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Magnifica humanitas :
Magnifique encyclique, mais aussi incohérente sur la guerre et la paix
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Le 30 mai 2026 -
E.S.M.
- Dans son encyclique Magnifica humanitas, le pape
Léon XIV consacre tout un chapitre, le cinquième et
dernier, à s’opposer à la “culture de la puissance” qui
normalise la guerre, élevée au rang de “prolongement
naturel de la politique” alors que les développements
technologiques sont désormais en mesure de nécessiter un
dépassement de la théorie de la ‘guerre juste’ trop
souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre,
sous réserve du droit à la légitime défense dans son
sens le plus strict.
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Léon XIV
Magnifica humanitas :
Magnifique encyclique, mais aussi incohérente sur la guerre et la paix
Le 30 mail 2026 -
E.S.M. - “Désarmée et désarmante”:
voilà comment devrait également être l’intelligence artificielle
selon le pape Léon. Dans son encyclique “Magnifica
humanitas”, il consacre tout un chapitre, le cinquième et
dernier, à s’opposer à la “culture de la puissance” qui normalise la
guerre, élevée au rang de “prolongement naturel de la politique”
alors que les développements technologiques sont désormais en mesure
de nécessiter un “dépassement de la théorie de la ‘guerre juste’
trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous
réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus
strict”.
Dans les 240 pages que compte ce document, on retrouve de
nombreuses invectives contre les guerres et les armes mais à peine quelques
lignes – aux paragraphes 192 et 197 – consacrées à reconnaître que “l’usage de
la force armée ne doit intervenir en dernier recours, en cas de légitime
défense”, mais qu’on ne pourrait cependant plus qualifier de “juste”.
Pour appuyer cette thèse, dans une note de bas de page, la n°182, le pape
Léon renvoie à l’encyclique “Fratelli
tutti” du pape François, qui a en effet été le premier à déclarer dans
un document pontifical qu’il était “très difficile aujourd’hui de défendre les
critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible ‘guerre
juste’”.
Mais dans la même note, le pape Léon renvoie également au
Catéchisme de
l’Église catholique, d’une valeur magistérielle bien supérieure, qui
réaffirme en revanche, au n°2309, le bien-fondé de “la doctrine dite de la
‘guerre juste’” et qui énumère “les strictes conditions d’une légitime défense
par la force militaire” et qui résume comme suit, au n°2308, l’enseignement de
l’Église, avec les mots de la constitution “Gaudium
et Spes ” du Concile Vatican II : Aussi longtemps cependant "que le risque de
guerre subsistera, qu’il n’y aura pas d’autorité internationale compétente et
disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une
fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifique, le droit de
légitime défense”. Un droit – précise le Catéchisme au n°2265 – qui “peut être
un devoir grave, pour qui est responsable de la vie d’autrui”, étant donné que
“la défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état
de nuire” incluant “le droit de recourir même aux armes”.
Selon le Catéchisme, les “conditions strictes” susceptibles de justifier une
guerre défensive sont au nombre de quatre et doivent être rencontrées
cumulativement :
-
“Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté
des nations soit durable, grave et certain.”
-
“Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés
impraticables ou inefficaces.”
-
“Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.”
-
“Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus
graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de
destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition.”
Si c’est bien ce que nous disent les documents magistériels de l’Église, il
faut donc reconnaître que, sur la question de la “guerre juste” et de la
légitime défense, l’encyclique “Magnifica humanitas” pose plus de problèmes
qu’elle n’en résout.
Premièrement par la contradiction entre la “légitimité” reconnue à une guerre
de défense armée s’inscrivant dans le cadre des conditions fixées par le
Catéchisme et la négation de la qualification de “juste” à une telle guerre.
Deuxièmement par la disproportion flagrante entre la quantité d’invectives
contre toutes les guerres et les armes, non seulement dans “Magnifica humanitas”
mais aussi dans de nombreuses autres interventions orales et écrites du
pontificat actuel, et les très rares et dérisoires références à la légitimité de
la guerre défensive, pourtant reconnue.
Et troisièmement, par le contraste entre le soutien de fait apporté par le
pape Léon à l’héroïque guerre de défense menée par l’Ukraine contre l’agresseur
russe et les nombreux discours dans lesquels ce même pape condamne toutes les
guerres et les armes, apparemment sans exception.
Toutes ces contradictions sont mises en lumière avec une rare finesse
documentaire par
Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l’Université de Rome III
et aux Facultés théologiques de l’Italie septentrionale dans une longue
intervention que l’on retrouvera dans le dernier numéro de la prestigieuse revue
“Il Regno”, proposée en lecture intégrale y compris pour les non-abonnés.
L’analyse du professeur Diotallevi montre combien ces contradictions ont
marqué les dernières décennies de la vie de l’Église à tous les niveaux,
jusqu’au sommet de la hiérarchie, tout en passant sous silence le pontificat de
François – sur lequel un jugement semble “prématuré” – et plus encore sur celui
de Léon.
On retrouve en effet dans l’Église un certain pacifisme qui non seulement
tait ce que le Catéchisme dit noir sur blanc mais aussi ce que
Paul VI avait déclaré aux Nations Unies le 4 octobre 1965 outre son
cri très souvent cité “jamais plus la guerre, jamais plus la guerre!”,
d’ailleurs repris tel quel dans l’encyclique “Magnifica humanitas”, c’est-à-dire
que “Tant que l'homme restera l'être faible, changeant, et même méchant qu'il se
montre souvent, les armes défensives seront, hélas!, nécessaires.”
Personne ne semble davantage se rappeler l’appel de
Jean-Paul II en 1992 devant les Nations Unies et l’Europe à “désarmer
l’agresseur” dans les Balkans en guerre : “La conscience de l'humanité,
désormais soutenue par les dispositions du droit international humanitaire,
demande que soit rendue obligatoire l'ingérence humanitaire dans les situations
qui compromettent gravement la survie de peuples et de groupes ethniques
entiers : c'est là un devoir pour les nations et la communauté internationale.”
On oublie aussi l’affirmation nette de
Joseph Ratzinger le 4 juin 2004 à l’occasion de la commémoration du
débarquement de Normandie, qui a sonné le début de la fin de la domination nazie
et de la victoire du monde libre : “S’il y a eu jamais, dans l’histoire, un
bellum justum, c’est bien ici, dans l’engagement des Alliés, car
l’intervention servait finalement aussi au bien de ceux contre le pays desquels
a été menée la guerre.”
Sur le terrain des faits, il n’y a aucun doute que le pape Léon – à la
différence de son prédécesseur François qui en était venu à demander à l’Ukraine
de hisser “le
drapeau blanc” – considère comme “juste” la défense armée déployée par la
nation ukrainienne contre l’agression russe. On se souvient du
jugement tranché qu’il a posé sur ce conflit avant d’être élu pape.
Et on peut se douter que ce jugement tient toujours aujourd’hui, si l’on prend
la peine de décrypter ses faits et gestes.
On peut prendre pour exemple ce qu’il a déclaré à l’occasion du quatrième
anniversaire de l’agression russe, à l’Angélus
du 22 février 2026 : “Quatre ans se sont écoulés depuis le début de la guerre
contre l’Ukraine. Mon cœur se tourne encore vers la situation dramatique qui est
sous les yeux de tous : combien de victimes, combien de vies et de familles
brisées, combien de destructions, combien de souffrances indicibles ! J’invite
tout le monde à se joindre à la prière pour le peuple ukrainien meurtri.”
Ou encore ce que le pape Léon a déclaré lors de l’audience
générale de mercredi dernier après l’aggravation des attaques russes
contre la population civile : “Je suis avec une profonde préoccupation
l’évolution du conflit en Ukraine, qui connaît ces jours-ci une intensification
dramatique. Je tiens à exprimer ma proximité envers toutes les victimes des
récentes attaques, particulièrement lorsque celles-ci touchent des populations
civiles. Là où s’abattent les missiles et les drones, ce sont les espérances qui
s’effondrent, les foyers et les lieux de prière qui sont réduits en cendres, et
des vies innocentes qui sont brisées.”
Mais si on ne peut remettre en question la solidarité du pape Léon avec le
peuple ukrainien qui combat pour défendre sa liberté et sa vie, il semble
incohérent que de tels soutiens soient assortis de condamnations aussi
fréquentes que généralisées sur les dépenses militaires, comme si ces dernières
étaient toutes et toujours peccamineuses.
L’encyclique “Magnifica
humanitas” est truffée de telles condamnations. Mais
elles se trouvent résumées dans
le discours que le pape Léon a prononcé le 14 mai dernier
à l’occasion de sa visite à l’Université “La Sapienza” de Rome : “Au cours de
l’année écoulée, l’augmentation des dépenses militaires dans le monde, et en
particulier en Europe, a été considérable : on ne peut appeler ‘défense’ un
réarmement qui accroît les tensions et l’insécurité, appauvrit les
investissements dans l’éducation et la santé, dément la confiance dans la
diplomatie, enrichit des élites qui se moquent du bien commun. Il faut également
être attentif au développement et à l’application des intelligences
artificielles dans les domaines militaire et civil, afin qu’elles ne
déresponsabilisent pas les choix humains et n’aggravent pas la tragédie des
conflits. Ce qui se passe en Ukraine, à Gaza et dans les territoires
palestiniens, au Liban et en Iran illustre l’évolution inhumaine de la relation
entre la guerre et les nouvelles technologies, dans une spirale
d’anéantissement. Que l’étude, la recherche et les investissements aillent dans
la direction opposée : qu’ils soient un ‘oui’ radical à la vie ! Oui à la vie
innocente, oui à la vie des jeunes, oui à la vie des peuples qui invoquent la
paix et la justice !”.
On peut être d’accord avec plusieurs aspects de cette déclaration du pape,
mais certains passages se heurtent à la réalité. Comment par exemple condamner
la défense nécessaire dont l’Europe doit se doter – d’autant plus dans un
contexte de désengagement croissant de l’allié américain – pour garantir sa
propre sécurité contre des agressions futures et, de fait, contre celles qui
s’exercent déjà depuis des années sur son flanc oriental, en Ukraine ?
On ne peut condamner a priori les innovations technologiques mises
en œuvre par cette même Ukraine pour produire les systèmes de défense et
d’attaque de drones de nouvelle génération les plus avancés au monde, en mesure
de bloquer l’avancée russe.
Ces incohérences dans la prédication du pape Léon recueillent l’adhésion
ininterrompue, qu’elle soit sincère ou calculée, d’une grande partie de
l’opinion publique et des classes dirigeantes, à l’enseigne d’une invocation
consensuelle à la paix.
Mais si l’on aspire véritablement à une paix juste, à une pax opus
iustitiae, on ne peut pas davantage faire comme si elles n’existaient pas.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 30.05.2026
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