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L'Église est la présence réelle et permanente du Christ dans l'histoire
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Le 19 juillet 2026 -
E.S.M.
- Dans un entretien avec Nicolat Diat, le cardinal
Sarah nous livre une réflexion sur l'avenir de l'Eglise
qui nous conduit à une prise de conscience. L'Eglise est
la présence du Christ, son Corps mystique, vivant,
souffrant et glorieux tout ensemble. Sans Dieu, l'Eglise
meurt, elle n'est plus qu'un simulacre d'elle même.
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Le cardinal Sarah-
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L'Église est la présence réelle et permanente du Christ dans l'histoire
L'Église n'est rien sans Dieu
Nicolat Diat - Éminence, comment ce que l'on
nomme la « primauté de Dieu » peut-elle être mieux comprise et appréciée
dans l'Église ?
Cardinal Robert Sarah - II est fondamental que les fidèles prennent
conscience de la nature divine de l'Église et de la mission surnaturelle
qu'elle a reçue. L'Église n'est pas d'abord une institution humaine, une
construction historique ou sociale. Elle est un mystère, une réalité qui
nous dépasse, un organisme vivant façonné par Dieu lui-même pour rassembler
l'humanité dans sa communion.
Le concile Vatican II, dès les premiers mots de la
Constitution,
Lumen gentium le rappelle :
« L Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le
sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen d'union intime avec
Dieu et de l'unité de tout le genre humain, elle se propose de préciser
davantage, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à
l'enseignement des précédents conciles, sa propre nature et sa mission
universelle » (LG, n. 1).
Le Concile a senti l'urgence d'exprimer cette identité
profonde de l'Église non pour en offrir une
nouvelle définition, mais pour réaffirmer le mystère éternel.
L'Église est issue d'un dessein du Père qui, dès avant les
siècles, a choisi les siens pour les rendre « conformes à l'image de son
Fils, afin que celui-ci soit le premier-né d'une multitude de frères » (Rm
8, 29). À tous ceux qui croient en son Nom, Dieu a voulu offrir cette
communauté de salut qu'est l'Église, annoncée dès
l'origine, préparée dans l'histoire d'Israël, établie dans les derniers
temps, manifestée par l'effusion de l'Esprit à la Pentecôte et appelée à se
consommer dans la gloire. Ainsi, selon la foi constante des Pères, tous les
justes depuis Adam — « depuis Abel, les Justes, jusqu'au dernier élu » —
seront rassemblés dans cette Église universelle auprès du Père (cf. LG, n.
2).
Dans l'Église, tout procède de Dieu : son projet, son
initiative, son accomplissement. L'homme est appelé à entrer dans cette vie
divine, à vivre de Dieu, par Dieu et pour Dieu. Dès lors, comment comprendre
que, dans l'Église des débuts de l'année 2025, le discours dominant semblât
porter exclusivement sur le climat, l'écologie, les migrations, le dialogue
culturel ? Tous ces thèmes, certes importants dans l'ordre temporel,
deviennent problématiques lorsqu'ils écartent ou relèguent la centralité de
Dieu.
Le même texte conciliaire poursuit :
« Une fois achevée l'œuvre que le Père avait chargé son Fils
d'accomplir sur terre (cf. Jn 17, 4), le jour de la Pentecôte,
l'Esprit-Saint fut envoyé, qui devait sanctifier l'Église en permanence et
procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l'unique Esprit, l'accès
auprès du Père (cf. Ep 2, 18). C'est lui, l'Esprit de vie, la source d'eau
jaillissante pour la vie éternelle (cf. Jn 14, 4 ; 7, 38-39), par qui le
Père donne sa vie aux hommes que le péché avait fait mourir... » (LG, n. 4.)
Ainsi, il n'y a pas d'Église sans Dieu. L'Église ne subsiste,
ne vit, ne rayonne que parce qu'elle est habitée, nourrie, sanctifiée et
conduite par la Trinité sainte. L'Esprit-Saint l'anime, la dirige,
l'illumine ; il l'orne de ses dons et la prépare à l'union parfaite avec son
Époux. L'Église est fondamentalement œuvre divine, et
non invention humaine.
Toute tentative pour modeler l'Église à
l'aune de contingences historiques ou culturelles, en oubliant sa nature
divine, est vouée à l'échec. L'Église possède une structure
permanente : elle vient de Dieu, vit en Dieu, retourne à Dieu.
On a parlé de « l'Église de Vatican II », de «
l'Église de Pie X », de « l'Église de Paul VI » ou de « l'Église du pape
François ». Mais, comme le dit justement
Henri de
Lubac, il s'agit là d'un abus de langage.
Dans Autres paradoxes, il écrit : « C'est une façon d'accuser les
discontinuités, de les exagérer, voire d'imaginer des ruptures, de majorer
les traits contingents, secondaires, au détriment de l'essentiel qui
demeure. C'est oublier que les conciles et les papes, dans l'exercice même
de leur autorité, ne sont que les serviteurs de la tradition chrétienne.
Aucun concile, aucun pape ne peut inventer son Église. Je ne connais
qu'une Église, l'Église de toujours, l'Église de Jésus-Christ, l'Église des
Apôtres, dont l'histoire est, certes, très mouvementée, mais qui ne se
renouvelle jamais que pour rester elle-même.(Henri de Lubac, Autres
paradoxes,
Éditions Culture et Vérité, 1994 »)
Certains affirment que Vatican II serait un point de départ.
Mais il ne saurait être un commencement absolu, comme si dix-neuf siècles de
foi et de tradition avaient été abolis. D'autres, de manière plus perfide,
prétendent que le Concile aurait opéré une révolution copernicienne en
définissant l'Église non plus comme hiérarchique, mais comme « peuple de
Dieu ». Lumen gentium
n'a jamais défini l'Église comme un simple
peuple humain. Cette lecture est infondée. Le Concile enseigne
d'abord que l'Église est un mystère, un sacrement du salut, une réalité
surnaturelle.
Si la notion de peuple de Dieu est bien présente, elle n'est
jamais conçue en termes sociologiques, ethniques ou politiques. Elle est, au
contraire, toujours insérée dans la logique du mystère du Corps du Christ.
Car l'Église n'est peuple de Dieu que dans la mesure où elle est Corps du
Fils unique, mystiquement uni à Lui, vivant de Lui, constitué par Lui. Cette
réalité, trop souvent oubliée, est au cœur de l'enseignement de saint Paul.
Il ne s'agit pas simplement d'une métaphore spirituelle, mais d'une vérité
ontologique : nous sommes les membres d'un corps vivant dont le Christ est
la tête.
Et lorsque l'Apôtre écrit : « Ce Corps du Christ qui est
l'Église » (Ep 1, 23), il ne pose pas d'abord une thèse ecclésiologique,
mais il proclame un mystère christologique et sotériologique. L'Église n'est
rien d'autre qu'une présence réelle et permanente du Christ dans l'histoire
: sa voix, ses mains, son œuvre, son Corps. Elle est par Lui, avec Lui et en
Lui, le lieu où se déploie la filiation divine, la louange trinitaire,
l'héritage éternel.
N. D. - Dès lors, l'Église n'est pas une œuvre humaine...
Cardinal R. S. - Elle est une création du
Saint-Esprit. Certes, elle est visible, incarnée, hiérarchique,
composée d'hommes et de femmes pécheurs. Mais son origine est divine, son
principe vital est surnaturel,
son âme est l'Esprit de Dieu. Elle est fondée sur les
Apôtres, mais édifiée par l'Esprit. Car, comme le dit le Seigneur dans son
discours après la Cène :
« Lorsque viendra le Consolateur, l'Esprit de Vérité, que je
vous enverrai d'auprès du Père, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi,
vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le
commencement » (Jn 15, 26-27).
Saint Pierre, au jour de la Pentecôte, pouvait proclamer : «
Nous sommes témoins de ces choses, nous et l'Esprit-Saint que Dieu a donné à
ceux qui lui obéissent » (Ac 5, 32).
Ainsi, dès l'Ascension, le Christ glorifié poursuit son œuvre
dans l'Église en envoyant à la fois son Esprit et ses Apôtres. Ce que
l'Esprit accomplit intérieurement, les Apôtres le réalisent extérieurement.
Et l'un et les autres bâtissent ensemble, dans l'unité, ce mystère qu'est
l'Église : peuple de Dieu, Corps du Christ, Épouse de l'Agneau (Yves M.-J.
Congar, Sainte Église, Éditions du Cerf, 1964).
N. D. - Avez-vous le sentiment d'une forme d'affadissement de la vie
ecclésiale ?
Cardinal R. S. — Si nous ne sommes pas fermement convaincus
que l'Église soit œuvre de Dieu et non fabrication humaine,
nous risquons d'aggraver encore la crise dans
laquelle nous sommes engagés. Nous ne rassurerons pas les âmes
troublées, les consciences blessées, les cœurs ébranlés par tant
d'ambiguïtés, de confusions, d'infidélités doctrinales.
Enseigner de façon floue, entretenir
des silences coupables, ignorer la tradition, c'est trahir les petits,
désespérer les croyants et blesser l'Église.
Les grandes lignes de la théologie, les fondements de la foi,
ne doivent pas s'effacer devant les modes passagères ou les opinions du
moment. Les jeunes prêtres ont droit à recevoir ce que nous avons reçu : un
enseignement fidèle, structuré, enraciné dans la tradition vivante. La
réforme véritable ne consiste pas à bouleverser les structures, mais à
entreprendre une conversion spirituelle.
Ce qu'il faut, c'est un retournement radical, à la manière de
saint Paul ou de saint Augustin : une vie entièrement irriguée par la Parole
de Dieu, édifiée sur trois piliers essentiels de l'existence chrétienne :
la Croix, l'Eucharistie, et la Vierge Marie, Cruxy hostia, et
Virgo. L'Église a besoin non d'être reconstruite, mais d'être purifiée.
Non d'être réformée, mais d'être sanctifiée. Comme le soulignait avec
justesse le professeur
Jean-Jacques von Allmen (traduire Wikipedia) dans Irénikon,
la formule conciliaire Ecclesia semper purificanda
« l'Église
devant toujours être
purifiée » est de
beaucoup supérieure à celle, plus récente et plus équivoque, d'Ecclesia
semper reformanda
« l'Église est toujours à
réformer ».
Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est une véritable
purification, une authentique conversion.
Car dans quel pays les hommes ne sont-ils pas pécheurs ?
Quelle nation n'est pas marquée par l'orgueil, la violence, le
mensonge, le rejet de la loi morale ? Ceux qui ont été souillés dans les
marécages d'une société corrompue doivent être relevés. Se convertir, c'est
se remettre en marche à l'appel de Dieu.
C'est obéir à cette parole que reçut Saul sur le chemin de Damas
: « Relève-toi, entre dans la ville, et l'on te dira ce que tu dois faire »
(Ac 9, 6). C'est consentir à une transformation intérieure pour retrouver
notre dignité en renouant avec notre Créateur.
Le péché n'est pas une abstraction. Il n'est pas une tache
mais la rupture d'une relation. Il est une offense faite à Dieu, une
blessure infligée à l'amour. Notre conversion est urgente. Il n'y aura de
réforme véritable que dans le renouvellement des cœurs.
N. D. - Le but ultime de l'Église n'est-il pas la communion ?
Cardinal R. S. - Sa mission propre est de rassembler,
d'unifier, de constituer une seule famille humaine autour de Dieu. Cette
œuvre d'unité est incessante, toujours à reprendre, toujours à approfondir.
Comme l'écrivait magnifiquement Henri de Lubac dans
Catholicisme :
« Arche unique du salut, l'Église doit abriter en sa vaste
nef toutes les diversités humaines. Unique salle du festin, les mets qu'elle
sert sont à disposition de toute la création. Robe Sans couture du Christ,
elle est aussi la robe de Joseph, aux couleurs bariolées. Lieu de concorde
indissoluble et de parfaite cohésion, l'Église
veut nouer une gerbe abondante et drue. Elle sait que la multiplicité des
coutumes qu'elle consacre confirme l'unanimité de sa foi, que cette
catholicité visible est l'expression normale de sa richesse intérieure, et
que sa beauté resplendit dans la variété. Rien de vraiment humain, d'où
qu'il vienne, ne lui doit rester étranger. Le patrimoine de tous les peuples
est sa dot inaliénable. »
Enseignant partout et sans relâche à l'homme son devoir,
l'Église accomplit par là même le désir le plus profond de l'humanité :
vivre de Dieu, trouver le sens, atteindre la plénitude. Tout recueillir pour
tout sanctifier : telle est sa mission.
Et c'est pourquoi, en toute vérité, elle peut revendiquer
pour sien tout ce qu'il y a d'authentiquement noble, bon et juste dans les
civilisations. Comme le disait saint Paul aux Philippiens :
« Tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur,
d'aimable, d'honorable, tout ce qu'il peut y avoir de bon dans la vertu et
la louange humaine, voilà ce qui doit vous préoccuper » (Ph 4, 8).
En nous donnant la foi, Dieu nous introduit dans une vie
nouvelle, engendrée d'en haut, nourrie de l'intérieur, animée par un
sacerdoce qui vient de Jésus lui-même. Cette vie, nous la recevons dans la
communion de l'Église, victorieuse de toute division. Car, comme le rappelle
saint Jean dans sa première épître :
« Cette vie, nous vous l'annonçons afin que vous aussi vous
soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père
et avec son Fils Jésus-Christ » (1Jn 1, 2-3).
Mais - ajoute Henri de Lubac — pour que cette communion
s'accomplisse véritablement, il faut que toute diversité soit assumée dans
un mouvement vers l'unité. C'est l'œuvre de l'Esprit-Saint, telle qu'elle se
manifesta à la Pentecôte. Saint Irénée
Saint Irénée le rappelle avec puissance :
« Tous alors, dans l'accord de toutes les langues, ils
chantaient une hymne à Dieu, l'Esprit ramenant à
l'unité les races éloignées, et offrant au Père les prémices de
toutes les nations »
(Adversus
Haereses, I, 3,C17).
Il ne s'agit donc pas d'un simple désir d'unité, mais bien
d'une réalité déjà donnée, que les premiers chrétiens cherchaient à
préserver. Cette tunique sans couture du Christ — que saint Cyprien
interprétait comme le symbole de l'unité ecclésiale — demeure l'image de
cette fidélité fondamentale à laquelle tout chrétien est appelé.
Saint Ignace d'Antioche
exhortait déjà tous les membres du Corps du Christ «
à demeurer dans cette unité immaculée
» pour pouvoir participer à Dieu lui-même.
Or, aujourd'hui, ce dynamisme d'unité
est menacé. Il arrive que certaines Églises locales s'éloignent de ce
centre vital, et qu'elles ne méritent plus alors pleinement le nom d'«
Église ». Car elles se détournent de l'unité en s'attachant à leur
particularité : ethnique, culturelle, idéologique ou nationale.
On se préoccupe tant de refléter l'identité du groupe auquel
on appartient que l'on en vient à négliger, ou pis, à mépriser, le double
lien essentiel : celui, d'une part, de la tradition apostolique transmise à
travers les siècles, et celui, d'autre part, de la communion vivante entre
toutes les Églises particulières.
Alors, on exalte la différence plus que
l'unité, on se passionne pour la singularité locale plus que pour
l'universalité catholique. Il en résulte des divisions, des
cloisonnements, des heurts, des incompréhensions, des mépris et des schismes
larvés.
C'est ainsi que s'ouvre la voie aux confusions, aux pertes
doctrinales, à l'appauvrissement de l'héritage. Car - et il faut le redire —
qui se particularise s'appauvrit. Lorsque le mouvement centrifuge prend le
pas sur la dynamique d'unité, ce qui devrait être convergence devient
dissonance, et ce qui devrait être harmonie se mue en divergence.
Comme avertissait déjà
Paul VI dans son homélie du Jeudi saint, le 3 avril 1969 : « Le
sens ecclésial est relâché. » Et parfois, même, ce relâchement est justifié
par une théorie : on prétend que la diversité est un
absolu, que l'unité est suspecte, qu'il faut désormais s'inventer une Église
« à son image ».
C'est là, comme le montre Lubac avec lucidité, que le fait
légitime d'une diversité organique, voulue par Dieu,
devient un particularisme doctrinaire, un
enfermement, une déformation de la catholicité même.
L'Église, notre Mère et notre Maîtresse — Mater et Magistra
- est un mystère essentiellement surnaturel. Elle ne vient pas de ce
monde, bien qu'elle y soit présente. Elle est la présence du Christ, son
Corps mystique, vivant, souffrant et glorieux tout ensemble. Elle est
conduite par l'Esprit-Saint, selon une structure hiérarchique et
charismatique, dans laquelle chacun - pasteur, fidèle, consacré - reçoit une
mission propre pour l'édification du tout.
Sans Dieu, l'Église meurt. Sans Dieu,
l'Église n'est qu'un simulacre d'elle-même. Mais parce que
Jésus-Christ l'habite, la soutient, la nourrit, elle vit. Et sa mission
demeure : porter Dieu au monde.
►
Voici un texte qui ne souffre aucun commentaire. Il dit tout. Il dit Dieu
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Sources : Extraits de "2050"
- Entretien du cardinal Sarah avec Nicolas Diat
-
E.S.M
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas
un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 19.07.2026
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