ACCUEIL    ׀    BENOIT XVI    ׀    LÉON XIV    ׀    ACTUALITÉ DE L'ÉGLISE    ׀    CHRIST MISÉRICORDIEUX    ׀    CONTACT
 

Moteur de recherche


 

N'ayons pas peur de faire le silence autour de nous et en nous

Le 28 mars 2026 - E.S.M. -  Le cardinal Sarah nous rappelle dans ce texte les sages paroles de notre regretté pape Benoît XVI qu'il a prononcé au cours de sa visite pastorale à Sulmona : "N'ayons pas peur de faire le silence autour de nous et en nous, si nous voulons être en mesure non seulement de percevoir la voix de Dieu, mais aussi celle de ceux qui nous entourent, des autres.

Pour agrandir l'image ► Cliquer   


Pages précédentes sur le même sujet :

La vie qui vient de Dieu et qui doit retourner à Lui
L'actuelle Union européenne, prône l'égalitarisme planétaire
Paradoxalement, ce n'est pas Dieu qui est mort mais l'homme
Le monde tel qu'il est devenu sous la domination de Satan et du péché
L'homme occidental vit comme si Dieu n'existait pas
Le silence n'est jamais un vide, c'est plutôt laisser parler Dieu
L'homme n'est grand que lorsqu'il est à genoux devant Dieu
Le christianisme n'ouvre pas un chemin parmi d'autres, mais c'est La Voie !
Obéissance envers le Christ et envers Sa Parole
 
    Pour revenir à votre question : il ne me semble pas, car ce n'est pas possible, que notre foi ne mette pas en évidence cette caractéristique de son passage par la chair, mais peut-être que, dans le refus que prononce le monde, a priori, de l'Annonce du Christ et de son Corps qu'est l'Église, il se confronte à des conceptions qui ne sont que très peu catholiques, opposant la bonté d'une expérience « spirituelle » à la bassesse de la vie dans la chair ; d'autre part, le même monde, de toute manière, exalte toute expérience « charnelle, en refusant de considérer la dignité qui lui a été conférée avec l'Incarnation de notre Rédempteur. Il y a donc une prudence à maintenir dans la prédication et dans l'exégèse, afin de ne pas susciter de malentendus : Pierre et tous les successeurs des Apôtres ont pour tâche de confirmer ceux qui croient au Christ, et non d'accroître la confusion ou de jouer sur les malentendus. D'autre part, l'heureuse expression de Tertullien ne se dément nullement : « Caro car do saluti ? La chair est le fondement du salut - 8,3: PL 2, 806 8,3 (PL 2:806)». » La chair du Christ est le socle du salut, notre propre chair, qu'il a assumée en tout, sauf dans le péché, elle est l'objet du salut, elle est donc précieuse aux yeux du Créateur et devrait l'être aux yeux de tout homme.
    Cette considération constitue un aspect fondamental de l'annonce chrétienne : « Nous le savons, en effet : jusqu'à présent la création tout entière est unie dans un profond gémissement et dans les douleurs d'un enfantement. Elle n'est pas seule à gémir ; car nous aussi, qui avons reçu l'Esprit comme avant-goût de la gloire, nous gémissons du fond du cœur, en attendant d'être pleinement établis dans notre condition de fils adoptifs de Dieu quand notre corps sera délivré » (Rm 8:22-23).
    Sur le fondement de la parole de Jésus, telle que les Évangiles nous la rapportent fidèlement, Jean-Paul II a ouvert les yeux sur la sacralité du corps humain, dans la mesure où il a été créé par Dieu et assumé par son Fils, dans l'histoire et pour l'éternité. Le corps humain, masculin et féminin, en tant qu'il est créé et qu'il est l'objet de l'Incarnation. Le corps humain en tant qu'il est habité par l'Esprit-Saint et le corps humain en tant qu'il est destiné à la résurrection. « Le corps n'est pas pour la fornication ; il est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance » (1Co 6:13-14). C'est un message qui révèle l'importance pour nous de ce que vous qualifiez de « charnel » et qui, dans la « théologie du corps » développée par Jean-Paul II, atteint un sommet inégalé, mais ne plaît certainement pas à tout le monde.
Pour en venir à des temps plus récents, je voudrais rappeler que le pape François, en préparation du Jubilé de 2025, a voulu que cette année 2024 soit consacrée à la prière. Et la subvention préparée à cet effet, en nous présentant ce chemin, nous rappelle que, « par la prière, il se produit comme une nouvelle incarnation de la Parole37 » : dans un geste aussi simple que le signe de croix, « en nous marquant dans notre corps du symbole de la croix, nous nous souvenons de l'Incarnation, de la rédemption et de la résurrection du Seigneur ; tandis qu'en prononçant le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, nous commémorons le grand Mystère de la Très Sainte Trinité », il nous exhorte à prier pour le Jubilé de 2025. Il nous exhorte à réciter les mystères du Rosaire « en sachant que nous invoquons celui qui, le premier, a accueilli les paroles du Seigneur — permettant à Dieu, en s'incarnant, d'opérer le début de la Rédemption ». Au point d'illustrer et de suggérer, sur un mode pédagogique, de remercier le Seigneur pour la nourriture du corps que nous recevons.
   
    Le 28 mai 2006, au cours de son voyage apostolique en Pologne, le pape Benoît XVI a fait une visite au camp de concentration d'Auschwitz où plus d'un million de prisonnier.-, pour la plupart juifs, ont trouvé la mort. Dans ce contexte, le pape a déclaré : « Pourquoi, Seigneur, as-tu gardé le silence ? Pourquoi as-tu pu tolérer tout cela ?[...]» Où était Dieu en ce temps-là ? Pourquoi s'est-il tu ? Comment a-t-il pu tolérer cet excès de destruction, ce triomphe du mal ?À cette occasion, le pape Benoît XVI s'est demandé, comme chacun d'entre nous, je le crois, pourquoi le mal existe et pourquoi Dieu le permet. Il arrive souvent dans nos vies que nous demandions à Dieu où il se trouve, en vivant ou en étant témoin de l'injustice, de la violence, des abus, de la souffrance et de la douleur. Nous nous tournons vers Dieu et lui demandons de l'aide : « Seigneur, aide-moi ! » Pourquoi, Eminence, le Seigneur semble-t-il souvent absent, silencieux ?
    Il nous faut nous rappeler qu'immédiatement avant les phrases que vous avez citées, Benoît XVI a qualifié Auschwitz de « lieu d'horreur, d'accumulation de crimes contre Dieu et contre l'homme sans comparaison dans l'histoire ». Les crimes contre l'homme sont toujours des crimes contre Dieu, tout comme l'oubli de Dieu est toujours suivi de crimes contre l'homme. Cela s'est produit pendant la guerre mondiale, mais il faut reconnaître que cela avait commencé avant. Même la Révolution française, en se dressant contre Dieu, s'est finalement dressée contre l'homme. N'oublions pas que c'est à cette époque qu'ont été inventés les fours crématoires, que l'industrie du XXe siècle a rendus plus performants. Il en a été de même pour la révolution de Pol Pot, qui voulait bouleverser le Cambodge pour régénérer l'humanité, moralement et matériellement, en se fondant sur une égalité imposée par la violence. Rappelons que tous les citoyens avaient reçu un nouveau nom et un habit, le même pour tous, du noir pour tous. La tentative de construire un « royaume de Dieu » « sans Dieu » était engagée. La volonté « du peuple » était affirmée comme une nouvelle divinité ultime, en vue de changer le monde, d'éliminer le mal et la souffrance. Le mal et la souffrance qui marquent notre histoire et notre vie ne peuvent plus être tolérés : il devient donc urgent de réaliser le « paradis sur terre », sans croire qu'il puisse jamais être atteint à travers la miséricorde du Dieu qui vient à peine d'être l'objet de notre rejet. Nous savons comment s'est terminée cette tentative, modèle de bien d'autres, mais inégalée par sa férocité et le nombre de ses victimes : près de deux millions et demi d'êtres humains sur une population d'environ sept millions.
    Dieu s'est tu, mais rappelons-nous qu'il a longuement parlé, quotidiennement, et qu'il continue à parler à ceux qui veulent: bien l'entendre.
Jean-Paul II avait déjà déclaré que lui, fils de la nation polonaise, ne s'était pas rendu à Auschwitz pour accuser, mais pour se souvenir : « Au nom de toutes les nations dont les droits sont violés et oubliés », hier comme aujourd'hui.
    Benoît XVI, dans le discours au camp d'Auschwitz-Birkenau, 28 mai 2006 que vous avez rappelé, déclare: « Aujourd'hui, je suis ici en fils du peuple allemand, et c'est précisément pourquoi je dois et je peux dire comme lui : je ne pouvais pas ne pas venir ici. Je devais venir. C'était et c'est un devoir face à la vérité et au droit de ceux qui ont souffert, un devoir devant Dieu d'être ici, en tant que Successeur de Jean-Paul II et en tant que fils du peuple allemand — fils du peuple dans lequel un groupe de criminels arriva au pouvoir au moyen de promesses mensongères, au nom de perspectives de grandeur, au nom de l'honneur retrouvé de la nation et de son importance, par des perspectives de bien-être, mais également par la force de la terreur et de l'intimidation, de sorte que notre peuple a pu être utilisé et abusé comme instrument de leur soif de destruction et de domination. » Que d'analogies avec le présent !
    Benoît XVI poursuit : « Nous ne sommes pas en mesure de scruter le secret de Dieu - nous n'en voyons que des fragments, et ce serait une erreur que de vouloir juger Dieu et l'histoire. En pareil cas, nous ne défendrions pas l'homme mais nous ne contribuerions qu'à sa destruction. Non — en définitive, nous devons continuer à élever vers Dieu ce cri humble mais persistant : Réveille-toi ! N'oublie pas ta créature, l'homme ! »
    Combien de fois Dieu a-t-il parlé dans l'histoire ! Il s'adresse avec affection à son peuple, Israël, en lui donnant à nouveau la loi, signe de l'Alliance, trahie par ce même peuple. L'engagement solennel, la promesse, le contrat solennel et, pourrions-nous dire, l'appel : « Ecoute Israël », le fameux Shemà Israël répété deux fois par jour par tout bon Juif, Des versets qui ont marqué la foi du peuple juif, sa relation personnelle avec Dieu, et qui contiennent son nom même - ce tétragramrne « locution mystique employée pour exprimer, sans le prononcer, le nom de Dieu, composé de quatre lettres» qui scandalisait les prêtres lorsqu'ils le voyaient reproduit au paraphe de la condamnation prononcée contre Jésus-Christ et apposée sur sa tête dans les trois principales langues de ce temps et de ce lieu : l'hébreu, le grec, le latin.
Dieu a parlé en envoyant son Fils, le Verbe, le Christ qui demeure à jamais.
    De manière suggestive, Péguy écrit :

II est là.
Il est là comme au premier jour.
Il est là parmi nous comme au jour de sa mort.
Éternellement, tous les jours,
II est là parmi nous dans tous les jours de son éternité.
Son corps, son même corps, pend sur la même croix ;
Ses yeux, les mêmes yeux, tremblent des mêmes larmes ;
Son sang, son même sang, saigne des mêmes plaies ;
Son cœur, son même cœur, saigne du même amour.
Le même sacrifice fait couler le même sang.

    Une paroisse a brillé d'un éclat éternel. Mais toutes les paroisses brillent éternellement, car dans toutes les paroisses il y a le corps de Jésus-Christ (Charles Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, [1910], in Œuvres poétiques complètes.)

    Le même mystère de miséricorde, le même abîme de pitié pour l'homme, le même amour, la même charité.
Pourtant, l'homme est resté libre de le rejeter. Il est intéressant de noter comment un Juif, Primo Levi, rescapé de ce camp de concentration, en décrivant la dégradation à laquelle l'homme était soumis, au point de se demander « si c'est un homme », reprend cette interpellation : « Écoute ! » Et il 1 adresse à l'homme qui a oublié Dieu, son Créateur.

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous  (Primo Levi, Si c'est un homme [1947]).
 

    Pour l'homme qui oublie Dieu, il ne peut y avoir qu'un seul commandement, une parole neuve à graver dans son cœur ; parce qu'il semble n'y avoir plus d'espoir et rien d'autre que l'horreur de ce qui risquerait encore de survenir, persistant devant ses yeux, un nouveau précepte à répéter - également matin et soir — peut éviter la répétition de l'horreur.
    L'homme qui a oublié Dieu est méprisé même par ses propres enfants, dans une guerre, dans une lutte sans fin.
    L'homme qui n'a confiance qu'en ses propres forces, en la science, en le progrès, et qui aliène tout ce qui reste d'humanité résiduelle dans le « nouvel humanisme », les merveilles technico-scientifiques qui promettent l'immortalité humaine, a troqué contre le « plat de lentilles » biblique sa propre dignité, la dignité que Dieu même lui a donnée. Une liberté que même Dieu n'a pas voulu restreindre et limiter, respectant tous nos choix, même ceux qui sont mensongers et qui finissent par nous nuire. Un respect de la liberté inimaginable dans toute autre culture et toute autre religion, mais qui devient le plus terrible des esclavages sans la vérité révélée qui, comme l'affirme Jésus-Christ, est Lui-même, sa personne. À Pilate qui lui demande « Quid est Veritas ? Qu'est-ce que la vérité ? » (Jn 18:38), Jésus ne répond pas. Saint Augustin interprète le silence de Jésus et répond par une anagramme, révélant ainsi qu'à l'intérieur de chaque question, il est possible de le rencontrer : Est Vir qui adest ! Le même Homme qui, accusé, s'est tu ; l'Homme qui, devant le tribunal devant le juger, sait bien qu'aucune parole ne suffira à convaincre ceux qui l'ont déjà rejeté ; aucune parole ne sera non plus d'un grand secours pour ceux qui ont décidé, dans leur cœur, d'accepter son témoignage et de le suivre. Même s'il n'a pas le courage de se révéler, dans ce contexte défavorable, comme c'est arrivé à Joseph d'Arimathie (Lc 22:66-70 ; Lc 23:3 ; Lc 23:50).
    Ainsi que je l'ai déjà dit, qui pourrait parler du silence, et surtout du silence de Dieu, sous une forme adéquate ? Nous ne pouvons que tenter de parler de Dieu à partir de notre expérience du silence. Car Dieu est enveloppé de silence et se révèle dans le silence intérieur de nos cœurs. Dieu habite au plus profond de chaque personne. Dieu est silence, et dans ce silence divin habite l'homme. En Dieu, nous sommes inséparablement liés au silence. L'Église peut affirmer que l'humanité est l'enfant d'un Dieu silencieux. Dieu est silencieux. Il attend notre silence pour Se révéler. Les puissances du monde qui cherchent à façonner l'homme moderne écartent méthodiquement le silence, mais nous avons un lieu où ce silence,
où converser avec Dieu, présent comme l'écrivait Péguy, doit être gardé et préservé : la célébration eucharistique.
    « Nous vivons dans une société dans laquelle chaque espace, chaque instant semble devoir être ''rempli" d'initiatives, d'activités, de sons : souvent, on n'a même plus le temps d'écouter ni de dialoguer. Chers frères et sœurs ! N'ayons pas peur de faire le silence autour de nous et en nous, si nous voulons être en mesure non seulement de percevoir la voix de Dieu, mais aussi celle de ceux qui nous entourent, des autres (Benoît XVI, Visite pastorale à Sulmona, 4 juillet 2010.). » Pour faire silence, ce silence qui n'est pas le vide extatique, « faire le vide », que voudraient les théosophies orientalistes, il faut être des chercheurs de Dieu, des hommes désireux de trouver des réponses aux questions majeures de notre existence : qui suis-je, d'où viens-je, pourquoi est-ce que je vis, pour qui est-ce que je vis ? Partir à la recherche de la vérité et du bonheur, c'est partir à la recherche de Dieu, écouter sa voix.
   
A suivre :
- Le pouvoir de l'intercession
- Le christianisme demeure aujourd'hui si fascinant et si vivant
- Pour voir la divine providence, il faut des yeux de la foi
- Dieu ne crie pas, il n'est pas bruyant, il attend notre disposition à l'écouter
 

 

Les lecteurs qui désirent consulter les derniers articles publiés par le site Eucharistie Sacrement de la Miséricorde, peuvent cliquer sur le lien suivant  E.S.M. sur Google actualité

 

Sources : Extraits du livre du cardinal Sarah  "Dieu existe-t-il ?" -  E.S.M
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 28.03.2026