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Léon, « bon mathématicien », même dans la méthode pour se réconcilier avec
le rite tridentin
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Le 26 mars 2026 -
E.S.M.
- Le pape Léon souhaite dans un
premier temps débarrasser le champ de bataille des armes
déloyales brandies par les deux camps : en particulier
des accusations lancées aux traditionalistes de frôler
l’hérésie, qui reposent pourtant sur des bases
douteuses, étant donné qu’elles n’ont jamais fait
l’objet de véritables recherches sur le terrain.
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Léon XIV -
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Léon, « bon mathématicien », même dans la méthode pour se réconcilier
avec le rite tridentin
Le 26 mars 2026 -
E.S.M. - Ce jeudi 5 mars au matin,
l’agenda du pape Léon était rempli de rencontres de haut niveau :
avec le président autrichien, le président de Singapour, la
gouverneure du Canada et le président de la Banque mondiale.
Mais
dans la liste
des audiences figuraient discrètement les noms de deux professeurs inconnus
du grand public : Stephen Bullivant et Stephen Cranney.
Et pourtant, en matière de bonne gouvernance de l’Église, le pape tenait plus
à écouter ces derniers que d’illustres chefs d’État, pour les mêmes raisons que
celles qui avaient incité quelques jours auparavant le célèbre cardinal
Brandmüller à lancer cet appel dramatique sur Settimo Cielo : « Pour
l’amour de Dieu : baissez les armes ! ».
Les armes en question sont celles avec lesquelles on s’écharpe au sein de
l’Église catholique depuis des décennies dans la guerre pour ou contre la
célébration de la messe dans l’ancien rite, ou rite tridentin comme on l’appelle
souvent en référence au Concile de Trente. Avec des accusations réciproques
parfois très lourdes et, par-dessus le marché, l’ultra-traditionaliste
Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, fondée par l’archevêque Marcel Lefebvre
(1905 – 1991), au bord de la rupture si elle persiste, comme elle l’a annoncé,
à vouloir ordonner cinq nouveaux évêques le 1er juillet prochain, en
désobéissance avec Rome.
En 2007, le pape Benoît XVI avait cherché à apaiser le conflit en publiant le
motu proprio « Summorum
Pontificum », parce qu’il était intimement convaincu que « les deux formes
de l’usage du rite romain », c’est-à-dire l’ancienne et la nouvelle, « auraient
pu s’enrichir mutuellement ».
Mais son successeur, le pape François, était d’avis contraire. Pour lui, la
célébration de la messe dans l’ancien rite n’était qu’un foyer de divisions et
correspondait à « un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique,
mais du Concile Vatican II ». Et le 16 juillet 2021, avec le motu proprio « Traditionis
custodes », il rendait au nouvel missel postconciliaire le statut
d’ « unique expression de la ‘lex orandi’ du rite romain », ne laissant
à l’ancien rite que quelques maigres espaces résiduels.
Pour justifier cette fermeture, le pape François avait alors cité – sans les
publier – les réponses à un questionnaire qu’il avait fait parvenir l’année
précédente aux évêques du monde entier.
Mais en réalité, les réponses, au nombre d’environ un millier sur les plus de
trois mille diocèses interrogés, révélaient en majorité un bon voisinage entre
l’ancien et le nouveau rite, avec des fruits jugés positifs, comme on l’a appris
à l’été 2025 grâce à la
publication des résultats officiels de l’enquête par deux experts en
vaticanisme : l’Américaine Diane Montagna et l’Italien Saverio Gaeta.
Le pape Léon ne s’est pas prononcé jusqu’à présent. À l’occasion du
consistoire qu’il avait convoqué le 7 et 8 janvier, la question figurait
à l’ordre du jour, avec un
exposé introductif signé par le cardinal Arthur Roche, un opposant farouche
à l’ancien rite, mais elle a été ajournée.
Et le pape Léon XIV avait personnellement souhaité s’entretenir avec les
professeurs Bullivant et Cranney ce 5 mars en vue d’une démarche d’apaisement
sur ce point particulièrement essentiel à la vie de l’Église qu’est la
célébration de l’Eucharistie.
Dans ce but, le pape Léon souhaite dans un premier temps débarrasser le champ
de bataille des armes déloyales brandies par les deux camps : en particulier des
accusations lancées aux traditionalistes de frôler l’hérésie, qui reposent
pourtant sur des bases douteuses, étant donné qu’elles n’ont jamais fait l’objet
de véritables recherches sur le terrain.
Bullivant et Cranney sont en effet les premiers chercheurs à avoir entrepris
une telle recherche de manière scientifique. Bullivant est professeur de
théologie et de sociologie de la religion à la St. Mary’s University de Londres
tandis que Cranney, qui n’est pas catholique, est chercheur à l’Institute for
Studies of Religion à la Baylor University, au Texas. Tous deux publieront
à l’automne prochain un livre, publié chez Oxford University Press, intitulé :
« Trads.
Latin Mass Catholics in the United States », qui sera en effet la première
recherche sociologique sur les catholiques qui aiment la messe dans l’ancien
rite.
Les deux chercheurs ont révélé quelques données issues de leurs recherches
dans un article publié sur « Substack »,
dans lequel ils précisent d’emblée que le sondage ordonné en 2020 par le pape
François n’avait aucun caractère scientifique, indépendamment de l’usage qu’on
en a fait par la suite.
Ils soulignent en particulier qu’aucune vérification sérieuse n’a jamais été
entreprise quant à la principale accusation portée contre ceux qui aiment
l’ancien rite : celle de ne pas accepter les dispositions du Concile Vatican II.
Parce qu’au contraire, il ressort des sondages et des entretiens réalisés par
les deux chercheurs sur des échantillons représentatifs de catholiques qui
préfèrent la messe dans l’ancien rite que la majorité de ces derniers acceptent
en fait le Concile. Voici comment ils se répartissent en fonction de leur accord
ou de leur désaccord envers l’affirmation : « J’accepte les enseignements de
Vatican II ».
- 22 % tout à fait d'accord
- 27 % d'accord
- 15 % plutôt d'accord
- 15 % ni d'accord ni en désaccord
- 10 % plutôt pas d'accord (ou partiellement en désaccord)
- 7 % pas d'accord (ou en désaccord)
- 4 % pas du tout d'accord
Certes, proportion significative, quoique minoritaire, de répondants est en
désaccord avec le Concile. Mais les professeurs Bullivant et Cranney font
remarquer que les entretiens révèlent que ce refus ne porte pas tant sur les
documents de Vatican II en tant que tels que sur la manière dont ceux-ci ont été
mis en œuvre et interprétés par la suite.
De plus, en ce qui concerne les fondamentaux de la foi catholique, il ressort
que les amateurs de la messe dans l’ancien rite sont plus fidèles que les
catholiques en général.
Par exemple, 95% des personnes interrogées se déclarent d’accord avec
l’affirmation : « Je crois que le pape est le vicaire de Jésus Christ ». Et ceci
nonobstant le fait que le pape en fonction au moment du sondage était le pape
François, qui était le plus répressif à leur encontre.
Une part encore plus importante des personnes sondées, soit 98%, croit en la
présence réelle du corps et du sang du Christ dans le pain et le vin de la
messe, quand un sondage récent réalisé par le
Pew Research Center révèle que pas moins de 69% des catholiques considèrent
l’Eucharistie comme un simple symbole.
De plus, les fidèles de la messe dans l’ancien rite sont très nettement
pro-vie. Pour 85% des personnes interrogées, l’avortement devrait être illégal
dans tous les cas, et pour 13% illégal dans la majeure partie des cas, tandis
qu’à peine 1% considère qu’il devrait être légal dans tous les cas et 1,6% légal
dans la majeure partie des cas.
Le travail de recherche réalisé par Bullivant et Cranney concerne
principalement les États-Unis, qui sont l’une des régions du monde où la messe
en latin est la plus célébrée. Et cette étude a par ailleurs permis de vérifier
sa diffusion réelle.
Aux États-Unis, le nombre de paroisses de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie
X est plutôt ténu, avec à peine 103 églises, alors que presque 500 paroisses
ordinaires proposent des célébrations de la messe dans l’ancien rite. Et elles
étaient bien plus nombreuses, plus de 800, avant que le pape François n’impose
des limitations drastiques à cette forme de célébration.
Bref, comme l’écrivent Bullivant et Cranney, « la caricature du fidèle de la
messe dans l’ancien rite comme étant quasi schismatique ne repose sur rien ». Au
contraire, « ils observent les principes de la foi catholique avec davantage de
respect que la population des catholiques en général, y compris ceux qui
fréquentent régulièrement la messe dans le nouveau rite ».
Et de conclure : « Il s’agit d’un cas où la sociologie et ses méthodologies
scientifiques peuvent aider l’Église à prendre des décisions se basant sur des
faits plutôt que sur de simples impressions ou des anecdotes ».
Quant au pape Léon qui a tenu à recevoir les deux chercheurs en audience, il
faut se souvenir de ce qu’a déclaré à son sujet l’un de ses confrères qui le
connaît bien, le P. Joseph L. Farrell, prieur général de l’Ordre de
Saint-Augustin, dans en présentant, le 18 mars, un livre publié chez Cantagalli
intitulé : « Leone XIV. Chi dite che io sia ? » [Léon XIV. Qui dites-vous que je
suis?] :
« C’est un homme méthodique, comme peut l’être un bon mathématicien : il
commence par écouter, ensuite il analyse en profondeur l’idée en question, il
consulte d’autres personnes et enfin, il prend une décision ».
Et à voir ce que vient d'écrire en son nom le cardinal secrétaire d'État
Pietro Parolin dans une
lettre envoyée le 18 mars à l'assemblée plénière des évêques de France
actuellement en cours à Lourdes, il semble évident que le pape a déjà une piste
de résolution et un objectif en tête. Voici ce qu'on peut y lire :
« Il est préoccupant que continue de s’ouvrir dans l’Église une douloureuse blessure
concernant la célébration de la Messe, le sacrement même de l’unité. Pour la
guérir, un regard nouveau de chacun porté sur l’autre, dans une plus grande
compréhension de sa sensibilité, est certainement nécessaire ; un regard pouvant
permettre à des frères riches de leur diversité de s’accueillir mutuellement,
dans la charité et l’unité de la foi. Veuille l’Esprit Saint vous suggérer des
solutions concrètes permettant d’inclure généreusement les personnes sincèrement
attachées au ‘Vetus Ordo’, dans le respect des orientations voulues par le
Concile Vatican II en matière de Liturgie ».
Sandro Magister est le
vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 26.03.2026
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