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Première gifle de la Chine au pape Léon. Qui encaisse en silence
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Le 21 octobre 2025 -
E.S.M.
- La nouvelle a filtré, après le pape
François et avant le pape Léon, à Rome. Elle révélait
qu’à Shanghai, une assemblée de prêtres, de religieuses
et de laïcs affiliés au gouvernement avait été convoquée
pour ratifier le choix d’un nouvel évêque auxiliaire en
la personne d’Ignatius Wu
Jianlin, ancien vicaire général du diocèse, mais surtout membre de la très
officielle Conférence consultative politique du peuple chinois.
S. M.
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L’évêque de Shanghai, Mgr Shen
Bin -
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Première gifle de la Chine au pape Léon. Qui encaisse en silence
Le 21 octobre 2025 -
E.S.M. -
La nouvelle a filtré ce 28 avril, après le pape François et avant le pape
Léon, à Rome. Elle révélait qu’à Shanghai, une assemblée de prêtres, de
religieuses et de laïcs affiliés au gouvernement avait été convoquée pour
ratifier le choix d’un nouvel évêque auxiliaire en la personne d’Ignatius Wu
Jianlin, ancien vicaire général du diocèse, mais surtout membre de la très
officielle Conférence consultative politique du peuple chinois.
Il est
vrai que, selon les termes de l’accord entre le Saint-Siège et Pékin ratifié
en 2018, c’est bien aux autorités chinoises qu’il revient d’abord de choisir
chaque nouvel évêque, que le pape peut ensuite approuver ou pas, mais qu’il
a dans les faits toujours approuvé jusqu’à présent.
Mais dans le cas présent, il était plus qu’évident que cette désignation
était un énième camouflet pour l’Église de Rome. Non seulement parce qu’elle
a été effectuée pendant l’interrègne entre un pape et l’autre, comme si l’un
et l’autre comptaient pour, mais plus encore par le fait qu’à Shanghai – où
le chef du diocèse, Mgr Joseph Shen Bin, également président de la
pseudo-conférence épiscopale chinoise jamais reconnue par Rome,
a été installé en 2023 par un décision unilatérale du régime qui n’a
été communiquée que plus tard, au pape François – il y a déjà pas moins de deux
évêques auxiliaires, tous deux empêchés : Joseph Xing Wenzi, 62 ans, ordonné
en 2005 puis tombé en disgrâce et contraint de se retirer à la vie privée en
2011, et surtout Thaddée Ma Daqin, 57 ans qui, au moment de son ordination
épiscopale a révoqué son adhésion à l’Association patriotique
gouvernementale des catholiques chinois, avec pour effet immédiat d’être
depuis lors mis aux arrêts au séminaire de Sheshan.
Et donc, pratiquement six mois après son « élection », le 15 octobre, Wu
Jianlin a été ordonné évêque, et une large opération de communication de
cette nomination a été lancée par le titulaire du diocèse, Mgr Shen Bin,
sous prétexte entre autres que Wu « devait de toute manière être ordonné,
puisqu’il était le dernier membre non-évêque des catholiques appartenant
à la Conférence consultative politique du peuple chinois ».
Le tout sous le regard soumis de Rome, qui s’est bornée à une laconique
confirmation de l’ordination de Mgr Wu, la présentant comme « approuvée »
par le pape le 11 août.
Au même moment, un communiqué parallèle de l’agence officielle de
l’Église catholique chinoise donnait lui aussi l’information de l’ordination
de Wu, mais avec précision bien différente qu’il « a été élu évêque le 28
avril 2025 par le diocèse catholique de Shanghai », sans la moindre allusion
à une quelconque approbation du pape.
C’est tout naturellement l’évêque de Shanghai, Mgr Shen Bin (photo), qui
a présidé le rite d’ordination. Lui qui, lors de la propre installation dans
son diocèse le 4 avril 2023 sur décision unilatérale du régime chinois,
avait provoqué un sursaut de réaction à Rome, avec en définitive une
approbation par le pape François le 15 juillet assortie d’une déclaration du
cardinal Secrétaire d’État Pietro Parolin dénonçant une violation des
accords tout en espérant qu’il n’y aurait pas d’autres violations
à l’avenir, appelant à « une solution juste et sage » de l’affaire des deux
évêques auxiliaire déjà présents dans le diocèse mais toujours empêchés.
Des protestations et des demandes qui sont donc toutes tombées dans
l’oreille d’un sourd et qui ont même été démenties par les récents
événements, nonobstant la vague annonce du pape Léon — qui a d’ailleurs déjà
ratifié la nomination de trois autres évêques en Chine depuis son élection –
faisant allusion au fait qu’il pourrait bien agir différemment à l’avenir,
après avoir entendu l’appel de ces « catholiques chinois qui pendant de
nombreuses années ont vécu une sorte d’oppression de difficulté à vivre leur
propre foi librement et sans se cacher ».
Il reste donc à voir ce qui se passera avec l’autre évêque chinois
annoncé comme « élu » le 28 avril : Li Jianlin, candidat au diocèse de
Xinxiang, et dont on ne se sait encore rien quant à son approbation
éventuelle par le pape.
Mais peut-être est-ce à Hong Kong, l’un des diocèses de Chine, ainsi que
celui de Macao, à ne pas être soumis à l’accord de 2018 sur la nomination
des évêques, que le pape Léon est attendu au pied du mur.
En effet, à Hong Kong, la nomination potentielle d’un second évêque
auxiliaire, demandée par l’actuel titulaire du diocèse, le cardinal et
jésuite Stephen Chow Sauyan, est actuellement source d’agitation.
Le candidat de Mgr Chow est Peter Choi Waiman, qui est actuellement l’un
des trois vicaires généraux du diocèse et en lice depuis au moins six ans
pour la charge d’évêque auxiliaire, un rôle déjà exercé depuis 2014 par le
franciscain Joseph Ha Chishing.
Mais tandis que Mgr Ha n’a jamais caché sa proximité avec les
revendications du mouvement démocratique de Hong Kong et le cardinal Joseph
Zen Sekiun, 93 ans, ancien évêque de la ville entre 2002 et 2009, farouche
critique du régime communiste et de l’accord entre Pékin et le Sain-Siège,
Mgr Choi est quant à lui l’homme que Pékin verrait bien à la tête du diocèse
de Hong Kong, à tout le moins comme évêque auxiliaire.
La candidature de Choi ne serait pas seulement soutenue par l’actuel
évêque de Hong Kong mais également par son prédécesseur, le cardinal John
Tong Hon, à tel point qu’une rumeur circulant au sujet de Tong et Choi
prétendait qu’une audience était programmée à Rome le 4 octobre entre eux et
le pape Léon.
Avant qu’un tel voyage à Rome ne soit démenti le 2 octobre. Signe que la
question reste toujours ouverte.
Mais ce qui est davantage préoccupant, c’est que l’avenir pour l’Église
catholique et les autres confessions religieuses en Chine s’assombrit de
plus en plus, principalement à cause des autorités de Pékin.
Les communautés évangéliques font l’objet d’une persécution qui, au dire
de certains observateurs, est « la plus vaste de ces quarante dernières
années ». Ces derniers jours en particulier, la Zin Church a été décapitée,
avec l’arrestation de dizaines de fidèles et de son leader, Jin Mingri, qui
avait fait partie des jeunes protagonistes de la place Tiananmen.
En outre, le Département pour les affaires religieuses a promulgué un
nouveau « Code de conduite pour le clergé religieux sur Internet » truffé de
prohibitions, qui interdit toute activité de transmission de la foi et de
formation religieuse sur internet, avec à la clé des peines très lourdes
pour les contrevenants.
Même le vingt-cinquième anniversaire de la
canonisation de 120 martyrs
chinois entre 1648 et 1930 célébrée par Jean-Paul II le 1er
octobre de l’année saint 2000 a été totalement passée sous silence. Cette
canonisation avait à l’époque provoqué la colère du gouvernement chinois qui
avait taxé ces martyrs de la foi d’impérialistes et de colonialistes, bien
que leurs histoires révèlent l’exact contraire. Jean-Paul II avait ensuite
envoyé une lettre au président chinois de l’époque, Jiang Zemin pour
demander « pardon et compréhension », sans jamais obtenir de réponse.
Mais le discours que l’actuel président Xi Jinping a prononcé le 29
septembre lors d’une session d’étude spéciale du Politburo du Parti
communiste chinois, qu’il avait convoquée précisément sur le thème de la
politique religieuse, est encore davantage révélateur d’un nouvel
étranglement des espaces de liberté religieuse en Chine.
Dans son discours, Xi a encore une fois insisté sur la nécessaire
« sinisation » des religions, c’est-à-dire à leur adaptation « aux
caractéristiques chinoises » de « doctrines, règles, systèmes de gestion,
rituels, coutumes, normes de comportement ». Et ceci parce que « pour l’État
socialiste guidé par le Parti communiste chinois, guider activement la
religion pour qu’elle s’adapte à la société socialiste » représente une
exigence indispensable.
Pour les autorités chinoises, la nomination des évêques catholiques
s’inscrit naturellement dans cette politique de « sinisation » avec une
arrogance de plus en plus écrasante de Pékin envers Rome.
*
Le 16 octobre, « Asia News » a publié une réflexion lucide d’un fidèle
catholique du diocèse de Shanghai concernant les modalités de nomination du
nouvel évêque auxiliaire, qui dit entre autres ceci :
« Si l’on ignore la vérité des faits ; si l’on n’intervient pas sur
l’enferment d’un évêque déjà légitimement consacré ; si l’on approuve
rétroactivement l’ordination d’évêques non reconnus auparavant ; si l’on
reconnaît des évêques qui se bornent à obéir au gouvernement sans annoncer
l’Évangile… alors il est inévitable que des doutes émergent. Si le chef de
famille, le Saint-Siège, n’enseigne pas à ses propres enfants ce qui est
juste et ce qui ne l’est pas, s’il sacrifie la vérité au nom d’une harmonie
dépourvue de tout principe, et qu’il ne soutient pas une foi authentique et
saine… s’agit-il encore de la communion voulu par le Christ ? ».
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 21.10.2025
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