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Tiraillée entre l’Europe et la Russie, l’Église arménienne se déchire et
Rome applaudit
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Le 20 janvier 2026 -
E.S.M.
- L’Arménie chrétienne et
l’Azerbaïdjan musulman faisaient autrefois partie de l’Union Soviétique, au
Sud du Caucase, entre la Turquie et la Mer Caspienne. Mais depuis leur
indépendance, elles n’ont cessé de se combattre, jusqu’à cette espèce de
simulacre de paix signée à Washington le 8 août dernier, avec l’Azerbaïdjan
en position de vainqueur et l’Arménie déconfite et épuisée, en proie à des
déchirements internes, tant sur le plan politique qu’au sein de son Église.
S. M.
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Léon XIV et le patriarche
arménien de Constantinople Sahak II -
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Tiraillée entre l’Europe et la Russie, l’Église arménienne se déchire.
L’Azerbaïdjan se frotte les mains, et Rome applaudit
Tiraillée entre l’Europe et la Russie, l’Église arménienne se déchire.
L’Azerbaïdjan se frotte les mains, et Rome applaudit
Le
20 janvier 2026 -
E.S.M. - L’Arménie chrétienne et
l’Azerbaïdjan musulman faisaient autrefois partie de l’Union Soviétique, au
Sud du Caucase, entre la Turquie et la Mer Caspienne. Mais depuis leur
indépendance, elles n’ont cessé de se combattre, jusqu’à cette espèce de
simulacre de paix signée à Washington le 8 août dernier, avec l’Azerbaïdjan
en position de vainqueur et l’Arménie déconfite et épuisée, en proie à des
déchirements internes, tant sur le plan politique qu’au sein de son Église.
Le malheur de l’Arménie,
c’est que tout ce qui se passe aujourd’hui dans le monde se retourne à son
désavantage et favorise en revanche son rival. Et même au sommet de l’Église
catholique, l’Azerbaïdjan jouit depuis longtemps d’un traitement plus
favorable.
Le Pape Léon
a rencontré à Istanbul, le
30 novembre dernier, le patriarche arménien de Constantinople Sahak II
(photo), après avoir reçu le 16 septembre à Castel Gandolfo le Catholicos,
c’est-à-dire le chef suprême de l’Église arménienne Kerekin II. Mais rien
n’a transpiré de cette dernière audience, bien que Karékine se trouve, dans
son pays, au centre d’un conflit ecclésial et civil à cause de ses prises de
positions pro-russes et anti-gouvernementales.
En revanche,
l’audience accordée le 17
octobre par le Pape à la vice-présidente de l’Azerbaïdjan, Mehriban Aliyeva,
épouse du président Ilham Aliyev, s’est déroulée avec tout le faste et les
honneurs réservés aux chefs d’État, avec force communiqués sur les « bonnes
relations existantes », tout particulièrement en matière de « collaboration
dans le domaine culturel ».
Et en effet, depuis de
nombreuses années Aliyeva, qui se trouve à la tête d’une riche fondation
portant le nom d’Heydar Aliyev, père de son mari et fondateur de la dynastie
qui gouverne d’une main de fer l’Azerbaïdjan sans interruption depuis 1993,
finance d’importantes restaurations d’antiquités romaines, de concert avec
la Commission pontificale d’archéologie sacrée et les cardinaux qui
président le Dicastère du Vatican pour la Culture, hier Gianfranco Ravasi et
aujourd’hui José Tolentino de Mendonça, encore dernièrement dans les
catacombes de Commodilla et des Saints Marcellin et Pierre ainsi que dans le
complexe monumental de San Sebastiano fuori le Mura, à chaque fois avec des
inaugurations solennelles.
Et ce n’est pas tout.
Pendant le pontificat de François, Aliyeva – ainsi que l’ambassadrice
d’Azerbaïdjan – a reçu la Grand-Croix de l’Ordre de Pie IX, la plus haute
distinction accordée par le
Saint-Siège, la même que celle décernée par Léon le 23 octobre dernier à la
reine Camilla d’Angleterre.
En revanche, le Saint-Siège
s’est distingué par la froideur avec laquelle il a suivi l’évolution du
conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, se bornant à de vagues appels à la
paix : une froideur dont
s’était d’ailleurs plaint le
président français Emmanuel Macron après une audience avec le Pape François
le 18 novembre 2022.
En réalité, dès les
premières années de son indépendance, après l’effondrement de l’Union
Soviétique, le conflit pour le contrôle de l’Artsakh, ou Haut-Karabagh, une
région à forte majorité arménienne incorporée à l’époque soviétique dans le
territoire de l’Azerbaïdjan, penchait en faveur de l’Arménie, qui s’était
également emparé d’autres zones adjacentes à population azerbaïdjanaise.
Mais dès le début des années
deux mille, avec l’avènement de la dynastie Aliyev, l’Azerbaïdjan a su
marquer des points sur la scène internationale, grâce à ses abondantes
réserves de pétrole et de gaz et à la construction, en collaboration avec
les États-Unis, d’un oléoduc permettant de les exporter en l’Occident
à travers la Géorgie et la Turquie, avec même un embranchement en Italie, et
non plus en passant par la Russie.
À Bakou, la capitale, les
plus grands architectes ont laissé leur empreinte et des événements
culturels et sportifs majeurs s’y sont déroulés, et même la COP 29 en 2024,
la conférence des Nations Unies sur le changement climatique. Et cela en
dépit du fait que des instituts accrédités tels que Freedom House et
Transparency International aient à plusieurs reprises dénoncé la corruption
généralisée et la répression systématique des droits de l’homme dans ce
pays.
Entretemps, déjà au début
des années deux mille, et dans l’indifférence générale, le gouvernement
Aliyev avait commencé à raser au sol des églises, des monastères et des
monuments arméniens dans la région de Nakhitchevan, une exclave attribuée
à l’Azerbaïdjan à l’époque soviétique et qui est séparée de son territoire
par un corridor en territoire arménien appelé « corridor de Zanguezour ».
En 2016, l’Azerbaïdjan
a repris l’offensive pour la conquête de l’Artsakh et en 2024 a signé un
traité d’armistice lui permettant de récupérer tous les territoires
à population azerbaïdjanaise et une bonne moitié des territoires
ethniquement arméniens, y compris la ville de Chouchi.
La Russie a interposé une
force de maintien de la paix entre arméniens et azerbaïdjanais, mais sans
intervenir pour empêcher les violations permanentes de l’armistice de la
part de l’Azerbaïdjan. Dès 2022 et encore davantage dans les années
suivantes, ce dernier a commencé par bloquer le « corridor de Latchine », la
seule voie de communication entre l’Arménie et l’Artsakh, empêchant tout
approvisionnement en biens de première nécessité et réduisant la population
à la famine, avant d’occuper militairement l’exclave toute entière,
contraignant la totalité de 120 000 Arméniens qui l’habitaient à s’expatrier
en l’espace de quelques jours avant de s’adonner à encore à la destruction
des églises et des monuments.
Tout cela pendant que la
Russie, alliée à l’Arménie sur papier, mais empêtrée aujourd’hui comme hier
dans la guerre avec l’Ukraine, assiste sans rien faire à sa capitulation.
En signant
l’accord à Washington le
8 août dernier, l’Arménie a renoncé à toute prétention de reconquête de
l’Artsakh. Mais ce qui a surtout bénéficié à l’Azerbaïdjan – et aux
États-Unis – c’est l’attribution décidée par Donald Trump à une entreprise
américaine de la construction et du futur contrôle de ce fameux « corridor
de Zanguezour », qui en reliant l’Azerbaïdjan à la Turquie à travers
l’Arménie, ouvrirait une nouvelle route commerciale entre l’Asie et
l’Europe, permettant de contourner aussi bien Russie que l’Iran.
Il est même possible que
l’Azerbaïdjan ait un rôle important à jouer dans la solution épineuse dans
le conflit israélo-palestinien. 70% des armes qu’elle possède sont importées
d’Israël, qui est à son tour grande consommatrice du pétrole azerbaïdjanais.
L’Azerbaïdjan devrait donc également faire partie de la force internationale
de stabilisation envisagée par le plan de paix de Trump, notamment grâce
à ses bonnes relations avec la Turquie, qui est l’un des pays les plus
hostiles à Israël. Et l’on s’attend à ce qu’Israël puisse signer le premier
d’une nouvelle série d’ « Accords d’Abraham » avec l’Azerbaïdjan, après la
fin du conflit.
Mais entretemps, que se
passe-t-il en Arménie ? Le Catholicos Karékine, pro-russe et en désaccord
avec la capitulation face à l’Azerbaïdjan, s’oppose au premier ministre
Nikol Pashinyan, résolument pro-européen et en rupture avec Moscou. Leur
affrontement a atteint un point tel que Pashinyan a fini par accuser
Karékine d’avoir eu une fille et donc de ne plus être digne d’assumer ses
fonctions, tandis que Karékine et le clergé qui lui est fidèle appellent
à la démission et à l’excommunication du premier ministre et de son épouse.
Un archevêque proche de
Karékine, Bagrat Galstanyan, s’est même lancé dans la
militance politique active,
contre Pashinyan. Mais après des mois de manifestations de rue revêtus de
ses habits épiscopaux et d’attaques contre les bâtiments gouvernements, le
premier ministre l’a accusé de fomenter un coup d’État et a procédé à son
arrestation en juin dernier, en compagnie d’un autre archevêque rebelle,
Mikael Adzpayan, et de deux autres archevêques, le neveu de Karékine et son
chancelier.
Tout ceci a eu pour
conséquence de créer une profonde division au sein de l’Église arménienne,
qui s’est étalée au grand jour le 4 janvier dernier en la résidence du
premier ministre Pashinyan, quand il a apposé, en compagnie de dix
archevêques, sa signature sur une
déclaration « pour la
réforme de la Sainte Église Apostolique Arménienne ».
Cette déclaration, après
avoir pris acte de « l’incapacité du chef de facto de l’Église et de son
cercle restreint à vivre et à prêcher selon les principes de l’Évangile »,
annonce le limogeage de Karékine de ses fonctions, la nomination d’un
nouveau chef provisoire, l’établissement de nouveaux statuts et enfin la
nomination d’un nouveau Catholicos.
Le lendemain, Karékine et
ses fidèles ont réagi en
contestant la légitimité de
la mesure prise par Pashinyan et par les dix évêques signataires de cette
déclaration.
Mais une fois de plus, le
Premier ministre et les évêques alliés à lui ont reconfirmé leur ligne
d’action au beau milieu des célébrations de Noël arméniennes, le 6 janvier,
à l’occasion d’une messe dans la capitale Erevan où le nom de Karékine n’a
plus été mentionné, et avec une procession bondée vers la cathédrale,
couronnée d’un
appel de Pashinyan en
personne à « libérer la Sainte Église apostolique arménienne du schisme et
la rendre au peuple ».
Le 13 janvier, depuis le
siège historique du catholicos à Echmiadzin, le Conseil spirituel suprême
qui gouverne l’Église a condamné en retour l’attaque lancée par Pashinyan et
les dix évêques rebelles. Et il a convoqué
une assemblée des 57 évêques arméniens pour février.
Avec pour conséquence de
jeter de l’huile sur le feu. Le 15 janvier, interrogé en
conférence de presse sur les
évêques qui auraient « trahi » le Catholicos, Pashinyan a répondu : « Dans
cette affaire, il n’y a qu’un seul traître, Ktrich Nersisyan [le nom civil
de Karékine]. C’est lui qui a trahi Jésus-Christ, la sainte Église
arménienne, ceux qui le suivent, et le troupeau de ses fidèles. Il n’est pas
le patriarche suprême. Ce n’est qu’un traître qui a trahi Jésus-Christ ».
De nouvelles élections sont
programmées en Arménie à la fin du printemps, et les partis pro-russes
chercheront à prendre leur revanche sur l’européiste Pashinyan. Mais
l’avenir de l’Église arménienne, elle aussi profondément divisée, sera lié
aux résultats des élections.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.)20.01.2026
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