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L'Église n'est pas seulement fondée par le Fils ; elle
est aussi animée par le Saint-Esprit
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Le 20.10.2025 -
E.S.M.
- Un voyage intellectuel d'Augustin
du néoplatonisme à la foi biblique ne lui aurait
toutefois pas été possible dans sa plénitude, du moins
J. Ratzinger le laisse-t-il entendre, sans la
stimulation qu'il trouva auprès des grands maîtres de
l'ecclésiologie d'Afrique du Nord. Il s'agit de
mettre en relief les contours du monde spirituel dans
lequel saint Augustin entra, en tant que chrétien
catholique, lors de son retour en Afrique.
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Le Christ, notre Frère
Philosophie - Théologie
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Pages précédentes
1)
Saint Augustin unit les deux motifs fondamentaux de la pensée
antique
2 )
L'homme est incapable de se tenir debout sur le sol spirituel
LA PENSÉE DE BENOÎT XVI - L'apport de l'Afrique
Ce voyage intellectuel d'Augustin du néoplatonisme à la foi
biblique ne lui aurait toutefois pas été possible dans sa
plénitude, du moins J. Ratzinger le laisse-t-il entendre, sans
la stimulation qu'il trouva auprès des grands maîtres de
l'ecclésiologie d'Afrique du Nord :
Tertullien,
saint Cyprien de Carthage et saint
Optât de
Milève.
Faire son entrée dans la vie publique de l'Église signifiait
en même temps entrer en contact avec une tradition
ecclésiale déterminée, avec une spiritualité objective, ce
qui donnait aux chrétiens d'un même lieu une empreinte
distinctive ainsi qu'une manière propre de comprendre les
Écritures.
J. Ratzinger ne cherche pas cependant à faire ressortir une
quelconque dépendance « historico-littéraire » d'Augustin
vis-à-vis de ces auteurs nord-africains, ni à se livrer à une «
critique des sources ». Il s'agit plutôt de mettre en relief les
contours du monde spirituel dans lequel saint Augustin entra, en
tant que chrétien catholique, lors de son retour en Afrique.
En TERTULLIEN, il aura trouvé une ecclésiologie marquée au
coin du débat avec le
gnosticisme.
C'est l'homme entier, âme et
corps, qui revêt le Christ. Ce vêtement baptismal - image
fondamentale déjà présente chez saint Paul -, Tertullien
l'associe étroitement à l'ordre visible de l'Église, à sa «
discipline ». La disciplina inclut les
sacramenta, car elle ne signifie pas seulement l'aspect
éthique ou canonique de la vie de l'Église, qui serait distinct
des sacrements et du culte, mais sa structure entière,
celle d'une communauté porteuse de la
grâce du Christ et de la puissance de l'Esprit.
La grâce du Seigneur n'est pas communiquée sous la forme
d'une idée, d'une gnosis
(connaissance),
ni comme le résultat de l'acte cultuel d'un
thiasos
(1)
indifférent à la vie personnelle de ceux qui y participent.
Elle vient à nous à travers l'ordre concret d'une communauté
sacrée, d'une communauté qui se comprend comme ordre légal
d'une vie commune où la « loi » est quelque chose de saint
et de pneumatique. Le contenu intérieur de cette « loi », ce
sont les « sacrements » et leur puissance vivifiante, donnée
par l'Esprit. Si la théologie grecque répondait aux
gnostiques en opposant l'unique gnosis chrétienne à leur
diversité hérétique, l'Occident répondit plus profondément
aux mêmes contestations en affirmant la forme historique de
l'Église.
(1) Un
thiase (thiasos) était une troupe de gens
célébrant un sacrifice en l'honneur d'un dieu, parcourant
les rues en chantant et dansant.
Et Joseph
Ratzinger souligne à quel point la vision de la nature
historique et ecclésiale du salut chez Tertullien était apte à
offrir un correctif au « Deus et anima - nihil aliud »
(Ndlr : Dieu et l'âme - rien d'autre) du jeune Augustin. Il va
même plus loin en disant qu'il n'y a pas « grande distance »
entre la conception qu'avait Tertullien de l'Église comme
disciplina, au sens esquissé plus haut, et l'image d'une
Église « peuple de Dieu »
développée par l'Augustin de la maturité.
Saint Augustin a pu également trouver chez Tertullien un
usage fécond de la métaphore « maison de Dieu ». Le corps humain
est, pour Tertullien, une maison qui par le baptême devient
temple du Saint-Esprit. Mais il
montre aussi que le profanateur du temple de Dieu qu'est le
pécheur post-baptismal est expulsé de cet autre temple corporel
de Dieu qu'est l'Église. Nous trouvons dans cette
caractérisation du chrétien individuel en une image
microcosmique de l'Église totale, die Gesamtkirche,
(toute l'église) une notion que saint Augustin reprendra et
qu'il prolongera. Enfin, Tertullien charge
l'image du temple d'une troisième valeur, cette fois de nature
cosmique. Le monde est lui aussi la maison de Dieu, même
s'il doit un jour disparaître et être remplacé par un autre lieu
dans le ciel.
Joseph Ratzinger voit encore d'autres thèmes de Tertullien
réapparaître dans l'ecclésiologie du saint Augustin de la
maturité, notamment la manière par laquelle l'apologiste laïc
compare et différencie la communauté de l'Église par rapport à
celle de l'Ancien Testament, à celle des païens, et à celle des
temps eschatologiques. Mais il nous suffira de mentionner un
dernier thème que met en relief J. Ratzinger et qui prendra de
plus en plus d'importance, non seulement dans l'ecclésiologie de
saint Augustin, mais aussi dans celle de son disciple bavarois
du xxe siècle. C'est celui de l'union, dans l'Église, de l'«
intérieur » avec l'« extérieur », de la sainteté avec la
structure visible, et même institutionnelle,
la clef de cette union étant l'Eucharistie. Car
Tertullien n'a pas négligé l'importance centrale de
l'Eucharistie dans la « communauté de discipline» qu'il a
décrite. Le chrétien est communicator,
(2) conjoint au Christ
dans l'unité du corps du Christ, qui est lui-même à la fois
l'Église et le sacrement eucharistique. D'où l'importance, aux
yeux de Tertullien, de l'excommunication et de la pénitence pour
la sauvegarde de l'ordre sacré de la pax ecclesia, la «
paix de l'Église ». J. Ratzinger estime que c'est parce qu'il
envisageait l'Église visible avec un tel sérieux que Tertullien
en vint à une conviction si aiguë que
la vocation de l'Église est d'être une communauté de saints.
En soi, rien d'autre là que de positif : c'est la manière
dont Tertullien reliait Église visible et Église sainte qui le
précipita dans le
montanisme.
L'Église n'est
pas seulement fondée par le Fils ; elle est aussi animée par le
Saint-Esprit. Or, ces deux économies divines peuvent
malheureusement être vues comme parallèles, au lieu d'être
saisies dans leur mutualité intrinsèque; et de la même manière,
Tertullien incline à trouver deux réalités parallèles dans sa
doctrine des sacrements : un baptême d'eau, dans la ligne du
baptême de repentir de Jean, et à côté de cela un sacrement de
la foi qui, dans l'Esprit, restaure la ressemblance divine; ou
encore une Eucharistie à deux niveaux, où le Pain, corps du
Christ, par quoi fut fondée l'Église, est moins important que la
puissance intérieure, vivifiante, de l'Esprit du Christ. Nous
verrons plus loin comment le Joseph Ratzinger de la maturité se
saisira avec bonheur d'une ecclésiologie de communion pour
éviter un dualisme de ce genre, qui conduisit Tertullien à
opposer « l'Église de l'Esprit », ecclesia spiritus, la
communauté charismatique, à l'« Église épiscopale», ecclesia
numerus episco-pomm, la communauté des sacrements et de la
vie chrétienne de tous les jours.
(2) À la fois
celui qui fait « part de » et qui a « part à » [Ndlr].
Saint CYPRIEN de Carthage est une figure moins
théologiquement profuse que celle de Tertullien ; son maniement
plus sobre des doctrines et des valeurs nous donne par contraste
une vision plus fidèle de ce que les chrétiens d'Afrique au IIIe
siècle avaient saisi de l'Évangile. Ce qui gouverne la vision de
saint Cyprien est tout simplement la structuration fondamentale
de l'Église par les ordines: le ministère ordonné, avec
ses trois degrés, évêque, prêtre et diacre (assistés par
d'autres ministres), et la plebs, le peuple des laïcs,
qui n'est véritablement peuple de Dieu que dans la mesure où il
demeure uni à l'évêque, chef de l'ordo, qui incorpore
l'Église dans sa personne. Saint Cyprien prolonge la portée de
cette unité bipartite en deux « images conceptuelles »: la
mater ecclesia, « l'Église mère », spécialement liée au
baptême conféré par l'évêque, et la fraternitas christianorum,
« fraternité des chrétiens », plus
particulièrement relative à l'assemblée eucharistique réunissant
tous les croyants. Si l'adversaire principal de Tertullien
pendant sa période catholique avait été le gnosticisme, saint
Cyprien eut pour sa part à combattre l'esprit de dissidence.
L'unité de l'Église fut sa grande préoccupation. Il l'exprima au
moyen de deux images principales, nous dit J. Ratzinger:
la maison du Seigneur et le
corps du Christ. Si la première est dans la Bible
l'objet d'une illustration riche et variée, la seconde est vue
de façon plus sociologique qu'eucharistique, si bien que par
contraste avec la tradition antérieure, J. Ratzinger l'appelle
der neue leibbegriff (le
nouveau concept du corps)
Comme il l'a bien
vu, saint Cyprien transmettait à la postérité un héritage ambigu
: l'évêque de Carthage conservait bien ce qui constitue le cœur
d'une ecclésiologie eucharistique, par laquelle l'Église trouve
son unité dans le corps sacramentel du Rédempteur, mais il
initiait aussi, par son utilisation plus séculière et
sociologique du mot « corps », un courant de pensée qui allait
conduire à une ecclésiologie corporatiste, non eucharistique, au
moyen âge. De manière semblable, tandis qu'il trouve
l'accomplissement de la bénédiction faite par Melchisédech à
Abraham dans le sacrifice du Christ, par lequel les païens
reçoivent la bénédiction et deviennent en l'Église un nouveau
peuple spirituel, il use également du mot « peuple » pour
distinguer du clergé ceux qui n'en sont pas, ce que J. Ratzinger
considère évidemment comme un emploi anormal et trompeur. Ce
point occupera quelque place dans la période postconciliaire.
Le dernier maître en ecclésiologie de Joseph Ratzinger dans
le trio africain des prédécesseurs de saint Augustin est saint
OPTAT, évêque de Milève, moins bien connu que les deux autres,
mais qui, notablement, devança saint Augustin dans son combat
contre le schisme des
donatistes. L'Église catholique se trouvait alors en une
grave situation, obligée de faire face à une pars donatista
conduite par des évêques ordonnés et dont les fervents n'étaient
pas moins nombreux que les siens propres ; dans ces conditions,
la formule de saint Cyprien « là où est
l'Evêque, là est l'Église » - sa prescription pour
résoudre les schismes de laïcs ou, pire, de prêtres - se
révélait complètement inopérante. Il fallait élaborer un nouveau
critère. Saint Optât répondit en partie à cette nécessité en
mettant l'accent sur l'importance de la communion avec la
cathedra Pétri à Rome. Les donatistes furent suffisamment
impressionnés pour instituer leur propre évêque de Rome, dont
d'ailleurs les listes de succession pouvaient facilement prouver
le statut d'intrus. Mais en réagissant ainsi, ils étaient
totalement passés à côté de ce que saint Optât voulait
signifier. Qui est en communion avec Rome l'est avec le monde.
Mais personne ne peut être en communion avec le monde, quand
bien même disposerait-il de son propre représentant sur la tombe
des apôtres, s'il réduit l'Église de Jésus-Christ au « petit
coin de terre africaine où il vit ». Pour saint Optât, « la
véritable Église est l'Église répandue partout dans le monde ,
l'Église des peuples ». Les donatistes, dans leur
entêtement à prétendre posséder le don nuptial du baptême,
avaient oublié l'épouse elle-même, le corps vivant de leur Mère.
Bien que pour saint Optât la fraternitas,
la « fraternité » chrétienne, s'étende au delà des limites
visibles de l'unité de l'Église pour embrasser tous ceux qui ont
fait l'expérience de la renaissance du baptême, un mur s'est
dressé entre la communia nostra et la communia vestra.
(Nos choses communes sont vos choses communes.) La paix et
l'unité de l'Église ne subsistent qu'entre ceux qui sont reliés
par l'Eucharistie catholique. Là où ce n'est pas le cas,
la médiation sacramentelle du Christ en vue de l'unité divine
n'est qu'un objet de culte. Lorsque saint Optât reproche aux
donatistes leur manque d'amour, il veut parler de leur manque de
participation à la fraternité sacramentelle de l'Église. Joseph
Ratzinger développera en les prolongeant les implications de
cette notion de fraternité chrétienne dans un livre qui porte ce
titre. (Die
christliche Brüderlichkeit
Frères dans le Christ )
Suite :
Le saint Augustin de la maturité
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Sources : Extraits de ia
pensée de J. Ratzinger - Benoit XVI -
E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 20.10.2025
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