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Entretien avec le cardinal Burke sur la liturgie, Noël et le conclave
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Le 26 décembre 2025 -
E.S.M.
- Noël a toujours été pour l’Église
un moment où elle s’arrête pour se souvenir non
seulement de ce qu’elle croit, mais aussi des raisons
pour lesquelles elle y croit. La situation contemporaine
de l’Église est parfois marquée par une confusion
doctrinale, des tensions ecclésiales et une instabilité
culturelle, mais la fête de l'Incarnation nous oblige à
rendre compte de la vérité, de l'autorité et des
revendications durables du Christ sur son Église. Peu de
voix incarnent cette prise de conscience de manière plus
claire que celle du cardinal Raymond Leo Burke.
J'espère que la sagesse du pape
Benoît XVI sera, pour ainsi dire, retrouvée.
Lu sur belgicatho
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Le cardinal Raymond Leo Burke -
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Entretien avec le cardinal Burke sur la liturgie, Noël et le conclave
Jan C. Bentz' -
the catholicherald
Le
26 décembre 2025 -
E.S.M. - Noël a toujours été pour l’Église un moment où elle
s’arrête pour se souvenir non seulement de ce qu’elle croit, mais
aussi des raisons pour lesquelles elle y croit. La situation
contemporaine de l’Église est parfois marquée par une confusion
doctrinale, des tensions ecclésiales et une instabilité culturelle,
mais la fête de l'Incarnation nous oblige à rendre compte de la
vérité, de l'autorité et des revendications durables du Christ sur
son Église. Peu de voix incarnent cette prise de conscience de
manière plus claire que celle du cardinal Raymond Leo Burke.
 
Ancien préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique et figure
centrale de certains des débats les plus houleux de la vie
catholique récente, le cardinal Burke est devenu, pour de nombreux
catholiques, un symbole, parfois controversé et souvent mal compris,
de continuité, de clarté et de résistance à la dérive théologique.
Alors que l'Église entre dans un nouveau pontificat sous le pape
Léon XIV et que les questions relatives à la liturgie, à l'autorité,
à la jeunesse et à la tradition se font de plus en plus pressantes,
les paroles de Burke revêtent une importance particulière.
Dans cet entretien du jour de Noël, enregistré pour The Catholic
Herald, le cardinal Burke parle du mystère de la Nativité, de son
expérience du conclave, de ses espoirs pour l'Église et de la
surprenante réapparition de jeunes catholiques attirés par la
tradition plutôt que par la nouveauté et le spectacle.
CH : Votre Éminence, Noël
approche, et en son cœur se trouve le mystère du Verbe fait chair.
Alors que l’Église s’apprête à célébrer la Nativité dans un contexte
marqué par l’anxiété culturelle et les tensions ecclésiales, selon
vous, à quoi les catholiques sont-ils particulièrement appelés
aujourd’hui à se souvenir, ou peut-être à redécouvrir ?
Cardinal Burke : Je crois que
nous sommes appelés avant tout à nous souvenir de cette vérité
simple et fondamentale : Dieu le Fils s’est fait homme. Par
l’Incarnation, il a uni notre nature humaine à sa nature divine. Il
a souffert, il est mort, il est ressuscité, il est monté à la droite
du Père, et il est vivant avec nous aujourd’hui, présent dans
l’Église et actif dans le monde.
C’est pourquoi les catholiques doivent être remplis d’espérance.
Dans le même temps, nous devons résister à la tentation du
découragement, voire à celle d’abandonner notre foi catholique et la
vie chrétienne. Le monde d’aujourd’hui est confronté à de nombreuses
épreuves, guerres et conflits civils, ainsi qu’à de très graves
problèmes moraux. Dans de telles circonstances, même les bons
chrétiens peuvent se décourager ou être tentés de se retirer
complètement du monde.
Mais nous savons que le Seigneur est avec nous. Nous sommes dans le
monde et nous sommes appelés, avec espérance et courage, à
persévérer. Comme nous y exhorte saint Paul, nous devons « combattre
le bon combat », rester fermes sur le bon chemin et être des hérauts
de la vérité de Noël dans tout ce que nous disons et faisons : que
le Christ est venu, qu’il demeure avec nous et qu’il sera avec nous
jusqu’à son retour glorieux au dernier jour.
CH : Si je peux passer un
instant du général au personnel : quand vous repensez à votre
enfance, y a-t-il une tradition ou un souvenir particulier de Noël
qui vous a marqué, quelque chose qui influence encore aujourd'hui
votre façon de vivre cette fête ?
Cardinal Burke : Quand je
repense à mon enfance, un souvenir me revient très clairement :
aller à la messe de minuit. Il y avait toujours beaucoup
d'excitation à la maison. J'étais le plus jeune de six enfants et,
grâce à Dieu, nous avons été élevés par des parents catholiques
fervents.
Nous ouvrions toujours nos cadeaux la veille de Noël avant d'aller à
la messe, comme vous pouvez l'imaginer, ce qui occupait beaucoup les
pensées des enfants [rires]. Puis nous allions tous ensemble à la
messe de minuit. C'était toujours très beau, même dans notre
communauté rurale. L'église locale, la musique, la cérémonie, tout
cela m'a profondément marqué. Ces célébrations de la messe de minuit
restent mes souvenirs de Noël les plus chers.
CH : Sans violer la
confidentialité du conclave, pourriez-vous nous parler de votre
expérience de la participation à l'élection du pape Léon XIV ?
Qu'est-ce qui vous a le plus frappé dans l'atmosphère spirituelle de
ce moment, et comment cela a-t-il façonné votre sens des
responsabilités en tant que cardinal électeur ?
Cardinal Burke : Comme vous le
savez, le conclave est fondamentalement un acte liturgique. Les
cardinaux revêtent une tenue liturgique complète, comme il se doit,
et tout le processus est encadré par la prière. Nous commençons par
célébrer ensemble la Sainte Messe, puis, pendant le conclave
lui-même, dans la chapelle Sixtine, nous prions les heures de
l'Office divin.
Au tout début du conclave, il y a également une exhortation
formelle. À cette occasion, elle a été prononcée par l'ancien
prédicateur de la Maison pontificale, le père Raniero Cantalamessa.
Ce qui m'a le plus frappé, c'est la gravité de la responsabilité qui
nous était confiée : la tâche de choisir un successeur de saint
Pierre.
Cette gravité était d'autant plus ressentie en raison des
circonstances particulières de ce conclave. Le Collège des cardinaux
était devenu très important, avec treize membres de plus que la
norme de 120, dont le pape François avait fait dispense afin de
créer des cardinaux supplémentaires. En même temps, nous n'avions
pas tenu de consistoire extraordinaire depuis plus de dix ans. Ces
consistoires sont normalement l'occasion pour les cardinaux de mieux
se connaître et d'exercer leur rôle de conseillers du pape, parfois
décrit comme une sorte de « sénat papal ».
En conséquence, beaucoup d'entre nous ne se connaissaient pas bien.
Cela a renforcé notre sens des responsabilités, et c'est quelque
chose que beaucoup de cardinaux ont remarqué. Je l'ai moi-même
ressenti très fortement. Néanmoins, nous avions confiance, et nous
continuons à avoir confiance, en la présence du Saint-Esprit dans le
conclave. Et, bien sûr, comme nous le disons souvent, c'est une
chose que le Saint-Esprit soit présent, c'en est une autre que les
cardinaux lui obéissent. Nous avons confiance que cette obéissance a
été accordée.
CH : Lorsque Benoît XVI a été
élu, je me souviens m'être senti particulièrement proche de lui, non
seulement parce qu'il était allemand, mais aussi parce que nous le
suivions depuis des années et qu'il n'était pas un nouveau nom pour
nous. Ressentez-vous une proximité similaire avec le pape Léon XIV
parce qu'il est américain ?
Cardinal Burke : Vous savez,
certaines rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux, suggérant que
nous nous rencontrions fréquemment ou que j'étais particulièrement
proche du pape Léon. Ce n'était tout simplement pas le cas. Je
l'avais rencontré une fois brièvement après qu'il eut terminé son
mandat de prieur général des Augustins, puis une autre fois ici à
Rome après qu'il fut devenu préfet du Dicastère pour les évêques.
Cela dit, je ressens une affinité naturelle avec lui. Il a grandi
dans le sud de Chicago, dans le Midwest, d'où je suis moi-même
originaire, même si je viens d'un milieu agricole et lui d'un milieu
urbain, et il est plus jeune que moi de plusieurs années. Néanmoins,
nous partageons en partie le même bagage culturel et ecclésial.
Il est également important de rappeler que, bien que le pape Léon
soit né et ait grandi aux États-Unis et y ait reçu sa première
formation au séminaire, il a passé environ trente ans au Pérou,
d'abord comme missionnaire, puis comme évêque. En ce sens, il est
également profondément marqué par la vie ecclésiale sud-américaine.
Je pense que de nombreux cardinaux sud-américains le considèrent
comme l'un des leurs, tout comme moi, en tant que Nord-Américain.
Son expérience fait le pont entre les deux mondes.
CH : De nombreux catholiques, et
notamment beaucoup de jeunes catholiques, restent préoccupés par la
place de la messe traditionnelle en latin dans la vie de l'Église
aujourd'hui. Comment évaluez-vous son rôle, et quelle approche
pastorale considérez-vous comme la plus fidèle à la tradition et à
l'unité ecclésiale ?
Cardinal Burke : Je pense que le
pape Benoît XVI a fourni l'orientation et la législation les plus
appropriées pour la relation entre l'usage plus ancien du rite
romain et l'usage plus récent, souvent appelé forme ordinaire du
rite romain. Son principe directeur était que les deux formes
devaient être célébrées dans leur intégrité et selon leur nature
même de culte divin.
Comme le pape Benoît XVI l'a clairement indiqué dans
Summorum Pontificum, la forme la plus ancienne du rite romain,
qui a été utilisée pendant environ quinze siècles, depuis l'époque
du pape Grégoire le Grand et même avant, a nourri la vie spirituelle
d'innombrables saints, confesseurs, martyrs, grands théologiens,
grands écrivains spirituels et tous les fidèles. Cet héritage ne
doit jamais être perdu. Dans toute sa beauté et sa bonté, c'est un
trésor que l'Église doit toujours conserver et promouvoir.
Ce que nous voyons aujourd'hui est très révélateur. Beaucoup de
jeunes, qui n'ont pas grandi avec cet usage plus ancien, le
découvrent plus tard dans leur vie et le trouvent profondément
nourrissant sur le plan spirituel, tant pour eux-mêmes que pour
leurs familles. J'espère donc que la sagesse du pape Benoît XVI
sera, pour ainsi dire, retrouvée et qu'il y aura à nouveau un usage
plus large des deux formes du rite romain, toujours célébrées avec
révérence, toujours comprises comme l'action du Christ lui-même, qui
renouvelle sacramentellement son sacrifice au Calvaire. Je suis
convaincu que cela apportera de grandes bénédictions à l'Église.
CH : Sous Benoît XVI, de
nombreux catholiques ont eu le sentiment qu'il y avait une sorte de
période de « paix liturgique ». Peut-on espérer que cela se
reproduise ?
Cardinal Burke : Oui, tout à
fait. Cette paix a été vécue dans de nombreux endroits, et elle peut
être rétablie.
CH : Des études récentes
suggèrent que la « génération Z », c'est-à-dire les personnes
nées entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2010,
est plus conservatrice sur le plan religieux et moral que les
générations précédentes. Cela se traduit par une fréquentation
croissante des églises, non seulement aux États-Unis, mais aussi à
l'échelle internationale. En Angleterre, par exemple, les
catholiques pratiquants sont désormais plus nombreux que les
anglicans pratiquants. Il a fallu cinq cents ans, mais nous sommes
de retour. Comment interprétez-vous ce phénomène ? Cela vous
surprend-il ?
Cardinal Burke : Cela ne me
surprend pas du tout. Cette génération a grandi dans une société en
faillite morale et spirituelle. Elle a vu les fruits d'une vie où
Dieu n'existe pas, d'une vie où, comme le disait saint Jean-Paul II,
on fait ce qui nous plaît à un moment donné plutôt que ce que Dieu
nous demande.
Les jeunes ont fait l'expérience du vide de ce mode de vie. Ils sont
donc à la recherche de quelque chose de solide, de vérité, de beauté
et de bonté. Naturellement, ils sont attirés par la tradition
vivante de l'Église : la foi transmise par les apôtres, le culte
divin de l'Église et son enseignement moral.
Ma propre génération a eu la chance de grandir à une époque où ces
domaines étaient plus stables. Ce n'était pas une époque parfaite,
il n'y en a jamais, mais le culte divin, l'enseignement moral et la
clarté doctrinale étaient largement considérés comme acquis. Au fil
du temps, beaucoup de ces trésors ont été négligés ou abandonnés,
appauvrissant les générations suivantes.
Aujourd'hui, les jeunes veulent retrouver ce qui a été perdu. Je
vois cela comme une expression de la grâce baptismale, l'œuvre du
Saint-Esprit qui touche le cœur qui aspire à connaître Dieu, à
l'aimer et à le servir. Comme saint Augustin l'a prié dans ses
Confessions, « nos cœurs sont inquiets tant qu'ils ne trouvent pas
le repos en Toi ».
CH : Ce qui me frappe, c'est que
cette redécouverte chez les jeunes crée également une sorte de
responsabilité qui remonte vers le passé. Les parents et les
grands-parents réalisent soudain qu'ils possèdent quelque chose de
précieux, quelque chose que la jeune génération désire, et qu'ils
ont le devoir de transmettre.
Cardinal Burke : Absolument.
CH : Beaucoup de gens lisent des
interviews comme celle-ci dans un esprit polémique, surtout lorsque
des questions relatives à l'Église et à la politique sont abordées.
Comment l'Église peut-elle répondre au mieux aux jeunes catholiques
d'aujourd'hui sans réduire la foi à des catégories politiques ou
sociologiques ? En même temps, les chrétiens doivent vivre dans la
société, s'engager dans la vie publique et être, comme le dit Notre
Seigneur, le sel de la terre. Comment trouver cet équilibre ?
Cardinal Burke : L'Église doit
toujours partir de ce qu'elle est : l'instrument de l'œuvre
salvifique du Christ. La foi ne peut jamais être réduite à un
programme politique ou à un mouvement sociologique. En même temps,
la foi façonne nécessairement notre façon de vivre dans le monde,
d'agir dans la société, de rechercher la justice, de défendre la
dignité humaine.
L'équilibre est atteint lorsque la politique est comprise comme
découlant de la foi, et non comme la remplaçant. Lorsque la foi est
réduite à une idéologie, elle est vidée de son pouvoir. Mais lorsque
la foi est pleinement vécue, dans le culte, dans la vie morale et
dans la charité, elle devient naturellement un levain dans la
société. C'est ainsi que les chrétiens transforment véritablement le
monde : non pas en politisant l'Évangile, mais en le vivant.
CH : D'une part, nous ne devons
pas transformer la foi en politique ; d'autre part, les chrétiens
vivent dans la société, s'engagent dans la vie publique et sont
appelés à être le levain et le sel de la terre. Comment cet
équilibre peut-il être atteint aujourd'hui ? Comment l'Église
peut-elle répondre au mieux aux jeunes catholiques sans réduire la
foi à des catégories politiques ou sociologiques ? En d'autres
termes, comment l'Église trouve-t-elle le juste équilibre ? Y a-t-il
un élément que vous trouvez particulièrement important ou frappant
d'après votre propre expérience ?
Cardinal Burke : Je crois que la
tâche la plus importante qui nous attend est d'approfondir notre
compréhension des vérités de la foi telles qu'elles ont été
enseignées, sans interruption, tout au long des siècles chrétiens.
Aujourd'hui, beaucoup de gens sont très mal catéchisés. Depuis des
décennies, la catéchèse est souvent réduite à ce que l'on pourrait
appeler une approche « feel-good », mais sans substance. Pourquoi
devrais-je me sentir bien ? Je devrais me sentir bien parce que je
connais la loi de Dieu et que je m'efforce de vivre en accord avec
elle.
En même temps, nous disposons désormais d'un outil puissant : les
réseaux sociaux. Ils peuvent être utilisés à des fins très néfastes,
pour répandre des mensonges et semer la confusion, mais ils peuvent
aussi être utilisés de manière très positive : pour aider les gens à
approfondir leur compréhension de l'enseignement de l'Église et à
appliquer cet enseignement aux circonstances concrètes de la vie.
Il ne s'agit pas ici de sentimentalisme, ni de s'aligner
émotionnellement sur tel ou tel parti ou mouvement politique. Notre
allégeance va au Christ-Roi. Nous nous efforçons donc d'être des
sujets fidèles du Christ dans les circonstances concrètes dans
lesquelles nous vivons.
Pourtant, au lieu de s'inspirer de cet enseignement riche, le débat
public dégénère souvent en explosions émotionnelles ou en diatribes
contre tel ou tel homme politique. Si nous appliquons véritablement
l'enseignement de l'Église, nous parviendrons à des solutions justes
pour toutes les personnes concernées.
CH : Je dois vous poser une
question polémique pour finir : quel est votre chant de Noël préféré
?
Cardinal Burke : [rires] C'est
une très bonne question. J'aime particulièrement le Coventry Carol.
Bien sûr, il y en a beaucoup d'autres que nous chantons depuis des
années, Silent Night, Joy to the World, etc., mais la musique de
Noël est extraordinairement riche. Néanmoins, je pense que je
choisirais le Coventry Carol, qui devrait plaire ici en Angleterre.
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Sources
:
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E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 26.12.2025
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