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Pape Léon :
Chantier ouvert sur les décombres de la justice vaticane
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Le 30 septembre 2025 -
E.S.M.
- En bon diplômé en droit canon qu’il est, le pape Léon devra rapidement
mettre ses compétences à l’épreuve pour assurer l’équité des procès
organisés au Vatican, qu’ils soient ecclésiastiques ou civils. En effet, les
lacunes sont graves et flagrantes dans ces deux domaines.
S. M.
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Chantier ouvert sur les décombres de la justice vaticane
Le 30 septembre 2025 -
E.S.M. -
En bon diplômé en droit canon qu’il est, le pape Léon devra rapidement
mettre ses compétences à l’épreuve pour assurer l’équité des procès
organisés au Vatican, qu’ils soient ecclésiastiques ou civils. En effet, les
lacunes sont graves et flagrantes dans ces deux domaines.
Pour ce qui est
du domaine ecclésiastique, dans l’interview qu’il a accordée à Elise Ann
Allen sortie le 18 septembre, retranscrite dans un
livre publié aux éditions Penguin Perú, le pape Léon semble déjà vouloir
apporter des ajustements dans les procès pour abus sexuels.
Après avoir insisté sur « une authentique et profonde sensibilité et
compassion pour la douleur et la souffrance » des victimes, le pape a en
effet immédiatement ajouté que « les accusés eux aussi ont des droits, et
beaucoup d’entre eux estiment que ces droits ne sont pas respectés. Il y a
eu des cas avérés de fausses accusations en tous genres. Certains prêtres
ont eu leur vie détruite à cause de cela ».
Et encore : « Le fait que la victime se fasse connaître et formule une
accusation, et que cette accusation soit présumée fondée, n’annule pas la
présomption d’innocence. Donc l’accusé lui aussi doit être protégé, ses
droits doivent être protégés ».
« L’Église a sans doute cherché à élaborer une nouvelle législation »,
a poursuivi Léon. Mais malgré cela « nous nous retrouvons dans une
impasse », parce que « la protection des droits de l’accusé est un
problème ».
Et en effet, si l’on en croit les critiques des principaux experts en
droit canon, la « nouvelle législation » promulguée en la matière par
l’Église, et ses
modifications ultérieures introduites par le pape François le 7 décembre
2021, a gravement porté atteinte au « procès équitable ».
En premier lieu, elle a facilité la pratique répandue de remplacer le
procès judiciaire, de la compétence des diocèses ou du Dicastère pour la
Doctrine de la foi au Vatican, par une simple procédure administrative
accélérée dans laquelle la sentence est émise par décret de l’autorité
compétente.
Mais plus grave encore, elle a battu en brèche deux garde-fous destinés
à protéger les droits de l’accusé.
La première brèche est la faculté, désormais encouragée et pratiquée
habituellement par l’autorité ecclésiastique, de déroger aux vingt ans de
prescription fixés par le droit canon pour les délits d’abus sexuel et donc
de poursuivre judiciairement y compris les actes commis avant cette date.
C’est le cas, parmi d’autres, du procès de l’ex-jésuite et artiste Marko
Ivan Rupnik, ordonné par le pape François en octobre 2023 qui inclut une
dérogation pour les faits antérieurs à 2003 – c’est le cas pour la plus
grande partie d’entre eux – qui lui sont reprochés, un procès dont ne sait
rien du déroulement, si ce n’est que les juges n’ont été nommés qu’au début
de l’été 2025.
La seconde brèche infligé aux principes fondamentaux du système pénal
de l’Église est l’application rétroactive fréquente à l’accusé de normes qui
lui sont défavorables mais qui n’existaient pas au moment où il aurait
commis le crime dont il est accusé, parce qu’elles n’ont été émises que plus
tard.
Les experts en droit ecclésiastique ont émis de vives critiques sur ces
violations du « procès équitable » qui entachent aujourd’hui les procès
canoniques. Et il est évident que cette rigueur punitive délétère est un
effet de cette « tolérance zéro » imposée à l’Église par l’opinion publique,
en matière d’abus sexuels, comme si le présent et l’avenir de l’Église
elle-même se jouaient sur ce point seulement.
Le pape Léon lui-même, dans son interview, a tiré la sonnette d’alarme.
« Nous ne pouvons pas faire en sorte que toute l’Église se concentre
exclusivement sur ce thème, parce que ce ne serait pas une réponse
authentique à ce que le monde attend en termes de nécessité de la mission de
l’Église », a‑t-il dit. « L’Église a la mission de prêcher l’Évangile et,
grâce à Dieu, l’écrasante majorité des personnes qui sont engagées dans
l’Église, prêtres, évêques et religieux, n’a jamais abusé de qui que ce
soit ».
Mais si l’on ne traite pas rapidement les blessures infligées au « procès
équitable » dans le système judiciaire ecclésiastique, on court de plus en
plus le risque que les personnes qui sont victimes de violations flagrantes
de leurs droits fondamentaux ne se tournent vers la justice civile pour
obtenir réparation des dommages subis « en raison des prétendues
irrégularités de la procédure adoptée devant la justice confessionnelle »,
comme on peut le lire dans l’un des manuels de droit ecclésiastique les plus
étudiés dans les universités italiennes, dont l’auteur est Carlo Cardia,
figure de proue de la délégation italienne qui a abouti en 1984 à la mise
à jour du concordat de 1929 entre l’Italie et le Saint-Siège.
Le risque est bien réel. D’autant plus en Italie où, en vertu du
nouveau concordat, les effets civils des jugements ecclésiastiques
doivent s’inscrire « en harmonie avec les droits constitutionnellement
garantis aux citoyens italiens ».
Mais ce risque pourrait également être salutaire. C’est en tout cas ce
que prétend Geraldina Boni, professeur ordinaire de droit canon
à l’Université de Bologne, consulteur du Dicastère du Vatican pour les
textes législatifs et présidente en Italie de la Commission
interministérielle pour les conventions avec les confessions religieuses, en
conclusion d’un essai extrêmement bien documenté intitulé « La
lesione dei principi di legalità penale e del giusto processo
nell’ordinamento canonico », rédigé en collaboration avec deux de ses
élèves aujourd’hui professeurs, Manuel Ganarin et Alberto Tomer :
« L’intervention quasi supplétive et surérogatoire du pouvoir temporel
pourrait faire office de stimulant puissant de nature à décourager et
à dissuader l’autorité confessionnelle de la tentation insidieuse de vouloir
réprimer sans aucune indulgence des actes haineux et déplorables, une
intention certes louable en soi dans l’absolu, mais au prix, inacceptable
quant à lui, de la destruction de cette conquête civilisationnelle,
à laquelle le droit canon a également généreusement collaboré, qu’est le
procès équitable ».
*
En ce qui concerne les procès civils qui se déroulent au Vatican, le 22
septembre dernier, la procédure d’appel pour la gestion des fonds du
Saint-Siège s’est ouverte, à la demande de plusieurs condamnés au procès de
première instance, dont le cardinal Giovanni Angelo Becciu, condamné à cinq
ans et six mois de réclusion, après avoir été, le 24 septembre 2020, privé
de ses fonctions et déchu de ses droits de cardinaux sans qu’aucune raison
n’en ait jamais été fournie.
Léon a fait une brève allusion à ce que les journaux internationaux ont
qualifié de « procès
du siècle » : « On a beaucoup parlé de l’acquisition de
cet immeuble à Londres, situé Sloane Avenue, et combien de millions ont été
perdus à cause de cela ».
Mais ce procès également a provoqué un déluge de critiques de la part des
juristes et des canonistes à cause des « violations gravissimes du droit, et
même du droit divin » qui ont eu lieu pendant son déroulement et qui sont
résumées dans cet article de Settimo Cielo datant du 18 mars 2024 :
►
"Summa iniuria". Le désastre de la justice vaticane, sous le règne du Pape
François
Et tant les événements survenus entre les deux procès que ce qui est en
train de se passer dans le procès en appel sont venu eux aussi ajouter
matière à critique, bien qu’on note déjà des signaux d’un changement de cap.
Le cardinal Becciu et plusieurs autres accusés
ont immédiatement demandé au promoteur de justice du Vatican, Alessandre
Diddi, de se démettre de ses fonctions d’accusateur – qu’il avait déjà
exercées dans le procès en première instance – à la suite de messes privés
sur WhatsApp qui montreraient qu’il aurait un intérêt personnel à conduire
ce procès.
Ces messages, qui n’ont été publiés que de façon minimaliste par Diddi au
cours du procès en première instance avant d’être publiés dans leur
intégralité dans le quotidien « Domani », révèlent qu’il serait impliqué
dans la machination ourdie par deux femmes liées au Vatican, Francesca
Immacolata Chaouqui et Genoveffa Ciferri, pour faire de Mgr Alberto
Perlasca, ancien directeur du bureau administratif de la Secrétairerie
d’État, le principal témoin à charge contre le cardinal Becciu, depuis août
2020.
Le président de la Cour d’appel, l’archevêque Alejandro Arellano Cedillo,
a déclaré recevable la demande de récusation et a renvoyé la décision finale
concernant le sort de Diddi à la Cour de cassation de l’État de la Cité du
Vatican : une cour que le pape François a confié en 2023, dans une décision
incompréhensible, à quatre cardinaux sans expérience juridique : Joseph
Farrell, Matteo Maria Zuppi, Augusto Paolo Lojudice e Mauro Gambetti,
assistés de deux juristes, Antonia Antonella Marandola et Chiara Minelli,
dont la première a co-écrit plusieurs livres avec ce même Diddi.
Exclu de la salle d’audience dans l’attente de la décision de la Cour de
cassation, Diddi – qui n’a jamais fait mystère d’avoir entretenu des
rapports directs avec le pape François – vient de subir un nouveau revers.
En effet, il avait lui aussi introduit un recours en appel contre le
jugement de première instance, trop clément à son goût. Mais le 25
septembre, la Cour a rejeté
son recours, truffé de tant d’erreurs grossières qu’il en était devenu
irrecevable. Avec pour conséquence la confirmation de certains acquittements
décidés en première instance dont, pour le cardinal Becciu, ceux relatifs
à l’abus d’autorité et au détournement de fonds dans ses relations avec un
financier.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 30.09.2025
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