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La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche de
Jérusalem
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Le 19 mai 2026 -
E.S.M.
- La dernière lettre pastorale du patriarche latin
de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa –
relayée dans le dernier article de Settimo Cielo –
a suscité beaucoup d’intérêt, non seulement parmi les
chrétiens mais également parmi les Juifs d’Israël et de
la diaspora. Ce qui va suivre est le commentaire de
Sergio Della Pergola.
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Sergio Della Pergola
La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche
de Jérusalem
Le 19 mail 2026 -
E.S.M. - (s.m.) La dernière
lettre
pastorale du patriarche latin de Jérusalem, le cardinal
Pierbattista Pizzaballa – relayée dans le
dernier article de Settimo Cielo – a suscité beaucoup d’intérêt,
non seulement parmi les chrétiens mais également parmi les Juifs
d’Israël et de la diaspora.
Ce qui va suivre est le commentaire
que nous a fait parvenir un Israélite parmi les plus éminents,
Sergio
Della Pergola (photo), professeur émérite à l’Hebrew University of Jérusalem
et chercheur de renommée mondiale en démographie et en sociologie du judaïsme.
Le professeur Della Pergola saisit pleinement et respecte le côté plus
biblique et théologique que géopolitique de la lettre du cardinal.
Il ne peut cependant pas s’empêcher de pointer du doigt, dans les dizaines de
pages que compte le texte, des jugements de nature politique, en particulier
quant à l’« événement » décisif qu’a été le massacre de civils juifs perpétré
par le Hamas le 7 octobre 2023.
Et ce sont précisément les deux lignes où Pizzaballa mentionne que ce
massacre, « pour les Palestiniens représente l’ultime étape dramatique d’une
longue histoire d’humiliations et d’exodes », qui font dire au professeur Della
Pergola que ce seul jugement fondamentalement erroné suffit à « fermer la porte
à toute possibilité de réflexion ou de dialogue commun futur entre catholiques
et Juifs sur le 7 octobre, sur l’avant et sur l’après ».
Les seules lueurs de dialogue – encore qu’elles soient incertaines – que le
professeur Della Pergola voit émerger chez Pizzaballa concernent tout au plus la
partie musulmane, et non les Juifs. Et en effet, le cardinal lui-même reconnaît,
dans un passage de sa lettre, une difficulté de compréhension notamment avec le
petit nombre de Juifs de confession catholique qui vivent en Israël, auxquels il
promet davantage de moments de rencontre pour briser leur « solitude » dans
« une Église qu’ils ne considèrent peut-être pas totalement comme la leur ».
Sans parler des différents courants qui divisent le judaïsme, dont certains
sont franchement hostiles aux chrétiens, parfois même violents, et totalement
fermés à toute forme de dialogue. Un dialogue dont le concile Vatican II a posé
les premières bases mais qui reste encore en grande partie
à construire.
* « Le cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre »
par Sergio Della Pergola
La lettre pastorale du cardinal Pierbattista Pizzaballa “Ils retournèrent
à Jérusalem dans une grande joie » suscite certaines réflexions, du point de vue
d’un Juif vivant en Israël.
Le cardinal Pizzaballa est actuellement le patriarche latin de Jérusalem
depuis novembre 2020, après avoir été administrateur apostolique de ce même
patriarcat entre 2016 et 2020 et custode de Terre sainte entre 2004 et 2016.
Auparavant, entre 1995 et 1999, il a été doctorant à l’Université de Jérusalem
et, depuis 1990 – depuis son ordination presbytérale – il a étudié la théologie
biblique au « Studium Biblicum Franciscanum » de Jérusalem. Le Cardinal vit donc
à Jérusalem depuis plus de 36 ans, il parle correctement l’hébreu (ainsi que
l’arabe) et il connaît comme personne la ville et la campagne environnante. Il
est sans doute l’observateur catholique le plus ancien et le plus compétent de
Jérusalem, d’Israël et de Palestine. En tant que membre du Sacré-Collège des
cardinaux depuis sa nomination par le pape François en 2023, c’est une
personnalité influente de l’Église catholique apostolique romaine. Personne
mieux que lui ne connaît ni n’est capable d’analyser les complexités du système
politique de l’État d’Israël, ainsi que de la diaspora juive qui – qu’on le
veuille ou non – est inextricablement impliquée dans les décisions et les
dilemmes de l’État. C’est sur ces prémisses que se fondent les attentes des
lecteurs.
Un document tel que la lettre pastorale du patriarche de Terre sainte, aussi
détaillé, fin et analytique, se démarque des documents diocésains destinés aux
quelques milliers de fidèles de catholiques sur les 15 millions d’habitants que
compte le territoire d’Israël et de Palestine (auxquels s’ajoutent 11,5 millions
d’habitants en Jordanie et 1,5 million à Chypre) faisant l’objet de l’activité
diocésaine du cardinal Pizzaballa. Il semble nettement plus plausible qu’il
s’agisse en revanche d’une synthèse des impressions et des réflexions mûries au
cours de plus de 35 ans d’activité pastorale, presque comme s’il s’agissait de
laisser un testament ou un programme. « L’objectif – peut-on y lire – est
d’aider chacun à s’interroger sur la manière de vivre aujourd’hui la foi
chrétienne sur cette terre à la lumière de l’Évangile ».
Ce document est explicitement un guide spirituel et non une analyse
géopolitique. On ne peut cependant s’empêcher de se demander jusqu’à quel point
ces deux dimensions peuvent rester déconnectées et jusqu’où on peut se
désintéresser de la réalité concrète pour que le document conserve sa
pertinence. La réalité, c’est que l’Église catholique – pour laisser un instant
de côté la Jordanie et Chypre – œuvre dans l’État d’Israël, qui compte une
majorité de Juifs, et en Cisjordanie et à Gaza, où vit une majorité d’Arabes
musulmans. Les conditions juridiques, institutionnelles et politiques de ces
endroits varient mais déterminent cependant la capacité d’action de l’Église et
le destin des catholiques de la région.
En lisant ce document, on a l’impression que Jérusalem serait l’endroit le
plus important du monde pour la foi catholique, et on est en droit de se
demander quel est alors le rôle de Rome dans ce cas. Pourquoi Jérusalem
n’est-elle pas le siège central du catholicisme, avec la papauté et la Curie ?
Si les lieux essentiels du passé se trouvent à Jérusalem et que l’avenir
consiste à attendre que la nouvelle Jérusalem descende du ciel, alors pourquoi
la capitale spirituelle ne s’y trouve-t-elle pas ?
Il reste cependant clair que, comme dans la vision idéale qui nous est ici
présentée, aucune autorité terrestre séculière ne compte et que seule l’utopie
spirituelle préside à l’analyse et à la perspective des actions à mener. La
ville de Jérusalem est définie comme étant « nôtre », en prélude à la véritable
et définitive « polis », la Jérusalem céleste. Nulle trace dans cette lettre de
l’État d’Israël ou de l’Autorité palestinienne. Le document ignore complètement
ces entités sans même justifier la raison de leur omission. Dans le monde idéal
qui nous est présenté, elles n’existent tout simplement pas et n’ont pas voix au
chapitre, ou peut-être fait-il le choix politique d'être détaché du contexte
terrestre, alors qu’il s’agit pourtant de la seule réalité quotidienne.
Au début de la première partie de sa lettre, le cardinal affirme que « le
7 octobre 2023 et la guerre à Gaza ont représenté quelque chose de différent et
de bouleversant pour chacun des deux peuples de cette terre. » Dans l’ordre
suivant : « Pour les Palestiniens, cela représente l’ultime étape dramatique
d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes. Pour les Israéliens, en
revanche, quelque chose d’inédit : des violences qui ont fait revivre les
horreurs survenues en Europe il y a quatre-vingts ans. »
C’est ici que sa lettre me tombe des mains, quand il décrit de cette manière
des événements qui se sont déroulés dans un ordre dramatiquement inversé, et
avec des acteurs différents. Si le 7 octobre est bien un tournant historique
marquant la fin d’une époque, attention, il ne l’est pas pour les raisons
décrites par le cardinal. Pour les Juifs, le 7 octobre constitue une brève
réplique de la Shoah à quatre-vingts années de distance de la seule et véritable
Shoah : un massacre barbare et monstrueux de civils dans leurs propres maisons.
Mais pour les musulmans, il représente le choix d’une violence sans précédent
pour affirmer leur propriété absolue et exclusive du territoire, pour effacer
Israël et exiger un Califat islamique à la place. L’inversion de l’ordre des
facteurs et le travestissement des faits constitue un choix narratif important.
Puisqu’il existe plus de deux récits possibles, le choix ici de l’un exclut la
possibilité du second. Le choix du cardinal ferme la porte à toute possibilité
de réflexion ou de dialogue commun futur entre les catholiques et Juifs sur le
7 octobre, sur l’avant et l’après. » À moins qu’il ne vise, sans que nous le
sachions, à ouvrir ou à chercher à établir de nouvelles perspectives de dialogue
entre catholiques et musulmans.
Le 7 octobre est un point de l’histoire qu’on ne peut pas ignorer. Mais le
cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre. Avec pour résultat que la
lecture de toutes les pages suivantes du document est littéralement
décrédibilisée par cette monumentale erreur de parcours. Le 7 octobre est un
critère incommensurable et irréversible. En lisant les pages suivantes du
document, le lecteur sera inévitablement porté à chercher d’autres affirmations
d’intérêt politique dans un texte qui, comme nous l’avons déjà noté, se veut
éminemment théologique. Et peut-être en raison du soin particulier apporté
à leur recherche, ces positions politiques finiront en effet par s’inscrire
encore et toujours dans une seule et même direction : celle d’un récit
unilatéralement critique à charge d’Israël et aussi, en filigrane, à charge du
peuple juif. Il n’y a presque aucune référence, ni critique ni autre, adressée
au monde musulman, qui est pourtant clairement prédominant au Moyen-Orient, et
qui est également présent à l’intérieur du périmètre diocésain de
Chypre-Israël-Palestine-Jordanie.
On retrouvera donc la position critique relative à la discrimination et à la
persécution dont on suppose que les Palestiniens font l’objet de la part
d’Israël, sans la moindre mention du phénomène du terrorisme et des mouvements
islamistes subversifs qui, par ailleurs, ne respectent même pas l’ordre établi
par une partie des autorités des pays arabes. Pas la moindre allusion non plus
à la persécution des communautés chrétiennes. Les peurs exprimées en d’autres
occasions par ce même cardinal Pizzaballa envers les revendications des
extrémistes islamistes sont ici ignorées. On trouve en revanche une petite
insinuation, dans la nouvelle veine de la critique de la technologie, avec
l’affirmation selon laquelle des gens sont morts à la guerre par décision d’un
algorithme. Mais avec la même logique, on pourrait dire que la vie de nombreuses
personnes a été épargnée par la décision d’un algorithme.
En résumé, Israël est identifié à l’oppression, à la discrimination,
à l’appropriation matérialiste, et comme le détenteur presque illégitime d’un
bien universel, Jérusalem, censé être partagé avec toute l’humanité. Mais
pourquoi, dans ce cas, ne pas imaginer un partage de la Cité du Vatican avec les
Juifs et les musulmans ?
On ne trouve nulle part mention du fait que sous le régime israélien, les
communautés chrétiennes ont pu se développer numériquement alors que sous le
régime palestinien, elles ont été largement réduites. Dans les territoires
palestiniens, les villes historiquement à majorité chrétienne – légalement
censés être dirigés par un maire chrétien – hébergent aujourd’hui une majorité
musulmane.
Sur le plan du dialogue interreligieux entre Juifs et chrétiens, aucun point
de débat n’émerge, aucun point d’appui à partir duquel on pourrait développer
une conversation possible sur des thématiques partagées. La partie juive est
tout simplement ignorée. Jérusalem est bien une ville à partager, face à toutes
les revendications opposées des Israéliens et des Palestiniens. La petite et
vulnérable communauté chrétienne ne dispose d’aucun pouvoir militaire ni
économique, mais elle finira par hériter de la terre. Le fait que quelqu’un
d’autre puisse entretenir des idéaux d’héritage spirituel portant sur la même
terre – et la manière de rendre ces deux idéaux compatibles – n’est même pas
pris en considération. Il n’y a plus de frères aînés.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 19.05.2026
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