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Ces dix-neuf martyrs d’Algérie, si chers au pape Léon
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Le 26 août
2025 -
E.S.M.
- Le meeting que Communion et Libération organise
fin août à Rimini, cette année sous le thème « Dans les
lieux déserts nous construirons avec des briques
neuves », se distingue cette année par une exposition
consacrée aux martyrs d’Algérie, par ailleurs évoqués
dans un livre qui sortira prochainement à la Libraire
éditrice du Vatican.
S. M.
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Ces dix-neuf martyrs d’Algérie, si chers au pape Léon
Le 26 août 2025 -
E.S.M. -
Le meeting
que Communion et Libération organise fin août à Rimini, cette année sous le
thème « Dans les lieux déserts nous construirons avec des briques neuves »,
se distingue cette année par une exposition consacrée aux martyrs d’Algérie,
par ailleurs évoqués dans un
livre qui sortira prochainement à la Libraire éditrice du Vatican.
Très peu savent que le 8 mai, jour de l’élection du pape Léon, était le jour
de la mémoire liturgique propre de ces martyrs et que c’est en Numidie,
l’Algérie actuelle, qu’Augustin est né et a vécu, lui dont Léon se définit
comme étant son « fils ».
Et en effet, dans le
message qu’il a adressé aux organisateurs de ce meeting, signée par le
cardinal-secrétaire d’État Pietro Parolin, il a tenu à mettre cette
proximité en lumière :
« Le Saint-Père a apprécié que l’une des expositions qui caractérisent le
meeting de cette année soit consacrée au témoignage des martyrs de
l’Algérie. En eux resplendit la vocation de l’Église à habiter le désert en
profonde communion avec toute l’humanité, en surmontant les murs de la
méfiance qui opposent les religions et les cultures, dans l’imitation
intégrale du mouvement d’incardination et de don de soi du Fils de Dieu.
C’est ce chemin de présence et de simplicité, de connaissance et de
‘dialogue de la vie’ qui est la véritable voie de la mission. Non pas une
exhibition de soi, dans l’opposition des identités, mais le don de soi
jusqu’au martyre de ceux qui adorent, jour et nuit, dans la joie et dans les
tribulations, Jésus comme seul Seigneur ».
Les martyrs d’Algérie dont on célèbre la mémoire sont les dix-neuf
personnes représentées sur l’icône reproduite ci-dessus, peinte par sœur
Odile, une religieuse des Petites Sœurs de Nazareth, tous massacrés entre
1994 et 1996, au plus fort de la « décennie noire » de la guerre civile qui
fit 150 000 morts en Algérie.
Il y avait parmi eux un évêque, Pierre-Lucien Claverie, un Dominicain
pied-noir, c’est-à-dire un Français né en Algérie, du diocèse d’Oran, abattu
le 1er août 1996 en compagnie de son ami et chauffeur musulman
Mohamed Bouchikhi, représenté lui aussi sur l’icône, le seul sans auréole.
Parmi ces dix-neuf martyrs, il y les plus connus : les sept moines
trappistes du monastère de Tibhirine, sur les contreforts de l’Atlas,
enlevés avec leur prieur Christian de Chergé la nuit du 26 au 26 mars 1996
et déclarés morts le 21 mai suivant quand leurs corps décapités furent
retrouvés près de Médéa. Leur histoire a été retracée dans le film « Des
hommes et des dieux » réalisé par Xavier Beauvois, primé au festival de
Cannes en 2010 et à présent projeté au meeting de Rimini.
Mais la mémoire et la vénération s’adresse également aux quatre « pères
blancs » — ces missionnaires d’Afrique fondés aux XIXe
siècle par l’évêque et cardinal d’Alger Charles Lavigerie – tués à Tizi
Ouzou ; aux deux sœurs vêtues de blanc missionnaires de Notre-Dame des
Apôtres ; aux deux sœurs missionnaires augustiniennes tuées en compagnie
d’une Petite Sœur de Charles de Foucauld ; et enfin au frère mariste gardien
d’une bibliothèque et à la religieuse des Petites Sœurs de l’Assomption
abattue avec lui, représentée à genoux sur l’icône.
L’exposition et le livre racontent et illustre l’histoire de chacun de
ces martyrs, béatifiés le 8 décembre 2018 en Algérie, au Sanctuaire de
Notre-Dame de Santa Cruz à Oran.
Mais toutes leurs histoires partagent des traits communs qu’il est
important de mettre en exergue parce qu’ils touchent à la question vitale de
la présence des chrétiens dans la société.
Florissante aux premiers siècles, la présence chrétienne dans l’Algérie
actuelle a décliné après la conquête par les musulmans et a pratiquement
disparu à partir du XVIIe siècle. Au XIXe
siècle, le retour de leur présence a été lié à la domination coloniale
française, mais déjà à l’époque avec une vision différente, incarnée par
Charles de Foucauld et par son ermitage parmi les musulmans touareg,
à Tamanrasset, au beau milieu du désert du Sahara.
Après la guerre d’indépendance de l’Algérie, qui s’est achevée en 1962,
cette « bulle coloniale » a explosé et les pieds-noirs se presque tous
réfugiés en France. Les chrétiens restés sur place, tous étrangers,
formaient une petite et fragile communauté qui se considérait comme « hôte »
du peuple algérien, musulman dans sa totalité. Mais ils ont également voulu
partager avec la population la vie et les œuvres, dans un dialogue
concernant notamment la foi de chacun.
Avec des accents différents. Si d’un côté, le prieur de Tibhirine,
Christian de Chergé, cherchait l’unité malgré les différences entre le
christianisme et l’islam, à travers une invocation commune du même Dieu, de
son côté Mgr Claverie insistait plutôt sur la spécificité de la foi
chrétienne : « Il ne pourra pas il y avoir de rencontre, de dialogue,
d’amitié sinon sur la base d’une différence reconnue, acceptée. Aimer
l’autre dans sa différence est la seule possibilité de l’aimer ».
Mais les chrétiens sont mis à rude épreuve par la guerre civile qui fait
rage en Algérie en 1990, entre l’élite laïque postcoloniale au pouvoir et
les musulmans radicaux du Front Islamique du Salut, victorieux aux élections
mais empêchés de gouverner.
En 1993, l’aile extrémiste des rebelles, le Groupe Islamique Armé, lance
un ultimatum à tous les « étrangers », un mot qui dans leur bouche est
également synonyme de chrétiens. Ils ont un mois pour quitter l’Algérie sous
peine de mort. Et à peine l’ultimatum arrivé à échéance, la série des
assassinats commence.
Que faire ? Partir ou rester ? Pour les chrétiens, c’est leur vie qui est
en jeu. L’évêque d’Alger, Henri Teissier, interroge chaque religieux, un par
un. Mais leur réponse à tous est de rester. Et le martyr des dix-neuf est le
fruit de ce choix.
Deux réponses, en particulier, sont entrées dans l’histoire. Celle d’un
moine et celle d’un évêque.
Le moine en question était le prieur de Tibhirine, Christian de Chergé.
On a conservé le
testament
spirituel qu’il a rédigé pendant les jours de l’ultimatum et qui est
intégralement reproduit dans le livre consacré aux dix-neuf martyrs
d’Algérie. Le cardinal Angelo Scola, qui a créé il y a quelques années la
Fondation Oasis pour le dialogue islamo-chrétien et qui parraine
l’exposition de Rimini en compagnie de la Librairie éditrice du Vatican l’a
défini comme étant « l’une des plus belles pages jamais écrites au XXe
siècle ».
Voici comment il commence :
« S'il m'arrivait un jour — et ça pourrait être aujourd'hui — d'être
victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les
étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma
famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays.
Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être
étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je
trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort
à tant d'autres aussi violentes, laissées dans l'indifférence de l'anonymat.
Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus.
En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu
pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et
même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J'aimerais, le moment venu
avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu
et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout
cœur à qui m'aurait atteint. »
Et en voici les dernières lignes de conclusion, qui s’adressent notamment
à son meurtrier :
« Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce
à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette joie-là, envers et
malgré tout.
Dans ce ‘merci’ où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus
bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô mes amis d'ici, aux côtés
de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs,
centuple accordé comme il était promis !
Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu
faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce merci, et cet ‘à‑Dieu’ envisagé
de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en
paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen ! Inch'Allah !.
»
L’autre réponse touchante à la question « partir ou rester ?» est celle
de l’évêque d’Oran, Pierre-Lucien Claverie, dans l’homélie qu’il a prononcée
à Prouilhe, lieu de fondation de l’Ordre dominicain, le 23 juin 1996, cinq
semaines avant d’être tué.
En voici le texte intégral :
« Depuis le début du drame algérien, on m’a souvent demandé : ‘Qu’est que
vous faites là-bas ? Pourquoi est-ce que vous restez ? Secouez donc la
poussière de vos sandales ! Rentrez chez vous !’.
Chez vous… Où sommes-nous chez nous ? Nous sommes là-bas à cause de ce
Messie crucifié. À cause de rien d’autre et de personne d’autre ! Nous
n’avons aucun intérêt à sauver, aucune influence à maintenir. Nous ne sommes
pas poussés par je ne sais quelle perversion masochiste ou suicidaire. Nous
n’avons aucun pouvoir, mais nous sommes là comme au chevet d’un ami, d’un
frère malade, en silence, en lui serrant la main, en lui épongeant le front.
À cause de Jésus, parce que c’est lui qui souffre là, dans cette violence
qui n’épargne personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers
d’innocents. Comme Marie sa mère, comme saint Jean, nous sommes là, au pied
de la Croix où Jésus meurt, abandonné des siens, raillé par la foule. Est-ce
que ce n’est pas essentiel pour un chrétien d’être là, dans les lieux de
souffrances, dans les lieux de déréliction, d’abandon ?
Où serait l’Eglise de Jésus, elle-même Corps du Christ, si elle n’était
pas là d’abord ? Je crois qu’elle meurt de n’être pas assez proche de la
Croix de Jésus.
Si paradoxal que cela puisse vous paraître, et saint Paul le montre bien,
la force, la vitalité, l’espérance, la fécondité chrétienne, la fécondité de
l’Eglise viennent de là. Pas d’ailleurs ni autrement. Tout, tout le reste
n’est que poudre aux yeux, illusion mondaine.
Elle se trompe, l’Eglise, et elle trompe le monde lorsqu’elle se situe
comme une puissance parmi d’autres, comme une organisation, même humanitaire
ou comme un mouvement évangélique à grand spectacle. Elle peut briller, elle
ne brûle pas du feu de l’amour de Dieu, fort comme la mort dit le Cantique
des Cantiques.
Car il s’agit bien d’amour ici, d’amour d’abord et d’amour seul. Une
passion dont Jésus nous a donné le goût et tracé le chemin : Il n’y a pas de
plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Donner sa vie.
Cela n’est pas réservé aux martyrs ou du moins, nous sommes peut-être tous
appelés à devenir des martyrs témoins du don gratuit de l’amour, du don
gratuit de sa vie.
Ce don nous vient de la grâce de Dieu donnée en Jésus-Christ. Et comment
traduire ce don, comment traduire cette grâce ? Donner sa vie c’est cela et
rien d’autre ! Dans chaque décision, dans chaque acte, donner concrètement
quelque chose de soi-même : son temps, son sourire, son amitié, son
savoir-faire, sa présence, même silencieuse, même impuissante, son
attention, son soutien matériel, moral et spirituel, sa main tendue, sans
calcul, sans réserve, sans peur de se perdre. »
Aujourd’hui, c’est l’Italien Davide Carraro, de l’Institut pontifical des
Missions étrangères qui est la tête du diocèse d’Oran, comptant 1 600
fidèles de nationalités diverses sur plus de 10 millions d’habitants
algériens. Alors que dans le monastère de Tibhirine – dont les cinq moines
actuels ont déménagé au Maroc, à Midelt, également dans les montagnes de
l’Atlas – c’est aujourd’hui une communauté du Chemin Neuf, qui garde vivante
la mémoire des martyrs pour les visiteurs.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 26.08.2025
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