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Ce Jésus que l’homme d’aujourd’hui a perdu. Un entretien inédit de
Joseph Ratzinger
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Le 02 décembre2024 -
E.S.M.
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Depuis quelques jours, le
troisième tome du XIIIe volume de l’Opera Omnia
de Joseph Ratzinger est disponible en librairie
uniquemet dans sa version italienne, sous le titre : « In
dialogo con il proprio tempo ». Ce volume de plus de
500 pages rassemble 39 entretiens accordés par Ratzinger
entre 1968 et 2004, dont un bon nombre n’ont jamais été
publiées en une autre langue que l’allemand.S.M.
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Cardinal Ratzinger en compagnie
du philosophe Jürgen Habermas -
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Ce Jésus que l’homme d’aujourd’hui a perdu. Un entretien inédit de Joseph
Ratzinger
Le 02 décembre 2024 -
E.S.M. -
(s.m.) Depuis quelques jours, le troisième tome du XIIIe volume de l’Opera
Omnia de Joseph Ratzinger est disponible en librairie dans sa version
italienne, sous le titre : « In
dialogo con il proprio tempo ».
Ce volume de plus de 500 pages
rassemble 39 entretiens accordés par Ratzinger (sur la photo en
compagnie du philosophe Jürgen Habermas) entre 1968 et 2004, dont un bon
nombre n’ont jamais été publiées en une autre langue que l’allemand.
Avec l’autorisation de la Librairie éditrice vaticane, nous publions
ici pour la première fois l’un de ces entretiens en italien, en français
et en anglais.
Cet entretien dans son intégralité occupe vingt pages de l’ouvrage.
Nous n’en reproduisons ici que les passages abordant trois questions
essentielles : les raisons de la crise de la foi à notre époque, le
conflit entre le Jésus des Évangiles et le Jésus « historique » et la
mauvaise compréhension de la véritable réalité du sacrement de
l’Eucharistie qu’est la messe.
Il est intéressant de noter qu’à la fin de cet entretien, qui date de
l’automne 2003, un an et demi avant son élection comme pape, Ratzinger
annonce qu’il a commencé à rédiger un livre sur Jésus, et qu’il prévoit
de devoir y travailler « pendant trois ou quatre ans ».
Une annonce qui sera confirmée par les faits. Le
premier volume de sa
trilogie sur « Jésus de Nazareth » sortira en librairie en avril 2007,
sous la double signature de Joseph Ratzinger et de Benoît XVI, et une
préface s’achevant par ces lignes :
« J’ai pu commencer à y travailler pendant les vacances d’été de
2003. En août 2004, j’ai ensuite donné leur forme définitive aux
chapitres 1 à 4 […] et j’ai maintenant décidé de publier en première
partie du livre les dix premiers chapitres, qui vont du baptême dans le
Jourdain jusqu’à la profession de foi de Pierre et à la
Transfiguration ».
Vous trouverez ci-dessous une présentation de ce premier volume, avec
la synthèse de chaque chapitre et deux extraits sur les tentations de
Jésus au désert et sur l’origine de l’Évangile de Jean :
►Et il apparut au milieu d’eux: “Jésus de Nazareth” en librairie
(16.4.2007)
Et voici la préface de Ratzinger à ce même volume :
►La prochaine bataille pour et contre Jésus sera engagée à coup de
livres (15.1.2007)
Pour en revenir au volume à présent publié de l’Opera Omnia de
Ratzinger, voici un extrait de l’interview qu’il a accordée à Guido
Horst pour « Die Tagespost », à l’automne 2003. *
« Le véritable Jésus reste le Jésus que nous offrent les Évangiles »
de Joseph Ratzinger
Q. – Il est toujours de « bon ton », entre catholiques soucieux de la
tradition, de parler d’une crise de la foi dans l’Église. Mais n’en a‑t-il
pas toujours été ainsi ?
R. — Tout d’abord, je voudrais vous donner raison. La foi du croyant
individuel a toujours connu ses difficultés et ses problèmes, ses
limites et sa mesure. Nous ne pouvons pas en juger. Mais dans la
situation spirituelle de base, pour ainsi dire, quelque chose de
différent s’est produit. Jusqu’aux Lumières, et même ensuite, il n’y
avait aucun doute sur le fait que le monde était empreint de Dieu, il
était en quelque sorte évident que derrière ce monde il y avait une
intelligence supérieure, que le monde, avec tout ce qu’il contient – la
création avec sa richesse, sa raison et sa beauté – était le reflet d’un
Esprit créateur. Et il y avait aussi, par-delà toutes les divisions,
l’évidence fondamentale que, dans la Bible, c’est Dieu lui-même qui nous
parle, qu’il nous a révélé son visage, que Dieu vient à notre rencontre
dans le Christ. Alors qu’à l’époque, il y avait, disons, un présupposé
collectif d’adhérer d’une manière ou d’une autre à la foi – toujours
avec toutes les limites et faiblesses humaines – et qu’il fallait
réellement un acte de rébellion intentionnelle pour s’y opposer ; après
les Lumières, tout a changé : aujourd’hui, l’image du monde est
exactement inversée.
Tout est, semble-t-il, expliqué sur un plan matériel ; l’hypothèse de
Dieu, comme le disait déjà Laplace, n’est plus nécessaire, tout
s’explique à travers des facteurs matériels. L’évolution est devenue,
pour ainsi dire, la nouvelle divinité. Il n’y a aucun passage qui semble
nécessiter un Créateur. Au contraire, son introduction semble contredire
la certitude scientifique, et c’est donc quelque chose d’indéfendable.
De la même manière, la Bible nous a été arrachée des mains, et on nous a
expliqué qu’il fallait la considérer comme un produit dont l’origine
pouvait être expliquée historiquement, reflétant des situations
historiques et qu’elle ne nous disait pas du tout ce que nous pensions
pouvoir en tirer, qu’au contraire il s’agissait de tout autre chose.
Dans une telle situation générale, où la nouvelle autorité – ce qu’on
appelle la « science » – intervient et nous donne le dernier mot, et où
même la vulgarisation scientifique s’érige elle-même en « science », il
est beaucoup plus difficile de prendre conscience de Dieu et surtout
d’adhérer au Dieu biblique, au Dieu en Jésus-Christ, de l’accepter et de
voir dans l’Église la communauté vivante de la foi. En ce sens, je
dirais, sur base de la situation objective de conscience, qu’il y a un
autre point de départ, c’est pourquoi la foi exige un engagement bien
plus important et même le courage de résister aux certitudes apparentes.
Aller vers Dieu est devenu beaucoup plus difficile.
Q. – L’exégèse biblique moderne a certainement beaucoup
contribué à désorienter les fidèles. De nombreux commentaires de
l’Écriture interprètent la foi des premières communautés, mais ils
perdent de vue le Jésus historique et ses actions. Cela est-il le
résultat d’une solide connaissance scientifique de la Bible, ou bien
est-il plus commode de revenir au Jésus historique ?
R. — Il faut le faire dans tous les cas. Le problème de l’exégèse
historico-critique est naturellement gigantesque. Elle secoue l’Église,
et pas seulement l’Église catholique, depuis plus de cent ans. Même pour
les Églises protestantes c’est un gros problème. Il est très
significatif que des communautés fondamentalistes se soient formées au
sein du protestantisme pour s’opposer à de telles tendances à la
dissolution et retrouver la foi dans son intégralité à travers le rejet
de la méthode historico-critique. Le fait qu’aujourd’hui, les
communautés fondamentalistes se développent, qu’elles réussissent dans
le monde entier, alors que les « églises dominantes » sont en crise,
nous montre l’ampleur du problème. À bien des égards, nous autres
catholiques, sommes mieux lotis. Les protestants qui refusaient
d’accepter le courant exégétique n’avaient en effet pas d’autre choix
que de se rabattre sur la canonisation de la lettre de la Bible en la
déclarant intouchable. L’Église catholique a, pour ainsi dire, un espace
plus large, en ce sens que l’Église vivante elle-même est l’espace de la
foi, qui d’une part fixe des limites, mais qui, d’autre part, permet une
vaste possibilité de variations.
Ce serait une erreur de condamner purement et simplement l’exégèse
historico-critique dans sa globalité. Grâce à elle, nous avons appris
un nombre incalculable de choses. La Bible nous apparaît plus vivante si
l’on tient compte de l’exégèse avec tous ses résultats : la formation de
la Bible, son évolution, l’unité intrinsèque de son développement, etc.
Et donc : d’un côté l’exégèse moderne nous a beaucoup donné mais elle
devient destructive si on se contente simplement de se soumettre à
toutes ses hypothèses et que l’on érige en unique critère son caractère
scientifique présumé.
Le fait qu’on ait intégré dans la catéchèse les hypothèses dominantes
mal assimilées et qu’on les ait considérées comme étant le dernier cri
de la « science » s’est avéré particulièrement dévastateur. L’erreur de
ces quinze dernières années a été d’avoir systématiquement considéré
l’exégèse du moment comme étant la « science », de l’avoir présentée en
grande pompe, et d’avoir considéré cette « science » comme étant la
seule autorité valable, en n’accordant plus aucun crédit à l’Église. Par
conséquent, la catéchèse et l’annonce se sont désagrégées : soit on
continuait à suivre les traditions, mais sans conviction, de sorte que
tout le monde pouvait enfin voir que l’on avait des doutes à ce sujet,
ou bien on faisait passer des soi-disant résultats pour des vérités
scientifiques.
En réalité, l’histoire de l’exégèse est un cimetière d’hypothèses,
qui, à chaque fois, reflètent davantage l’esprit du temps que la
véritable voix de la Bible. Ceux qui bâtissent sur ces bases trop
rapidement, de manière trop imprudente, et qui prennent cela pour de la
science pure, finissent par faire naufrage, cherchant alors une bouée de
sauvetage qui finira probablement elle-même par couler rapidement. Nous
devons aspirer à un cadre plus équilibré.
Il y a une tension qui est à nouveau à l’œuvre aujourd’hui :
l’exégèse historico-critique est le support de l’interprétation et nous
donne accès à des connaissances essentielles et, en tant que telle, elle
doit être respectée, mais également critiquée. En fait, les jeunes
exégètes d’aujourd’hui montrent qu’une quantité incroyable de
philosophie se cache dans l’exégèse. Ce qui semble ne refléter que des
faits concrets et passe pour être la voix de la science est en réalité
l’expression d’une certaine conception du monde, selon laquelle, par
exemple, il ne peut y avoir de résurrection d’entre les morts, ou bien
Jésus ne peut pas avoir parlé de telle ou telle manière, et ainsi de
suite. De nos jours, chez les jeunes exégètes, il y a une tendance à
relativiser l’exégèse historique, qui garde tout son sens mais qui
véhicule en son sein des présupposés philosophiques qui doivent être
critiqués.
Par conséquent, cette manière d’interpréter le sens de la Bible doit
être intégrée à travers d’autres formes, en particulier à travers la
continuité avec la vision des grands croyants, qui, par un chemin
complètement différent, ont touché le cœur véritable et profond de la
Bible, tandis que la science apparemment clarificatrice, qui ne cherche
que les faits, est restée très superficielle et n’est pas allée aussi
loin que la raison profonde qui meut et maintient l’unité de toute la
Bible. Nous devons à nouveau reconnaître que la foi des croyants est une
manière authentique de voir et de connaître, pour parvenir ainsi à une
perspective plus large.
Deux choses sont importantes : rester prudent face à tout ce que l’on
nous propose comme étant de la « science » et surtout faire confiance à
la foi de l’Église, qui demeure l’authentique constante et nous montre
le véritable Jésus. Le véritable Jésus reste toujours le Jésus que nous
offrent les Évangiles. Toutes les autres constructions sont
fragmentaires et reflètent davantage l’esprit du temps que les origines.
Les études exégétiques ont également révélé que bien souvent, les
différentes images de Jésus ne sont pas des données scientifiques mais
plutôt le reflet de ce qu’un individu ou une certaine époque ont pris
pour un résultat scientifique.
Q. – Un avis personnel : dans un futur proche, est-ce que les
catholiques et les luthériens se trouveront ensemble à l’autel ?
R. – Humainement parlant, je dirais que non. La première raison étant
avant tout la division interne des communautés évangéliques elles-mêmes.
Prenons le cas du luthérianisme allemand, où il y a des personnes avec
une foi profonde et même ecclésialement formées, mais également une aile
libérale qui, en dernière analyse, considère la foi comme un choix
individuel et fait fi de l’Église.
Mais même en faisant fi de ces divisions internes au le monde
évangélique, il existe des différences fondamentales entre les
communautés issues de la Réforme du XVIe siècle et l’Église catholique.
Si l’on prend la « brochure » officielle sur la « Cène » de l’Église
évangélique allemande, on y trouve deux points véritablement révélateurs
d’un une rupture très profonde.
D’une part, on y dit que fondamentalement, chaque chrétien baptisé
peut présider l’Eucharistie. Hormis le baptême, il n’y aurait donc
aucune structure sacramentelle dans l’Église. Cela signifie que l’on ne
reconnaît pas la succession apostolique à la fonction épiscopale et
sacerdotale, alors qu’elle apparaît déjà dans la Bible comme une forme
constitutive de la structure de l’Église. La structure du Canon
néotestamentaire – les « textes » du Nouveau Testament – s’inscrivent
dans ce contexte. Ce Canon ne s’est clairement pas formé tout seul. Il a
dû être reconnu. Pour cela, cependant, il fallait une autorité qui ait
la légitimité de trancher. Cette autorité ne pouvait être
qu’apostolique, et elle était présence dans la fonction de la
succession. Canon – Écriture – et succession apostolique, tout comme la
fonction épiscopale sont indissociables.
Le deuxième élément qui m’a étonné dans cette « brochure », c’est que
l’on indique les parties essentielles de la célébration de la Sainte
Cène. Mais on n’y trouve nulle trace de « l’Eucharistie », la prière de
consécration qui n’a pas été inventée par l’Église mais qui découle
directement de la prière de Jésus – la grande prière de bénédiction de
la tradition hébraïque – qui, avec l’offrande du pain et du vin,
représente l’offrande constitutive du Seigneur à son Église. C’est grâce
à elle que nous prions dans la prière de Jésus, et à travers sa prière –
qui a été l’acte sacrificiel véritable accompli corporellement sur la
croix -, le sacrifice du Christ est présent et l’Eucharistie est
davantage qu’un repas.
C’est pourquoi la vision catholique de l’Église, mais aussi
l’Eucharistie sont clairement très éloignés de tout ce qui est dit dans
la « brochure » de l’Église évangélique allemande. Mais derrière, se
cache le problème central de la « sola Scriptura » que Jüngel, qui est
professeur à Tübingen, résume en cette formule : le Canon lui-même est
la succession apostolique. Mais comment le connaissons-nous ? Qui nous
l’explique ? Chacun de son côté ? Ou bien des experts ? Dans ce cas,
notre foi ne reposerait que sur des hypothèses sur lesquelles nous ne
pouvons compter ni pendant la vie ni après la mort. Si l’Église n’a pas
voix au chapitre, si elle ne peut rien affirmer avec autorité sur les
questions essentielles de la foi, alors il n’y a pas de foi
communautaire. On pourrait alors supprimer le mot « Église » parce
qu’une Église qui ne nous garantit pas une foi commune n’en est pas une.
Ainsi, la question fondamentale relative à l’Église et à l’Écriture
est en fin de compte une question qui est toujours ouverte et qui n’a
pas reçu de réponse. Tout cela n’exclut cependant pas le fait que les
véritables croyants puissent se rencontrer dans une profonde proximité
spirituelle, comme je peux moi-même en faire continuellement
l’expérience avec gratitude.
Q. – Vous êtes également le doyen du Collège des cardinaux.
Avez-vous cependant l’espoir de pouvoir vous consacrer également à votre
travail personnel ? Si vous en aviez le temps, quelle question
théologique voudriez-vous aborder en priorité, quel pourrait être le
titre de la publication correspondante ?
R. – Avant tout, je dois apprendre toujours plus à faire confiance à
Notre Seigneur, qu’il me reste du temps ou qu’il ne m’en reste guère,
parce qu’on ne rajeunit pas. Mais d’une certaine manière, durant les
quelques heures de temps libre à ma disposition, même si elles sont
rares, je m’efforce de mener à bien quelque chose, petit à petit. En
août, j’ai commencé à rédiger un livre sur Jésus. J’en aurai
certainement pour trois ou quatre ans, au train où semblent aller les
choses. Je voudrais démontrer comment, à partir de la Bible, une figure
vivante et harmonieuse en soi vient à notre rencontre et comment le
Jésus de la Bible est également un Jésus absolument présent.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l’hebdomadaire
L’Espresso.

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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 02.12.2024
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