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Saint Augustin unit les deux motifs fondamentaux de la pensée antique

Le 26 septembre 2025 - E.S.M.En effet, dans un premier temps, saint Augustin unit les deux « motifs fondamentaux » de la pensée antique : le passage des choses qui changent à ce qui est sans changement, Puis, dans un second temps, il élève l'un et l'autre au niveau surnaturel, celui de la grâce chrétienne.

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SAINT AUGUSTIN ET L'ÉGLISE

Philosophie - Théologie


    Les premières investigations intellectuelles de J. Ratzinger prirent la forme d'une étude sur saint Augustin, auteur qu'il n'a depuis lors cessé de citer. Il ne serait d'ailleurs pas excessif d'affirmer que J. Ratzinger s'inscrit dans la lignée de ces philosophes et de ces théologiens, ou pour mieux dire, de ces philosophes-théologiens qui, tout au long de l'histoire intellectuelle de l'Europe, se sont nourris de la vitalité ininterrompue de la pensée augustinienne. J'ai écrit 'il, développé ma théologie en dialoguant avec Augustin, même si j'ai essayé de conduire ce dialogue en homme d'aujourd'hui. Les modalités d'une telle relation avec saint Augustin sont en elles-mêmes très variées. Henry Chadwick avance qu'il existe au moins sept formes d'influence augustinienne. La théologie et la philosophie des scolastiques médiévaux étaient enracinées dans les idées d'Augustin sur la relation entre foi et raison. Les mystiques occidentaux n'échappèrent jamais à son influence, notamment à cause de la centralité qu'occupé l'amour de Dieu dans sa pensée. La Réforme et la Contre-réforme en appelèrent toutes deux massivement à Augustin dans leurs efforts - divergents - pour établir la souveraineté de la grâce de Dieu vis-à-vis des œuvres de l'homme. Emmanuel_Kant (Ndlr : Écouter la vidéo bas de page) retourna à saint Augustin, prenant à revers l'optimisme des Lumières, en insistant sur le fait que la nature humaine est déformée par le mal radical. Les romantiques redécouvrirent l'importance du sentiment, de ce que saint Augustin appelait le « cœur ». Les platoniciens chrétiens (et leurs critiques) lui sont redevables de la synthèse à laquelle il est parvenu entre christianisme et néoplatonisme, ainsi que des commentaires judicieux qu'il y a ajoutés dans ses Retractationes. Enfin, saint Augustin a vu avec une lucidité exemplaire que des questions d'importance considérable dépendent du problème de la relation des mots à la réalité qu'ils cherchent à décrire.
    Une autre vue d'ensemble de la postérité intellectuelle de saint Augustin nous est encore offerte par un auteur plus proche de J. Ratzinger, puisqu'il appartient au même monde germanophone. Le jésuite silésien Erich Przywara, dans son Augustinus; Die Gestalt als Gefüge - (la forme comme structure), (Cerf, Paris, 1987) observe le destin de L'augustinisme dans le monde médiéval, le monde moderne et le monde contemporain. Pour Przywara, saint Augustin incarne le point de rencontre de ces deux puissances que sont l'Antiquité et l'Évangile, dont la confluence même a déterminé l'esprit européen. En effet, dans un premier temps, saint Augustin unit les deux « motifs fondamentaux » de la pensée antique : le passage des choses qui changent à ce qui est sans changement, chez Parménide (et Platon), et le rythme syncopé de l'être fini chez Heraclite (et Aristote). Puis, dans un second temps, il élève l'un et l'autre au niveau surnaturel, celui de la grâce chrétienne. Une fois baptisé, le mouvement unitif parménidien et platonicien devient le mouvement johannique de la foi, passant de l'intellection à la vision. Parallèlement, le mouvement dispersif héraclitéen et aristotélicien se transforme en mouvement paulinien de la charité pastorale, qui devient tout pour tous dans le flux même du temps. Et chez saint Augustin, ces deux mouvements n'en font qu'un. Selon Przywara, les écrits d'Augustin constituent un banquet de fertiles antithèses dont la pensée européenne n'a plus jamais cessé de se nourrir : de Scot à Nicolas de Cuse, de Descartes à Hegel, de Baader à Kierkegaard.
    Quels éléments Joseph Ratzinger a-t-il puisés dans cette richesse, pour vouloir en faire à son tour une offrande théologique ? Convaincu avec Romano Guardini que le XXe siècle était, théologiquement, le « siècle de l'Église », le siècle où l'idée d'Église se revivifiait dans toute sa largeur et toute sa profondeur, J. Ratzinger choisit de faire la recension de tout ce qui dans le corpus augustinien a trait à la nature de la communauté de foi chrétienne. Cette recherche s'inscrivait dans une série de travaux sur le Nouveau Testament et sur les Pères, supervisés par le maître de J. Ratzinger, Gottlieb Söhngen Il travailla donc sur deux thèmes connexes de l'ecclésiologie de saint Augustin, qui voit dans l'Église à la fois « le peuple, et la maison de Dieu ».
    Par une préface révélatrice, J. Ratzinger expose ce qui lui semble constituer la valeur de la théologie historique. Pour ce qu'il était alors de mise d'appeler un « cercle herméneutique », l'effort pour une compréhension systématique de la foi chrétienne engendre des questions qui méritent d'être posées à la théologie du passé. Les réponses qu'offrent les textes anciens élargissent le champ de vision du théologien d'aujourd'hui. En se penchant sur l'ecclésiologie de saint Augustin dans le Munich de 1951, J. Ratzinger rencontra deux géants parmi ses prédécesseurs allemands. Le premier était  Hermann Reuter dont l'ensemble des articles, Augustinische Studien, constitue un trésor étincelant d'aperçus et d'hypothèses, bien que remontant à l'année 1883, apogée de l'Allemagne wilhelmienne. Le second, Fritz Hofmann, avait publié une étude magistrale sur la vision augustinienne de l'Église l'année même où Hitler accédait au pouvoir pour diriger un Volk dont la définition, comme nous l'avons vu, ne pouvait qu'entrer en conflit ouvert avec celle du Volk naturellement multiethnique qu'est le populus Dei. Entre Hofmann, bavarois et catholique, et Reuter, prussien et protestant, se déploie tout le registre de la recherche universitaire allemande sur le sujet.
    La lecture de cette préface de Joseph Ratzinger laisse entendre que le choix du thème de son étude, « peuple et maison de Dieu », lui fut dicté par l'ecclésiologie contemporaine; il s'agissait de rechercher tout ce qui, dans l'œuvre de l'évêque d'Hippone, pouvait s'y rattacher. Si, aux yeux des patrologues anglo-saxons, cela peut paraître une méthode d'investigation un peu curieuse, l'ouvrage de J. Ratzinger est la preuve qu'elle n'en est pas moins fructueuse. Ce thème se révéla fort approprié pour relier entre elles des questions vitales de la patristique occidentale : la place de l'Ancien Testament au regard du Nouveau, la relation entre loi et sacrement, l'attitude des chrétiens dans un État païen, et vis-à-vis du paganisme en général. En même temps, l'étude permettait, du point de vue de l'histoire des religions, de restituer saint Augustin dans son époque. Dans les âpres controverses qu'il eut à soutenir sur des questions philosophiques, Augustin trouva un appui dans le sens de l'Église, Kirchlichkeit, qu'il héritait du catholicisme africain de son temps. Par ces débats avec les « théologiens » païens, Augustin acquit sur la nature de l'Église une vision plus profonde que celle de ses prédécesseurs. Pour Joseph Ratzinger, fondamentalement, la conception augustinienne de l'Église repose sur un double ensemble de présupposés : d'un côté sa propre philosophie ; de l'autre la théologie romaine de l'Afrique du Nord. Malgré tout, s'il est important de savoir d'où saint Augustin tira son ecclésiologie, il est plus important encore de savoir ce qu'il en fit. Principalement, il la mit à profit de deux manières : dogmatiquement, contre la secte des donatistes, issue de l'Église catholique, et apologétiquement, contre les derniers représentants de la culture païenne de l'Occident romain.

Comprendre KANT
Parole de philosophe




►  Avec cette vidéo, vous allez comprendre facilement la "Critique de la raison pure" d'Emmanuel Kant. L'espace et le temps existent-ils vraiment ? Ce que nous percevons du monde est-il limité à ce que notre esprit y projette ? Où est la frontière entre ce que nous pouvons connaître, et ce que nous ne pouvons pas connaître ? Et peut-on encore faire de la métaphysique après Kant ?
 
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Sources : Extraits de ia pensée de J. Ratzinger - Benoit XVI -  E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 26.09.2025