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Paris 1968, on célébrait une eucharistie révolutionnaire
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Le 23
novembre 2025 -
E.S.M.
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A Paris on célébrait une eucharistie révolutionnaire et
on mettait ainsi en pratique une nouvelle fusion entre
l'Église et le monde sous le signe de la révolution qui
devait permettre enfin de se mettre en route vers des
temps meilleurs
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Mai 1968 en
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Paris 1968, on célébrait une eucharistie révolutionnaire
Introduction
au christianisme
Première de 4 pages
Nous publions ci-dessous un texte de Benoit XVI,
qui même s'il fut écrit du temps ou il était cardinal est une
analyse prophétique de la situation de l'Église
catholique pour notre époque actuelle. Il semblerait que le
pape François n'ait pas mesuré l'ampleur des dégâts et de ce fait a
contribué à amplifier ce mouvement mondialiste. Le pape Benoit
XVI analyse des écrits publié 30 ans auparavant durant lesquelles
l'histoire du monde s'est poursuivie à grande vitesse. Voici ce
qu'écrit le pape :
Deux années apparaissent rétrospectivement comme des
repères spécifiques des dernières décennies du millénaire :
1968 et 1989. L'année 1968 marque
le soulèvement d'une
nouvelle génération qui n'a pas considéré seulement que le travail
de reconstruction après la guerre avait été insatisfaisant, plein
d'injustice, plein d'égoïsme et de soif de posséder, mais
qui a
considéré également que tout le cours de l'histoire depuis la
victoire du christianisme avait fait fausse route et avait échoué.
Elle voulait enfin faire mieux, édifier le monde de la liberté, de
l'égalité et de la justice, et elle était convaincue d'avoir trouvé
le chemin qui y mène dans le grand courant de la pensée
marxiste.
L'année 1989 fut celle de
l'effondrement surprenant des régimes socialistes en Europe qui
laissèrent le triste héritage de terres et d'âmes dévastées. Ceux
qui avaient pensé que ce serait à nouveau l'heure du message
chrétien se sont trouvés déçus. Bien que le nombre des chrétiens
croyants dans le monde entier ne soit pas négligeable, le
christianisme n'est pas parvenu, à ce moment historique, à se faire
reconnaître clairement comme une alternative qui fait date. Au fond,
la doctrine marxiste du salut se présentait, avec des variations
orchestrées de différentes manières bien sûr, comme la seule
orientation vers l'avenir ayant une motivation éthique et conforme
en même temps à l'image scientifique du monde.
C'est pourquoi elle n'a pas non plus tout simplement démissionné
après le choc de 1989. Il suffit de penser combien il est peu
question des horreurs du goulag communiste, à quel point la voix de Soljénitsyne est restée peu entendue. On ne parle pas de tout cela.
Une sorte de honte l'interdit ; même le régime meurtrier de Pol Pot
n'est mentionné qu'occasionnellement et en passant. Il est resté
cependant une déception et un profond désarroi. On ne fait plus
confiance aux grandes promesses morales, et le marxisme s'était bien
compris ainsi. Il s'agissait de justice pour tous, de paix, de
suppression des rapports de domination injustes, et ainsi de suite.
Au nom de ces buts nobles on croyait devoir mettre provisoirement
entre parenthèses les fondements éthiques et être en droit de mettre
en œuvre la terreur comme un moyen en vue du bien. Après que les
champs de ruines de l'humanité qui en ont été la conséquence sont
devenus visibles pour un instant au moins, on préfère se replier sur
la pragmatique ou affirmer sans se cacher un mépris de l'éthique.
Nous pouvons en observer un exemple tragique en
Colombie, où a été
engagée tout d'abord, sous le signe du marxisme, une lutte pour la
libération des petits paysans, de ceux qui sont piétines par le
grand capital. Aujourd'hui, à la place de cela, s'est développée
tout simplement une république rebelle soustraite au pouvoir de
l'État, qui vit ouvertement du trafic de la drogue et qui ne cherche
plus de justifications morales, d'autant qu'elle satisfait ainsi une
demande des pays riches et qu'elle donne en même temps du pain à des
gens qui, autrement, n'auraient plus guère de place dans l'ordre
économique mondial. Dans une telle situation de désarroi, le
christianisme ne doit-il pas s'efforcer très sérieusement de
retrouver sa voix afin d'« introduire » le nouveau millénaire dans
son message, de le donner à comprendre comme une orientation commune
en direction de l'avenir ?
Où se trouvait la voix de la foi chrétienne à cette époque ? En
1967, lorsque ces écrit sont nés,
les fermentations des débuts de la
période postconciliaire étaient au plus haut. Le IIe concile du
Vatican avait voulu en effet très précisément cela : donner à
nouveau au christianisme une force qui le rende capable de
contribuer à façonner l'histoire. Au XIXe siècle, l'idée s'était
développée que la religion relève du domaine de la subjectivité et
du privé, et que c'est là qu'elle doit avoir son lieu. Mais
précisément, pensait-on, parce qu'elle doit être comptée parmi les
réalités subjectives, elle ne peut pas représenter une force
déterminante pour le cours de la grande histoire et pour les
décisions qui doivent y être prises. Or, à la suite du concile, il
devait apparaître à nouveau que la foi des chrétiens englobe la
totalité de la vie, qu'elle s'inscrit au cœur de l'histoire et de
son temps, et qu'elle a une pertinence qui va au-delà du domaine des
représentations subjectives. Le christianisme a essayé - dans
l'optique de l'Église catholique en tout cas - de quitter à nouveau
ce ghetto dans lequel elle avait été refoulée depuis le XIXe siècle
et de s'engager de façon nouvelle dans le monde, dans sa totalité.
Il n'est pas nécessaire ici de parler des controverses et des
frictions intérieures à l'Église qui se sont manifestées à propos de
l'interprétation et de l'appropriation du concile. Pour la place du
christianisme dans le monde, c'est l'idée d'une relation nouvelle
entre l'Église et le monde surtout qui manifesta ses effets. Si
Romano Guardini avait forgé dans les années 30 la notion - très
nécessaire — de « distinction de ce qui est chrétien » (Unterschei-dung
des Christlichen), une telle distinction ne semblait plus nécessaire
maintenant : ce qui semblait nécessaire au contraire, c'était de
sauter par-dessus les différences, d'aller vers le monde, de s'y
engager. Déjà les barricades de Paris en 1968 firent apparaître avec
quelle rapidité ces idées avaient quitté les discussions des
académies ecclésiastiques (kirchlicher Akademien) et ont pu devenir
très concrètes : on célébrait une eucharistie révolutionnaire et on
mettait ainsi en pratique une nouvelle fusion entre l'Église et le
monde sous le signe de la révolution qui devait permettre enfin de
se mettre en route vers des temps meilleurs. La participation
influente de communautés étudiantes catholiques et protestantes aux
bouleversements révolutionnaires, dans les universités en Europe et
hors de l'Europe, confirmait cette même orientation.
Mais c'est en Amérique latine que l'éclair de cette transposition
nouvelle des idées dans la pratique, cette nouvelle fusion entre
impulsion chrétienne et action politique profane, a véritablement
mis le feu. La théologie de la libération
sembla indiquer pendant
plus d'une décennie la direction nouvelle qui permettrait à nouveau
à la foi d'imprimer sa marque au monde, parce qu'elle s'alliait de
façon nouvelle avec les connaissances et les orientations de
l'heure. Le fait qu'en Amérique latine l'oppression, les dominations
injustes, la concentration des biens et du pouvoir entre les mains
d'un petit nombre et l'exploitation des pauvres existaient dans des
proportions effrayantes était incontesté, et il n'était pas contesté
non plus qu'il était nécessaire d'agir. Et étant donné qu'il
s'agissait de pays en majorité catholiques, il était incontestable
que l'Église avait là une responsabilité et que la foi devait s'y
manifester comme une force de justice. Mais comment ?
Marx semblait
être la grande figure qui indiquait la voie. Il jouait alors
le rôle qui avait été celui
d'Aristote
au XVIIIe siècle et dont il fallait baptiser
la philosophie préchrétienne (« païenne » par conséquent) pour
établir une relation juste entre foi et raison. Mais si on adopte
Karl Marx
(sous quelque variation
néo marxiste que ce soit) comme
le représentant de la raison du monde, on n'adopte pas simplement
une philosophie, une vision concernant l'origine et le sens de
l'existence, mais on adopte surtout une praxis. Cette « philosophie
», en effet, est essentiellement une « praxis » (Ndlr
: ensemble des activités visant à transformer le monde)
qui, elle, crée la «
vérité », mais qui ne la présuppose pas. Celui qui fait de Marx le
philosophe de la théologie accepte la primauté du politique et de
l'économie qui deviennent alors les véritables puissances de salut
(et, lorsqu'elles sont mal mises en œuvre, des puissances de
malheur). Dans une telle vision, le salut de l'homme se réalise
grâce à la politique et l'économie par lesquelles est déterminée la
figure de l'avenir. Cette primauté de la
pratique et de la politique
signifiait surtout que Dieu ne doit pas être compté parmi les
réalités « pratiques ». La « réalité » qu'il fallait prendre en
compte désormais était uniquement la réalité matérielle des données
historiques qu'il s'agissait de déchiffrer et de transformer en
direction des objectifs justes, en mettant en œuvre les moyens
appropriés, dont faisait nécessairement partie également la
violence. Dans cette vision des choses, le discours relatif à Dieu
ne faisait partie ni du domaine de la pratique ni de celui de la
réalité. Il fallait l'ajourner - s'il le faut - jusqu'au moment où
le plus important aurait été fait. Il restait la
figure de Jésus,
mais qui n'apparaissait plus alors comme le Christ, mais comme
l'incarnation de tous les souffrants et de tous les opprimés, et
comme leur voix qui appelait au bouleversement, au grand
changement. Ce qui était nouveau dans tout cela, c'est que le
programme de changement du monde qui, chez Marx, n'est pas pensé
seulement de façon athée mais également de façon antireligieuse, se
trouvait empli maintenant d'une passion religieuse et s'appuyait sur
des fondements religieux : une lecture nouvelle de la Bible (surtout
de l'Ancien Testament) et une liturgie célébrée comme l'anticipation
symbolique de la révolution et comme une préparation à celle-ci ;II
faut le reconnaître : avec cette synthèse singulière, le
christianisme était redevenu présent de façon publique dans le
monde, et il avait retrouvé une pertinence. Il n'est pas étonnant
que les États socialistes aient manifesté leur sympathie pour ce
mouvement. Il est plus remarquable que dans les pays « catholiques
», la théologie de la libération a été l'enfant chéri de l'opinion
publique
qu'il ne fallait pas contredire sous peine de pécher contre
l'humain et contre l'humanité, même si on n'entendait pas,
naturellement, que ses directives pratiques soient mises en œuvre
dans son propre monde, puisqu'on considérait qu'on y était déjà
parvenu à une ordonnance juste de la société.
A suivre :
-
On est parvenu à arracher Dieu du cœur des hommes
-
Le Christ cesse d'être l'homme qui est Dieu pour devenir un homme qui a fait l'expérience de Dieu
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Si Dieu n'est pas en Christ, il s'éloigne dans un lointain incommensurable
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Sources :Texte original des écrits du cardinal Ratzinger
et du pape Benoit
XVI -
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 23.11.2025
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