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Les véritables raisons du schisme. Le discours prophétique de Ratzinger en
1988
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Le 21 juillet 2026 -
E.S.M.
- Avec plusieurs années de recul, cette analyse de Ratzinger est d’une
actualité saisissante. on ne s’étonnera pas que Ratzinger pointe du doigt le
rejet par les lefebvristes de la réforme liturgique
conciliaire et leur repli sur la liturgie en rite
ancien. Il s’agit d’une question toujours sans solution,
qui concerne une grande partie de l’Église catholique et
qui a vu s'engager, avec des tentatives de solution
diamétralement opposées, tant Benoît XVI que le pape
François — un dossier épineux sur lequel Léon a d'ores
et déjà laissé présager la voie d'un savant
rééquilibrage.
S.M.
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Ordination
de quatre évêques sans autorisation du pape -
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Les véritables raisons du schisme. Le discours prophétique de Ratzinger
en 1988
Le 21 juillet 2026 -
E.S.M. - Settimo Cielo n’a
rien publié jusqu’à présent sur cette affaire largement relayée par
les médias du monde entier à propos du schisme et de
l’excommunication qui ont frappé la Fraternité sacerdotale Saint-Pie‑X,
fondée en 1970 par l’archevêque Marcel Lefebvre, en raison de
l’ordination, ce 1er juillet, de quatre évêques sans
autorisation du pape (photo).
Un
schisme analogue, assorti d’une excommunication, avait déjà frappé
la Fraternité le 30 juin 1988, cette fois encore pour l’ordination de quatre
évêques sans mandat pontifical.
Et, quelques jours plus tard, le 13 juillet de cette même année, celui qui
était encore Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal
Joseph Ratzinger, alors en visite au Chili, prononçait à Santiago
un discours en espagnol aux évêques chiliens qui analysait les
« causes les plus profondes » de la rupture.
Avec plusieurs années de recul, cette analyse de Ratzinger est d’une
actualité saisissante. Settimo Cielo la propose à ses lecteurs comme clé
d’interprétation des faits, avec ses remerciements à celui qui l’a redécouverte
et transmise le premier, le Chilien Luis Badilla Morales, qui a été l’une des
grandes voix de Radio Vatican à l’époque où elle était dirigée par le P.
Federico Lombardi, après avoir, dans sa jeunesse, été un opposant actif à la
dictature de Pinochet.
Parmi les raisons du schisme, on ne s’étonnera pas que Ratzinger pointe du
doigt le rejet par les lefebvristes de la réforme liturgique conciliaire et leur
repli sur la liturgie en rite ancien. Il s’agit d’une question toujours sans
solution, qui concerne une grande partie de l’Église catholique à travers le
monde et qui a vu s'engager, avec des tentatives de solution diamétralement
opposées, tant Benoît XVI que le pape François — un dossier épineux sur lequel
Léon a d'ores et déjà
laissé présager la voie d'un savant rééquilibrage.
La voie entreprise par le pape Robert F. Prevost n’en est qu’à ses prémisses,
mais elle a déjà récolté
les faveurs de plusieurs hommes d’Église importants dans le camp de
ceux qui sont davantage attentifs à la Tradition.
L’un d’entre eux n’est autre que le cardinal Robert Sarah, l’ancien Préfet du
Dicastère pour le Culte divin, qui a consacré son dernier livre – publié aux
États-Unis en 2025 chez
Ignatius
Press et dernièrement en Italie chez Cantagalli – précisément à la musique sacrée et à la liturgie. Il
s’agit d’un dialogue avec Peter Carter, qui est directeur du Catholic Sacred
Music Project, intitulé : « Le Chant de l’Agneau ».
Un ouvrage aux accents très proches de ceux du Ratzinger théologien,
liturgiste et pape.►Musique
et liturgie Réflexions sur les causes les plus profondes de l’affaire Lefebvre
de Joseph Ratzinger
Santiago du Chili, 13 juillet 1988
Sans aucun doute, le problème soulevé par Mgr Lefebvre ne s'est pas éteint
avec la rupture du 30 juin. Il serait trop commode de se réfugier dans une
espèce de triomphalisme et de penser que cette question a cessé d'être
pertinente dès l'instant où le mouvement de Lefebvre s'est séparé de façon nette
de l'Église. Un chrétien ne peut jamais, ni ne doit jamais, se réjouir d'une
rupture. Même si la faute ne saurait incontestablement être imputée au
Saint-Siège, il est de notre devoir de nous interroger : quelles erreurs
avons-nous commises, quelles erreurs commettons-nous encore ? Les critères qui
permettent de juger le passé, à commencer par le décret sur l'œcuménisme du
concile Vatican II, doivent logiquement être applicables pour appréhender le
présent également.
L'une des découvertes fondamentales de la théologie de l'œcuménisme, c’est
que les schismes ne se produisent que lorsque, au sein de l'Église, certaines
vérités et certaines valeurs de la foi chrétienne ne sont plus ni vécues ni
aimées. La vérité qui est marginalisée acquiert alors son autonomie, se détache
de la totalité de la structure ecclésiale, et c'est autour d'elle que se forme
un mouvement nouveau. Le fait qu'un si grand nombre d'hommes, pourtant éloignés
du cercle restreint de la fraternité de Lefebvre, voient en cet homme une sorte
de guide, ou pour le moins un allié utile, doit nous faire réfléchir. Il ne
suffit pas d’attribuer tout cela à des motifs politiques, à la nostalgie ou
à d'autres raisons secondaires d'ordre culturel. De telles causes ne suffiraient
pas à attirer, en particulier, des jeunes issus de pays très différents et
appartenant à des contextes politiques et culturels totalement différents. Bien
entendu, leur vision étroite et unilatérale saute aux yeux où que l’on regarde ;
pourtant, le phénomène dans son ensemble demeurerait inimaginable s'il n'y avait
également en jeu des éléments positifs qui, ne trouvent en général plus
suffisamment d’espace vital dans l'Église d'aujourd'hui.
Pour toutes ces raisons, nous devons considérer cette situation en premier
lieu comme l'occasion d'un examen de conscience. Nous ne devons pas redouter
d’examiner avec sérieux les manquements de notre pastorale qui transparaissent
à travers tous ces faits. C'est ainsi que nous pourrons offrir un espace à ceux
qui le recherchent et le réclament au sein même de l'Église, et parvenir ainsi
à rendre le schisme, de l'intérieur de l'Église, parfaitement superflu.
Je voudrais examiner trois aspects qui, à mon sens, jouent un rôle important
dans cette situation.
A. Le sacré et le profane
De nombreuses raisons peuvent expliquer pourquoi de nombreuses personnes
pourraient avoir cherché refuge dans l'ancienne liturgie. L'une des principales,
et non des moindres, est qu'elles y trouvaient intacte la dignité du sacré.
Après le Concile, beaucoup ont intentionnellement érigé la
« désacralisation » en programme, nous en expliquant que le Nouveau Testament
avait aboli le culte du Temple : le voile du Temple déchiré au moment de la mort
du Christ sur la croix signifiait — selon eux — la fin du sacré. La mort de
Jésus hors des murs, c'est-à-dire dans la sphère publique, constituait désormais
la véritable adoration ; l’adoration, si elle doit exister, s'accomplit dans la
non-sacralité de la vie quotidienne, dans l'amour vécu. C’est sur la base de
tels arguments que l’on a relégué les ornements sacrés au second plan ; les
églises ont été dépouillées, autant que possible, de la splendeur qui évoque le
sacré ; et la liturgie a été réduite, autant que faire se peut, au langage et
aux gestes de la vie ordinaire, à travers des salutations, des signes communs
d'amitié et d’autres choses semblables.
Cependant, de telles théories et pratiques ont totalement fait fi du
véritable lien unissant l'Ancien et le Nouveau Testament ; on a oublié que ce
monde n'est pas encore le Royaume de Dieu et que « le Saint de Dieu » (Jn 6, 69)
demeure en contradiction avec le monde ; que nous avons besoin de purification
pour nous approcher de Lui ; que le profane, même après la mort et la
résurrection de Jésus, n'est pas devenu saint. Le Ressuscité ne s'est manifesté
qu'à ceux dont les cœurs s'étaient ouverts à Lui, au Saint : Il ne s'est pas
révélé au monde entier. C'est à partir de ce monde-là que s’est ouvert le nouvel
espace d'adoration vers lequel nous sommes désormais tous orientés ; cette
adoration consiste à s'approcher de la communauté du Ressuscité, aux pieds
duquel les femmes se sont prosternées pour l'adorer (Mt 28, 9).
Je ne souhaite pas approfondir davantage ce point ici, mais simplement en
venir directement à la conclusion : nous devons reconquérir la dimension du
sacré dans la liturgie. La liturgie n'est pas un festival, ni une réjouissance
conviviale. Peu importe si un curé parvient à mettre en œuvre des idées
séduisantes ou des spéculations fantaisistes. La liturgie est la mise en
présence au milieu de nous du Dieu trois fois saint, elle est le buisson ardent,
elle est l'Alliance de Dieu avec l'humanité en Jésus-Christ mort et ressuscité.
La grandeur de la liturgie ne repose pas sur sa capacité à offrir un
divertissement captivant, mais sur son pouvoir à nous mettre en contact avec le
Tout-Autre, que nous ne saurions évoquer par nos propres forces. Il vient parce
qu'Il le veut. En d'autres termes, l'essence de la liturgie est le mystère, qui
s'accomplit dans le rite commun de l'Église ; tout le reste ne fait que
l'amoindrir. Les fidèles en font l'expérience poignante, et ils se sentent
trahis lorsque le mystère se mue en divertissement, lorsque le protagoniste de
la liturgie n'est plus le Dieu vivant, mais le prêtre ou l'animateur liturgique.
B. Le caractère non arbitraire de la foi et sa continuité
Défendre le concile Vatican II — à l'opposé de Mgr Lefebvre — comme un
événement valide et contraignant pour l'Église reste et continuera à rester une
nécessité. Néanmoins, il existe une posture de vision étriquée qui isole Vatican
II et qui a provoqué cette opposition. Plusieurs interprétations donnent
l'impression qu'après Vatican II, tout a basculé et que ce qui a précédé ne
saurait plus être valable, ou, au mieux, ne le serait qu'à la lumière de Vatican
II. Le concile Vatican II n'est pas considéré comme une composante de la
totalité de la Tradition vivante de l'Église, mais plutôt comme le terme de la
Tradition et un complet recommencement à zéro. La vérité est que le Concile
lui-même n'a défini aucun dogme et s'est efforcé consciemment de s'exprimer sur
un mode plus modeste, simplement comme un concile pastoral ; pourtant, beaucoup
l'interprètent comme s'il s'agissait presque d'un super-dogme frappant
d'insignifiance tout le reste.
Cette impression se trouve surtout renforcée par ce qui se passe dans la vie
quotidienne. Ce qui était jadis considéré comme la chose la plus sacrée — la
forme transmise par la liturgie — est soudain devenue la plus proscrite et
l'unique chose qu'il faille impérativement rejeter. Les critiques à l'égard des
nouveautés de la période post-conciliaire ne sont pas tolérées ; en revanche,
lorsqu'il s'agit des règles anciennes ou des grandes vérités de la foi — par
exemple la virginité corporelle de Marie, la résurrection corporelle de Jésus,
l'immortalité de l'âme, etc. —, il n'y a aucune réaction, ou tout au plus une
réaction extrêmement timorée. J'ai moi-même été témoin, du temps où j'étais
professeur, de la manière dont un évêque qui, avant le Concile, avait congédié
un professeur irréprochable sous prétexte d'un franc-parler un peu rude, s'est
trouvé incapable, après le Concile, de licencier un autre professeur qui niait
ouvertement certaines vérités fondamentales de la foi. Tout cela amène beaucoup
de fidèles à se demander si l'Église d'aujourd'hui est vraiment encore la même
que celle d'hier, ou si elle n'a pas simplement été remplacée par une autre
à leur insu. La seule manière de rendre Vatican II crédible est de le présenter
clairement pour ce qu'il est : un maillon de l'unique et entière Tradition.
C. L'unicité de la vérité
En mettant la question liturgique de côté, les points névralgiques du conflit
résident actuellement dans l'attaque portée contre le décret sur la liberté
religieuse et contre le prétendu esprit d'Assise. Sur ces points, Mgr Lefebvre
trace une ligne rouge entre sa position et celle de l'Église catholique
d'aujourd'hui. Il n'est nul besoin de réaffirmer explicitement que ses thèses en
la matière sont inacceptables. Mais nous ne nous attarderons pas ici sur ses
erreurs ; nous souhaitons plutôt nous demander où réside notre propre manque de
clarté.
Pour Mgr Lefebvre, il s'agit d'un combat contre le libéralisme idéologique,
contre la relativisation de la vérité. À l'évidence, nous ne saurions partager
son avis lorsqu'il affirme que le texte conciliaire sur la liberté religieuse ou
la prière d'Assise, selon les intentions exprimées par le Souverain Pontife,
constituent des relativisations [de la vérité]. Il n'en demeure pas moins vrai
que, dans le climat spirituel de l'époque postconciliaire, la question de la
vérité a souvent été éclipsée, voire étouffée ; et c'est peut-être là que nous
touchons au problème crucial de la théologie et de la pastorale contemporaines.
La « vérité » est soudain apparue comme une prétention excessive, un
« triomphalisme » intolérable. Ce processus s'observe de manière
particulièrement évidente dans la crise qui a frappé l'idéal et la pratique
missionnaires. Si nous ne recherchons pas la vérité lorsque nous annonçons notre
foi, et si cette vérité n'est plus essentielle au salut de l'humanité, alors les
missions perdent leur raison d'être. De fait, on en est venu, et on en vient
encore, à conclure qu'à l'avenir, le seul objectif devrait être que les
chrétiens soient de bons chrétiens, les musulmans de bons musulmans, les hindous
de bons hindous, et ainsi de suite. Mais comment savoir quand quelqu'un est un
« bon » chrétien ou un « bon » musulman ? L'idée que toutes les religions sont,
à proprement parler, de simples symboles de l'Incompréhensible en dernière
analyse, gagne rapidement du terrain, y compris en théologie, et se trouve déjà
profondément enracinée dans la pratique liturgique. Partout où se manifeste ce
phénomène, la foi en tant que telle finit par être abandonnée, car elle consiste
précisément à s'en remettre à la vérité dans la mesure même où celle-ci est
reconnue. C'est pourquoi nous avons certainement toutes les raisons de revenir
au bon sens dans ce domaine également. Si nous parvenons à montrer et à vivre
à nouveau la totalité du catholicisme dans ces milieux, nous pourrons alors
espérer que le schisme de Mgr Lefebvre ne s'éternise pas.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
►Quand
Benoît XVI nous parle de la beauté et de la profondeur du missel de saint Pie V
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 21.07.2026
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