos de la personne du Christ, est perceptible aussi à
propos de la personne de l'Esprit Saint. De même que Jésus a été d'abord
promis dans les Ecritures, puis manifesté selon la chair, et enfin attendu
dans son retour final, ainsi l'Esprit, autrefois « promis par le Père
», a été donné à la Pentecôte et, maintenant, est de nouveau attendu et
invoqué « en des gémissements ineffables » par l'homme et par la
création toute entière qui, en ayant goûté les prémices, attendent la
plénitude de son don.
Dans cet espace-temps qui s'étend de la Pentecôte à la Parousie, l'Esprit
est la force qui nous pousse en avant, qui nous maintient en état de marche,
nous empêche de nous laisser aller et de devenir un peuple « sédentaire »,
qui nous fait chanter avec un sentiment nouveau les « Cantiques des
Ascensions » : « Quelle joie quand on m'a dit : Nous irons à la
maison du Seigneur ! ». Il est celui qui donne de l'élan et, en quelque
sorte, donne des ailes à notre espérance ; bien plus, il est le principe
même, l'âme de notre espérance.
Dans le Nouveau Testament, deux auteurs nous parlent de l'Esprit comme d'une
« promesse » : Luc et Paul ; mais, nous le verrons, avec une
différence importante. Dans l'Evangile de Luc et dans les Actes, c'est Jésus
lui-même qui parle de l'Esprit comme étant « la promesse du Père ». « Et
voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis » ; « Au
cours d'un repas qu'il partageait avec eux, il leur enjoignit de ne pas
s'éloigner de Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis, ce
que, dit-il, vous avez entendu de ma bouche : Jean, lui, a baptisé avec de
l'eau, mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu
de jours » (Ac 1, 4-5).
A quoi se réfère Jésus lorsqu'il parle de l'Esprit Saint comme de la
promesse du Père ? Où donc le Père a-t-il fait cette promesse ? Tout
l'Ancien Testament, peut-on dire, est une promesse de l'Esprit. L'œuvre du
Messie est constamment présentée comme culminant dans une nouvelle effusion
universelle de l'Esprit de Dieu sur la terre. La comparaison avec ce que dit
Pierre le jour de la Pentecôte, montre que Luc songe, en particulier, à la
prophétie de Joël : « Il se fera dans les derniers jours, dit le
Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair »
(Ac 2,17).
Mais pas seulement à celle-là. Comment ne pas penser aussi à ce qu'on peut
lire dans d'autres prophètes ? : « jusqu'à ce que se répande sur nous
l'Esprit d'en haut » (Is 32, 15). « Je
répandrai mon Esprit sur ta race » (Is 44, 3).
« Je mettrai mon Esprit en vous » (Ez 36, 27).
Quant au contenu de la promesse, Luc met l'accent, comme il en a l'habitude,
sur l'aspect charismatique du don de l'Esprit, notamment la prophétie. La
promesse du Père est « la puissance d'en haut » qui rendra les
disciples capables de porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre. Mais
Luc n'ignore pas les aspects plus profonds, sanctifiants et salvifiques, de
l'action de l'Esprit, tels que la rémission des péchés, le don d'une loi
nouvelle et d'une nouvelle alliance, comme il ressort du rapprochement qu'il
opère entre le Sinaï et la Pentecôte. La phrase de Pierre : « c'est pour
vous qu'est la promesse » (Ac 2, 39), fait
référence à la promesse du salut, pas seulement de la prophétie ou de
quelques charismes.
2. L'Esprit prémices et arrhes
En passant de Luc à Paul, on entre dans une perspective nouvelle, beaucoup
plus profonde au plan théologique. L'apôtre énumère divers objets de la
promesse : la justification, la filiation divine, l'héritage ; mais celui
qui résume tout, l'objet par excellence de la promesse est précisément
l'Esprit Saint, qu'il appelle tantôt la « promesse de l'Esprit »
(Ga 3, 14), tantôt l'« Esprit de la promesse »
(Ep 1,13)[1]
Ce sont deux idées nouvelles qui sont introduites par l'Apôtre dans le
concept de promesse. La première est que la promesse de Dieu ne dépend pas
de l'observance de la loi, mais de la foi, et donc de la grâce. Dieu ne
promet pas l'Esprit à celui qui observe la loi, mais à celui qui croit au
Christ : « Est-ce pour avoir pratiqué la Loi que vous avez reçu l'Esprit,
ou pour avoir cru à la prédication ? » « Car si on hérite en vertu de la
Loi, ce n'est plus en vertu de la promesse » (Ga 3,
2.18).
C'est précisément à travers le concept de promesse que la théologie de
l'Esprit Saint est raccordée, chez Paul, au reste de sa pensée et en devient
la démonstration concrète. Les chrétiens le savent bien : c'est à la suite
de la prédication de l'évangile qu'ils ont fait l'expérience nouvelle de
l'Esprit, non pas pour s'être mis à observer la loi plus fidèlement que
d'habitude.
La seconde nouveauté est, en un certain sens, déconcertante. Comme si Paul
voulait tuer dans l'œuf toute tentation d'« enthousiasme », en
déclarant que la promesse n'est pas encore accomplie, du moins pas
entièrement ! Deux concepts appliqués à l'Esprit Saint sont, à ce propos,
révélateurs : prémices (aparchè) et arrhes
(arrabôn). Le premier est présent dans notre texte
de Romains 8, le second dans la Deuxième Epître aux Corinthiens. «
Nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons nous aussi
intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps »
(Rm 8, 23). « Et Celui qui nous affermit avec
vous dans le Christ et qui nous a donné l'onction, c'est Dieu. Lui qui nous
a aussi marqués d'un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit
» (2 Co 1, 21-22). « Et Celui qui nous a faits
pour cela même, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit »
(2 Co 5, 5).
Que veut nous dire par là l'Apôtre ? Que l'accomplissement survenu en Christ
n'a pas épuisé la promesse. Nous, dit-il, dans un contraste saisissant, «
possédons... en attendant », nous possédons, et nous attendons. C'est
justement parce que ce que nous possédons n'est pas encore la plénitude,
mais seulement des prémices, une anticipation, que l'espérance naît en nous.
Ou plutôt, le désir, l'attente, l'aspiration se font encore plus intenses
qu'auparavant parce que, maintenant, on sait ce qu'est l'Esprit. Sur la
flamme du désir humain, la venue de l'Esprit à la Pentecôte a en quelque
sorte rajouté du combustible.
Exactement comme pour le Christ. Sa venue a accompli toutes les promesses,
mais n'a pas mis fin à l'attente. L'attente est relancée, sous forme
d'attente de son Retour dans la gloire. La désignation « promesse du Père
» place l'Esprit Saint au cœur même de l'eschatologie chrétienne. On ne
peut donc qu'émettre des réserves quant à l'affirmation de certains
spécialistes, selon laquelle « dans la conception des juifs chrétiens,
l'Esprit était principalement la force du monde futur, dans celle des
chrétiens hellénistiques il est la force du monde supérieur ». Paul
démontre que les deux conceptions ne s'opposent pas nécessairement, mais
peuvent au contraire coexister. En lui l'Esprit est, dans le même temps,
réalité du monde supérieur, divin, et force du monde à venir.
Dans le passage des prémices à la plénitude, les premières ne seront pas
jetées pour faire place à la deuxième, c'est plutôt qu'elles-mêmes
deviendront plénitude. Autrement dit, nous conserverons ce que nous
possédons déjà et nous acquerrons ce que nous n'avons pas encore. Ce sera
l'Esprit lui-même qui se répandra en plénitude.
Le principe théologique « la grâce est le commencement de la gloire »,
appliqué à l'Esprit Saint, signifie que les prémices sont le début de
l'accomplissement, le début de la gloire, une partie de celle-ci. Il ne faut
pas, dans ce cas, traduire arrabôn par « gage » (pignus),
mais uniquement par arrhes (arra). Le gage
n'est pas un début de paiement, mais une chose qui est donnée dans l'attente
du paiement. Une fois le paiement effectué, on rend le gage. Il n'en est pas
de même pour les arrhes. Elles ne sont pas rendues au moment du paiement,
mais complétées. Elles font déjà partie du paiement. « Si Dieu nous a donné
comme un gage l'amour par l'opération de son Esprit, ne nous ôtera-t-il pas
ce gage lorsque la réalité entière nous sera donnée ? Nullement. Il
complètera plutôt ce qu'il a déjà donné »[2].
L'amour de Dieu dont nous avons un avant-goût ici-bas, grâce aux « arrhes de
l'Esprit », est donc de la même qualité que celui que nous goûterons dans la
vie éternelle, mais n'a pas la même intensité. Il en va de même pour la
possession de l'Esprit Saint.
Une transformation profonde est intervenue, on le voit, dans la
signification de la fête de la Pentecôte. A l'origine, la Pentecôte était la
fête des prémices[3], c'est-à-dire le jour où l'on offrait à Dieu les
prémices de la moisson. Elle est encore aujourd'hui la fête des prémices,
mais des prémices que Dieu offre à l'humanité, dans son Esprit. Les rôles du
donateur et du bénéficiaire sont inversés, en parfait accord avec ce qui se
produit, dans tous les domaines, dans le passage de la loi à la grâce, du
salut en tant qu'œuvre de l'homme au salut comme don gratuit de Dieu.
Voici pourquoi l'interprétation de la Pentecôte, fête des prémices,
curieusement, n'a pour ainsi dire pas eu d'équivalent dans le contexte
chrétien. Saint Irénée a bien fait une tentative en ce sens, en déclarant
que le jour de la Pentecôte « l'Esprit offrait au Père les prémices de
toutes les nations » [4], mais cela n'a eu quasiment aucune suite dans
la pensée chrétienne.
3. L'Esprit Saint âme de la Tradition
A la différence de tous les autres aspects de la pneumatologie, l'apport de
l'époque patristique, à propos de l'Esprit en tant que promesse, n'a pas été
important, et ceci parce que les Pères ont manifesté moins d'intérêt pour la
perspective historique et eschatologique que pour la perspective
ontologique. Saint Basile a écrit un beau texte sur le rôle de l'Esprit dans
la consommation finale : « Egalement au moment de la manifestation
attendue du Seigneur du Ciel, l'Esprit Saint ne sera pas absent...Qui peut
ignorer à ce point les biens que Dieu prépare pour ceux qui en sont dignes,
jusqu'à ne pas comprendre que même la couronne des justes est grâce de
l'Esprit Saint »[5]. Mais, si l'on observe attentivement, le saint se
borne à dire que l'Esprit Saint aura une part active également dans l'acte
final de l'histoire humaine, au moment du passage du temps à l'éternité.
Toute réflexion sur ce que l'Esprit Saint accomplit, déjà maintenant, dans
le temps, pour pousser l'humanité vers l'accomplissement, est absente. Il
manque le sens d'élan de l'Esprit Saint, de force propulsive du peuple de
Dieu en chemin vers la patrie.
L'Esprit pousse les croyants à être vigilants et dans l'attente du Retour du
Christ, en enseignant à l'Eglise à dire « Viens, Seigneur Jésus »
(Ap 22, 20). Lorsque l'Esprit dit Marana-tha avec
l'Eglise, c'est comme lorsqu'il dit Abba dans le cœur du croyant : il faut
l'entendre dans le sens qu'il fait dire, il se fait la voix de l'Eglise. En
effet, le Paraclet ne pourrait pas de lui-même crier Abba, parce qu'il n'est
pas le fils du Père ; et il ne pourrait pas crier Marana-tha, « Viens,
Seigneur », parce qu'il n'est pas serviteur du Christ, mais «
Seigneur », son égal, comme nous le professons dans le Credo.
« Il vous dévoilera les choses à venir », déclare Jésus à propos du
Paraclet (Jn 16, 13) : autrement dit, il
dévoilera la connaissance du nouvel ordre de choses qui a émergé de la
Pâque. L'Esprit Saint est donc le ressort de l'eschatologie chrétienne,
celui qui maintient l'Eglise tendue en avant, vers le retour du Seigneur. Et
c'est précisément cela que la réflexion biblique et théologique de nos jours
a cherché à mettre en lumière. La nouvelle existence suscitée par l'Esprit,
écrit Moltmann, est déjà elle-même eschatologique, sans attendre le moment
final de la Parousie ; en ce sens qu'elle est le début d'une vie qui ne se
manifestera pleinement que lorsque sera établi le mode d'existence déterminé
par le seul Esprit, qui n'est plus désormais contrecarré par la chair.
L'Esprit n'est pas seulement promesse au sens statique, mais la force de la
promesse, celui qui fait percevoir la possibilité de la libération, qui fait
sentir à quel point les chaînes sont encore plus lourdes et intolérables, et
pousse à les briser[6].
Cette vision paulinienne de l'Esprit Saint comme promesse et comme prémices
nous permet de découvrir le véritable sens de la Tradition de l'Eglise. La
Tradition n'est pas tout d'abord un ensemble de choses « transmises
», elle est, en premier lieu, le principe dynamique de transmission. Mieux,
elle est la vie même de l'Eglise : en effet, animée par l'Esprit sous la
conduite du Magistère, elle se développe dans la fidélité à Jésus Christ.
Saint Irénée écrit que la révélation est « comme un dépôt précieux
conservé dans un vase de valeur qui, grâce à l'Esprit de Dieu, rajeunit
toujours et fait rajeunir également le vase qui la contient »[7]. Le
vase de valeur qui rajeunit avec son contenu est précisément la prédication
de l'Eglise et la Tradition.
L'Esprit Saint est donc l'âme de la Tradition. Si on supprime, ou si on
oublie, l'Esprit Saint, ce qui reste de celle-ci n'est que lettre morte. Si,
comme l'affirme saint Thomas d'Aquin, « sans la grâce intérieure de
l'Esprit Saint, même l'Evangile donc serait resté une lettre qui tue »,
alors que devrions-nous dire de la Tradition ?
La Tradition est donc, il est vrai, une force de constance et de
conservation du passé, mais elle est aussi une force d'innovation et de
croissance ; elle est à la fois mémoire et anticipation. Elle est comme la
vague de la prédication apostolique qui avance et se propage au cours des
siècles[8]. La vague ne peut être captée qu'en mouvement. Geler la tradition
à un moment donné de l'histoire signifie en faire une « tradition morte
», non plus une « tradition vivante » comme l'appelle saint Irénée.
4. L'Esprit Saint nous fait abonder dans l'espérance
Avec son encyclique sur l'espérance, le Saint-Père Benoît XVI nous indique
la conséquence pratique qui découle de notre méditation : espérer, espérer
toujours, et si nous avons déjà espéré mille fois en vain, recommencer à
espérer encore ! L'encyclique (dont le titre «
Spe Salvi » : « Dans l'espérance nous avons été sauvés », est
justement tiré du passage de Paul que nous avons commenté)
commence par ces paroles :
« La rédemption nous est offerte en ce sens que nous a été donnée
l'espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons
affronter notre présent : le présent, même un présent pénible, peut être
vécu et accepté s'il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de
ce terme, si ce terme est si grand qu'il peut justifier les efforts du
chemin ».
Une sorte d'équivalence et d'interchangeabilité s'établit entre espérer et
être sauvés, comme entre espérer et croire. « La foi, écrit le pape, est
espérance », confirmant ainsi, d'un point de vue théologique, l'intuition
poétique de Charles Péguy qui commence son poème sur la deuxième vertu par
ces paroles : « La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance ».
De même que nous distinguons deux types de foi : la foi crue et la foi
croyante (c'est-à-dire les choses auxquelles on croit et
l'acte même de croire), nous distinguons deux types d'espérance.
Il existe une espérance objective qui indique la chose espérée - l'héritage
éternel - et il existe une espérance subjective qui est l'acte même
d'espérer cette chose. Cette dernière est une force de propulsion en avant,
un élan intérieur, une extension de l'âme, une dilatation vers l'avenir. «
Une migration amoureuse de l'esprit vers ce que l'on espère », disait un
ancien Père[9].
Paul nous aide à découvrir la relation vitale qui existe entre la vertu
théologale de l'espérance et l'Esprit Saint. Il fait remonter chacune des
trois vertus théologales à l'action de l'Esprit Saint. Il écrit : « Car
pour nous, c'est l'Esprit qui nous fait attendre de la foi les biens
qu'espère la justice. En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni
incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité
»[10].
L'Esprit Saint nous apparaît ainsi comme la source et la force de notre vie
théologale. C'est grâce à lui, en particulier, que nous pouvons « abonder
dans l'espérance ». « Que le Dieu de l'espérance, écrit l'Apôtre un
peu plus loin dans la même Lettre aux Romains, vous donne en plénitude dans
votre acte de foi la joie et la paix afin que l'espérance surabonde en vous
par la vertu de l'Esprit Saint » (Rm 15, 13).
« Le Dieu de l'espérance » : quelle définition insolite de Dieu !
L'espérance a parfois été appelée la « parente pauvre » parmi les
vertus théologales. Il y a eu, il est vrai, un moment de réflexion intense
sur le thème de l'espérance, qui a fini par donner lieu à une « théologie
de l'espérance ». Mais il n'y a pas eu de réflexion sur la relation
entre espérance et Esprit Saint. Et pourtant, on ne peu comprendre la
particularité de l'espérance chrétienne et son altérité vis-à-vis de tout
autre idée d'espérance, si on ne la considère pas dans sa relation profonde
avec l'Esprit Saint. C'est lui qui fait la différence entre le « principe
espérance » et la vertu théologale de l'espérance. Les vertus théologales
sont telles non seulement parce qu'elles ont Dieu comme fin, mais aussi
parce qu'elles ont Dieu comme principe ; Dieu n'est pas seulement leur
objet, mais aussi leur cause. Elles sont provoquées, transmises par Dieu.
Nous avons besoin d'espérance pour vivre et nous avons besoin d'Esprit Saint
pour espérer ! L'un des principaux dangers sur le chemin spirituel est celui
de se décourager face à la répétition des mêmes péchés et l'inutilité
apparente d'une succession de bonnes intentions et de rechutes. L'espérance
nous sauve. Elle nous donne la force de toujours repartir à zéro, de croire
à chaque fois que ce sera la bonne, celle de la vraie conversion. C'est
ainsi que s'attendrit le cœur de Dieu qui viendra à notre secours par sa
grâce.
« La foi ça ne m'étonne pas. (C'est encore le poète
de l'espérance qui parle, au plutôt, qui fait parler Dieu).
J'éclate tellement dans ma création...La charité, dit Dieu, ça ne m'étonne
pas. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu'à moins d'avoir un cœur
de pierre, comment n'auraient-elles point de charité les unes des autres...
Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne. Que ces pauvres enfants
voient comme tout ça passe et qu'ils croient que demain ça ira mieux. Ça
c'est étonnant et j'en suis étonné moi-même. Et il faut que ma grâce soit en
effet d'une force incroyable »[11].
Nous ne pouvons pas nous contenter d'avoir de l'espérance uniquement pour
nous. L'Esprit Saint veut faire de nous des semeurs d'espérance. Il n'y a
pas de don plus beau que celui de répandre l'espérance dans notre foyer,
dans notre communauté, dans l'Eglise locale et universelle. Elle est comme
certains produits modernes qui régénèrent l'air, parfumant toute une pièce.
Je termine la série de ces méditations de Carême par un texte de Paul VI qui
résume plusieurs des points que nous y avons abordés :
« Nous nous sommes demandés souvent... quel besoin, premier et dernier,
nous sentons pour notre Eglise bénie et très chère. Nous devons le dire
presque anxieux et en priant, parce que c'est son mystère et sa vie, vous le
savez : l'Esprit, l'Esprit saint, animateur et sanctificateur de l'Eglise,
son souffle divin, le vent de ses voiles, son principe unificateur, sa
source intérieure de lumière et de force, son soutien et son consolateur, sa
source de charismes et de chants, sa paix et sa joie, son gage et son
prélude de vie bienheureuse et éternelle. L'Eglise à besoin de sa
perpétuelle Pentecôte ; elle a besoin de feu dans le cœur, de paroles sur
les lèvres, de prophétie dans le regard. L'Eglise a besoin d'acquérir de
nouveau l'anxiété, le goût, la certitude de sa vérité »[12].
Sainteté, je vous souhaite une bonne et sainte Pâque, ainsi qu'à vous,
vénérables pères, frères et sœurs !
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La
Tradition de l'Eglise est fondée sur l'Esprit Saint
[1] NDT : En français, la Bible de Jérusalem propose dans les
deux cas la traduction « l'Esprit de la promesse ».
[2] S. Augustin, Discours, 23, 9 (CC 41, p. 314).
[3] Cf. Nom 28, 26 ; Lev 23, 10.
[4] S. Irénée, Contre les hérésies , III, 17,2; cf. Également Eusèbe de
Césarée, Sur la solennité de Pâques, 4 (PG 24, 700A).
[5] S. Basile, Sur l'Esprit Saint, XVI, 40 (PG 32, 141A).
[6] Cf. J. Molmann, L'Esprit de la vie, Brescia 1994, pp. 18. 92 s. 190.
[7] S. Irénée, Adv. Haer. III, 24, 1.
[8] H. Holstein, La tradition dans l'Eglise, Grasset, Parigi 1960 (Trad.
ital. La tradizione nella Chiesa, Vita e Pensiero, Milano 1968.
[9] Diadoco di Fotica, Cento capitoli, preambolo (SCh 5, p.84).
[10] Ga 5, 5-6; cf. Rm 5,5.
[11] Ch. Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu, in Œuvres
poétiques complètes, Gallimard, Paris 1975, pp. 531 ss.
[12] Discorso all'udienza generale del 29 Novembre 1972 (Insegnamenti di
Paolo VI, Tipografia Poliglotta Vaticana, X, pp. 1210s.).

Sources : ZF09040305
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas
un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 03.04.09 -
T/Carême |