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Le Christ cesse d'être l'homme qui est Dieu pour devenir un homme qui a fait l'expérience de Dieu

Le 31 mars 2026 - E.S.M. -  La foi que le Christ est le Fils unique de Dieu, qu'en lui Dieu est réellement présent comme homme parmi nous et que l'homme Jésus est éternellement en Dieu, qu'il est Dieu lui-même, non pas une figure sous laquelle Dieu se révèle mais Dieu même, le Dieu unique et non interchangeable, cette foi est alors éliminée.

Jésus est Dieu lui-même

Le Christ cesse d'être l'homme qui est Dieu pour devenir un homme qui a fait l'expérience de Dieu

Introduction au christianisme

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III - La figure du Christ est interprétée de façon totalement nouvelle

    1. La figure du Christ est interprétée de façon totalement nouvelle, non seulement par rapport au dogme, mais également par rapport à l'Évangile. La foi que le Christ est le Fils unique de Dieu, qu'en lui Dieu est réellement présent comme homme parmi nous et que l'homme Jésus est éternellement en Dieu, qu'il est Dieu lui-même, non pas une figure sous laquelle Dieu se révèle mais Dieu même, le Dieu unique et non interchangeable, cette foi est alors éliminée. Le Christ cesse d'être l'homme qui est Dieu pour devenir un homme qui a fait l'expérience de Dieu d'une manière particulière. Il est un illuminé - et n'est plus fondamentalement différent en cela d'autres illuminés comme Bouddha par exemple. Mais, dans une telle interprétation, la figure de Jésus perd sa logique intérieure. Elle est arrachée à son ancrage historique et pressée dans un schéma qui lui est étranger. Bouddha - comparable en cela à Socrate - renvoie à autre chose que lui : ce n'est pas sa personne qui importe, mais uniquement le chemin qu'il a indiqué. Celui qui a trouvé le chemin peut oublier Bouddha. Mais pour Jésus il s'agit précisément de sa personne, de lui-même. À travers son « Moi je suis » (Jean 14:6), on perçoit le « Je suis » (Exode 3, 1-7) de la montagne de l'Horeb. Le chemin consiste précisément à le suivre, car « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Il est lui-même le chemin, il n'y a pas de chemin qui soit indépendant de lui, sur lequel il ne compterait plus. Si donc ce n'est justement pas une doctrine mais sa personne qui constitue le message véritable, il faut cependant ajouter que ce Je est un pur renvoi au Tu du Père, qu'il ne repose pas en lui-même mais est réellement « chemin ». « Mon enseignement n'est pas de moi » (Jn 7, 16), « Je ne cherche pas ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jn 5, 30). Le « je » est important parce qu'il nous introduit entièrement dans la dynamique de l'envoi, parce qu'il conduit à aller au-delà de soi-même et à être uni à celui pour lequel nous sommes créés. Si on sort la figure de Jésus de cet ordre de grandeur qui, à vrai dire, suscite toujours le scandale, si on la sépare de la condition divine, elle devient contradictoire. Il ne subsiste que des lambeaux qui nous laissent déconcertés, ou qui deviennent des prétextes pour nous confirmer nous-mêmes.
    2. Le concept de Dieu est modifié de façon radicale. La question de savoir si Dieu doit être pensé comme une personne ou de façon a-personnelle apparaît maintenant secondaire ; on ne peut plus discerner de différence essentielle entre formes de religion théistes (Ndlr : le théiste est celui qui est près d'admettre la révélation et qui admet déjà l'existence de Dieu).et non théistes. Cette vision des choses se propage avec une vitesse étonnante. Même des catholiques croyants et ayant une formation théologique, qui veulent contribuer à la vie de l'Église, posent tout naturellement la question : est-il réellement si important de concevoir Dieu comme une personne plutôt que de façon non personnelle ? Nous devrions être larges d'esprit à ce sujet, pense-t-on, puisque de toute manière le mystère se trouve au-delà de tous les concepts et de toutes les images. Mais on touche ici le cœur de la foi biblique. Non seulement pour Israël mais pour les chrétiens dans leur ensemble, le Shema le « Écoute Israël » de Dt 6. 4-9 était et demeure le centre véritable de l'identité croyante. C'est avec ce mot que meurt le juif croyant ; c'est avec lui et pour lui que les martyrs juifs ont donné leur vie : « Écoute Israël, c'est Yahvé notre Dieu, Yahvé seul. » Que Dieu nous montre à présent en Jésus son visage (Jn 14, 9) que Moïse n'a pas eu le droit de voir (Ex 33, 19) ne change en rien cette confession de foi, ne change en rien l'essence de cette identité. Que Dieu est personne n'apparaît naturellement pas dans la Bible sous ce concept, mais sous la forme qu'il existe un nom de Dieu. Le nom signifie possibilité d'être appelé, capacité de parler, d'entendre, de répondre. Cela est essentiel pour le Dieu biblique, et si on enlève cela on a quitté la foi de la Bible. Incontestablement il a existé et il existe des manières fausses, superficielles, de concevoir Dieu comme personne. Au moment même où nous appliquons le concept de personne à Dieu, la différence entre notre idée de la personne et la réalité de Dieu est toujours plus grande que ce qui leur est commun, comme nous le dit le IVe concile du Latran à propos de tout discours relatif à Dieu. De fausses applications de la notion de personne à Dieu existent toujours, de façon certaine, lorsque Dieu est utilisé à des fins humaines et que son nom se trouve ainsi souillé. Ce n'est pas un hasard si le deuxième commandement, qui doit préserver le nom de Dieu, suit directement le premier qui nous apprend à l'adorer. C'est pourquoi il nous faut toujours entendre et réentendre le discours sur Dieu des religions « mystiques » avec leur théologie purement négative, et c'est pourquoi il existe des chemins dans un sens et dans l'autre. Mais lorsque disparaît ce que veut dire « nom de Dieu », c'est-à-dire l'être-personne de Dieu, son nom n'est plus préservé et honoré, mais abandonné.
    Mais que veut-on réellement dire en parlant de nom de Dieu, de son être-personne ? Précisément ceci : que non seulement nous pouvons faire nous-mêmes l'expérience de Dieu au-delà de toute expérience, mais que lui-même peut s'extérioriser, se communiquer. Là où Dieu est conçu de façon entièrement a-personnelle, comme dans le bouddhisme, comme le pur rien par rapport à tout ce qui se manifeste réellement à nous, il n'existe pas de relation positive de « Dieu » au monde. Là, le monde doit être dépassé en tant que source de souffrances, mais il n'y a plus à lui donner forme. La religion indique alors des voies pour surmonter le monde, pour être libéré du poids de son apparence, mais pas de critères concernant la manière dont nous pouvons vivre dans le monde, pas de formes de responsabilité commune en lui. Ce qui est l'essentiel, c'est l'expérience de l'identité : au fond de moi-même, je suis un avec le fond caché de la réalité elle-même — c'est le célèbre tat tvam asi (Tu es Cela) des Upanishad (Les Upanishads sont les textes philosophico-religieux de l'Hindouisme). Le salut consiste dans le fait d'être délivré de l'individuation, du fait d'être une personne, dans le dépassement de la distinction d'avec tout ce qui est et qui est fondée dans le fait d'être une personne : l'illusion du soi quant à lui-même doit être écartée. Le caractère problématique de cette vision de l'être a été perçu très fortement dans le néo-hindouisme. Lorsque le caractère singulier des personnes n'existe pas, il n'est pas possible non plus de fonder la dignité intangible de chaque personne. Or pour les réformes que l'on mettait en route (abolition du système des castes, de la crémation des veuves, etc.), il était nécessaire justement de prendre congé de cette conception fondamentale et d'insérer dans le dispositif d'ensemble de la pensée hindouiste  la notion de personne telle qu'elle est née dans la foi chrétienne de la rencontre avec le Dieu personnel. La quête de la « praxis » juste, de l'agir juste, a commencé ici à corriger la « théorie » : on peut voir là, dans une certaine mesure, à quel point la foi chrétienne en Dieu est « pratique », et qu'on ne doit pas rejeter les grandes questions distinctives du côté de ce qui en fin de compte est sans importance.
    Ces réflexions nous ont conduit là où doit commencer aujourd'hui une « Introduction au christianisme ». Avant de tenter d'aller un peu plus loin dans la ligne qui a été suggérée, une remarque concernant la situation actuelle de la foi en Dieu et au Christ peut être faite encore. Il existe une crainte de l'« impérialisme » chrétien, la nostalgie de la belle diversité des religions, et de la gaieté et de la liberté originelles qu'on leur prête. Le colonialisme, dit-on, est lié à l'essence historique du christianisme historique qui n'a pas voulu accepter l'autre dans son altérité mais a cherché à tout placer sous sa garde. C'est de cette manière que les religions et les cultures d'Amérique du Sud auraient été piétinées et écrasées, et qu'on aurait fait violence à l'âme des peuples qui ne serait pas parvenue à se faire à ce qui était nouveau, et à qui on avait arraché ce qui était ancien. Il existe à ce sujet des lectures plus douces et des lectures plus radicales. La lecture plus douce dit qu'il faut enfin donner droit de cité aux cultures perdues au sein de la foi chrétienne, et permettre la formation d'un christianisme autochtone. La position plus radicale considère le christianisme dans son ensemble comme une aliénation dont il faut libérer les peuples. La demande d'un christianisme autochtone, comprise de façon juste, doit être perçue comme une tâche réellement importante. Toutes les grandes cultures sont ouvertes les unes aux autres et ouvertes à la vérité. Toutes ont quelque chose à apporter à la « robe multicolore » de l'épouse dont parle le psaume 44, et que les Pères référaient à l'Église, Dans ce domaine, il est certain que bien des choses ont été négligées et qu'il y a du nouveau à faire. Mais n'oublions pas que pour une part non négligeable, ces peuples ont déjà trouvé dans la piété populaire une expression de la foi qui leur est propre. Le fait que le Dieu souffrant surtout et la bonne Mère sont devenus pour eux les images centrales de la foi, qui leur ont ouvert la porte conduisant au Dieu de la Bible, a également quelque chose à nous dire à nous, aujourd'hui encore. Mais naturellement beaucoup reste à faire.

A suivre :

- Si Dieu n'est pas en Christ, il s'éloigne dans un lointain incommensurable

 
   

 

 

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Sources :Texte original des écrits de Joseph Ratzinger et du pape Benoit XVI -  E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 00.11.2025