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Dieu créateur, est entré dans l'histoire, est devenu une figure de l'histoire

Le 13 mars 2026 - E.S.M. -  Pour le quatrième dimanche de Carême, prions le Seigneur afin qu'il nous guérisse sans cesse, qu'il nous aide à voir et qu'il nous accorde cette grande joie : « II est avec moi, il est lumière, et avec lui je peux être dans la lumière. Sa grâce est toujours plus grande que ma faiblesse ; le Seigneur est la lumière de ma vie. » Amen

Siloé, la ville du Roi David - Pour agrandir l'image Cliquer

Benoit XVI : Au baptême, devenir enfants de lumière

Le 13 mars 2026 - E.S.M. Lectures: 1S 16,1b.6-7.10-13a; PS 22; Ép. 5,8-14; Jn 9,1-41,

Chers amis,
    Dans le récit de la guérison de l'aveugle-né, l'évangéliste saint Jean révèle tout le mystère de Dieu et de l'humanité. Il nous montre que les miracles du Seigneur ne sont pas de simples événements passagers, mais des signes, une transparence du mystère de Dieu, l'apparition de la vérité.
    Observons tout d'abord que cet homme, qui ne peut voir, représente l'humanité marquée par le péché originel. Cette humanité est incapable de voir Dieu, de voir, de connaître la vérité, de percevoir l'essentiel. Bien sûr, elle ne peut jamais totalement ignorer Dieu, car Dieu est profondément inscrit en nous, dans notre cœur. Une certaine vision, une certaine idée de Dieu est toujours présente; parfois elle s'approche très près de la véritable vision de Dieu, mais elle ne l'atteint jamais pleinement, même dans les plus grandes tentatives des esprits les plus élevés ou des grandes religions; parfois, au contraire, elle devient une véritable caricature.
    Cependant; "homme marqué par le péché originel ne parvient jamais à voir clairement, en réalité, qui est Dieu, le visage de Dieu. Pour guérir l'homme déchu, Dieu lui-même doit intervenir, devenir son médecin, entrer dans l'histoire humaine. Les Pères de l'Église disent que le chant des anges à Noël est né de leur joyeuse surprise de voir que le Dieu qu'ils connaissaient jusqu'alors dans la grande sagesse des structures du cosmos, ce Dieu créateur, est entré dans l'histoire, est devenu une figure de l'histoire. Cette joyeuse surprise se réalise ici de manière très concrète.
    Saint Jean raconte cette histoire en trois étapes. La première est représentée par la boue que le Seigneur met sur les yeux de l'aveugle-né. Il est difficile d'interpréter ce que cela signifie, ce que cela représente. Saint Augustin a proposé une interprétation allégorique, certes un peu forcée, mais qui me semble néanmoins nous guider sur la bonne voie. Il nomme cette boue « collyre », composé, comme on le voit dans l'Évangile, de deux éléments : la terre et la salive (Voir Augustin D'HIPPONE, Commentaire sur l'Évangile de Jean, 2, 16).
    Dans l'Antiquité, la salive était considérée comme le souffle matérialisé, une communication de l'âme; ainsi, saint Augustin voit dans cette composition de terre et de souffle de Jésus un symbole de son humanité. Dès lors, connaître l'humanité de Jésus, rencontrer l'homme Jésus, serait le premier pas vers la guérison. Cette interprétation est peut-être un peu forcée, mais elle me paraît en tout cas symboliser le catéchuménat, le rapprochement avec Jésus, la découverte progressive de sa figure, la rencontre d'abord avec l'homme Jésus, puis avec le Fils de l'Homme, le Fils de Dieu. Un mouvement semblable à celui que saint Jean décrit également, lorsque les premiers disciples suivent Jésus avec une certaine appréhension et osent enfin lui demander: « Où habites-tu? » (Jn 1,38). Ce premier moment de guérison nous est aussi toujours nécessaire : connaître Jésus, se rapprocher de lui, savoir où il demeure, le suivre.
    La seconde étape est le bain dans la piscine de Siloé. Saint Jean souligne que Siloé signifie « celui qui est envoyé ». Cela renvoie au mystère de Jésus, envoyé par Dieu, en qui Dieu lui-même entre dans l'histoire, émerge de la grandeur de sa gloire et devient homme dans cette histoire humaine. Se baigner dans la piscine de Siloé signifie s'immerger, être immergé dans le mystère de Jésus, être pénétré par ce mystère qui nous purifie de l'intérieur, pénétrant les profondeurs de notre être.
    Il est aisé de reconnaître que ce bain dans la piscine de Siloé, c'est-à-dire dans « celui qui est envoyé », est un symbole du baptême lui-même, de notre immersion dans le mystère de Jésus qui s'opère dans ce sacrement. Cela signifie qu'il ne suffit pas de connaître Jésus, d'avoir ses idées, de lire les Écritures, mais que nous avons besoin de son action, de son Église, d'être immergés dans son mystère, dans les sacrements.
    Ainsi d'une part apparaît l'unicité du sacrement du baptême, cet acte par lequel Jésus lui-même agit, par lequel il nous plonge dans son humanité et sa divinité. D'autre part, nous voyons qu'il est aussi le symbole d'une réalité qui doit se perpétuer dans notre vie, d'un renouvellement constant dans celui qui nous a été envoyé, dans le mystère de Jésus. Nous devons laisser nos pensées, nos affections, notre volonté être « lavées » et entrer en communion avec la sainte Église, dans la vie des sacrements, dans la vie de prière, dans la méditation, dans la rencontre avec Jésus dans l'Église. Il nous faut nous laisser immerger, pénétrer toujours plus profondément par le mystère de Dieu, être toujours plus baptisés, toujours plus unis à son être et renouvelés, non pas seulement « baignés », mais renaissants.
   Enfin, la troisième étape. L'aveugle-né, qui savait seulement que celui qui l'avait guéri s'appelait Jésus, le reconnaît comme le Fils de Dieu, le Fils de l'Homme; il croit et adore. Cette parole, « II se prosterna», dans le texte grec de l'Évangile, est prosekimesen (Jn 9,38), qui signifie non seulement le geste extérieur de la prosternation, mais le geste total de l'être, l'adoration du corps et du cœur.
    Finalement, l'aveugle-né croit, et croire est une forme d'adoration ; c'est seulement ainsi qu'il voit enfin, non seulement avec ses yeux physiques, mais aussi avec son cœur, avec son esprit, étant véritablement éclairé, guéri, et voyant ce que nous devons voir pour vivre pleinement, pour parvenir à la vraie vie.
    Seul l'acte de foi en Jésus qui se mue en adoration est l'illumination complète et parfaite. Seuls ceux qui adorent Dieu en Jésus Christ, seuls ceux qui croient en Christ et l'adorent, voient clairement, sont véritablement parvenus à la lumière, sont enfants de lumière. Ce double acte - croire et adorer - n'est pas une simple réalité intellectuelle ou extérieure, mais pénètre la vie. Cela signifie: reconnaître l'autorité de Jésus et s'y soumettre tout au long de notre vie, et ainsi voir clair, être enfants de la lumière.
    Comme le dit la deuxième lecture, le mystère de cette guérison est que nous ne recevons pas seulement passivement la lumière, mais que nous devenons nous-mêmes lumière, enfants de la lumière, ou, comme le dit saint Paul aux Philippiens, astres dans les ténèbres du monde (cf. Ph 2,15). Nous aussi, avec le Christ, devenons lumière. C'est pourquoi nous prions pour que Jésus nous guérisse pleinement, afin que nous ne le voyions pas seulement comme l'objet de notre regard, mais que nous devenions nous-mêmes activement, avec lui, lumière dans ce monde.
    L'Église nous annonce tout cela en ce dimanche de Laetare, le dimanche de la joie ; elle veut ainsi nous dire que tout ce que nous venons d'entendre est la source de la véritable joie que nous apporte l'Evangile. Joie : Dieu me connaît, Dieu m'aime, Dieu prend soin de moi. La grande surprise des anges la nuit de Noël, car ce Dieu qu'ils connaissaient dans la beauté du monde s'était fait homme dans l'histoire, cette joyeuse surprise devrait aussi être notre surprise toujours renouvelée : que le Dieu tout-puissant me connaisse, prenne soin de moi, m'aime, et que je puisse le connaître, être en contact avec lui, marcher avec lui, expérimenter qu'il est mon ami.
    Dans les courants théologiques post-conciliaires, on a prétendu que cette joie — d'être connu de Dieu et de le connaître — recèle un triomphalisme incompatible avec l'humilité chrétienne. C'est une grave erreur. Le fait de le connaître n'est pas une vantardise, c'est un don,- un don inestimable ! Comme Israël l'a reconnu dans les Psaumes et s'en est réjoui en disant : « Dieu ne s'est révélé à aucun autre peuple, mais à nous il a fait connaître sa parole » (cf. PS 147,19 et suivants).
    Quelle joie de connaître ta volonté, Seigneur, quelle joie dans les ténèbres de la vie de te connaître et de connaître la vie, d'être en communion avec toi! Cette joie est d'autant plus vraie pour nous que Dieu ne s'est plus révélé seulement comme loi, comme parole, mais comme homme, comme Fils de l'homme, comme l'un des nôtres, comme celui qui m'aime et qui, dans les sacrements, se met entre mes mains, s'offre à mon cœur. Cette joyeuse surprise devrait être la raison de ce Laetare dominical, pour reconnaître véritablement que la foi est l'Evangile et qu'elle est lumière.
    Prions le Seigneur afin qu'il nous guérisse sans cesse, qu'il nous aide à voir et qu'il nous accorde cette grande joie : « II est avec moi, il est lumière, et avec lui je peux être dans la lumière. Sa grâce est toujours plus grande que ma faiblesse ; le Seigneur est la lumière de ma vie. » Amen !


 

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Sources :Texte original des écrits du Saint Père Benoit XVI - méditations inédites-  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) Le 13 mars 2026