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Troisième dimanche de Pâques : Reste avec nous, Seigneur, ne nous abandonne
pas
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Le 18 avril 2026 -
E.S.M.
- Dans le livre "Le Seigneur nous tend la main:
homélies inédites de Benoît XVI", nous partageons
l'homélie inédit du Saint-Père pour ce 3ème dimanche
après Pâques. « Reste avec nous, Seigneur,
ne nous abandonne pas ! »
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Le pape Benoît XVI -
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Troisième dimanche de Pâques : Reste avec nous, Seigneur, ne nous abandonne
pas
Emmaùs : toujours le Vendredi saint et toujours Pâques
Troisième dimanche de Pâques (Année A) 4 mai 2014, chapelle privée,
monastère Mater Ecclesiae
Lectures : Ac 2, l4.22b-23; PS 15; 1P 1,17-21; Lc 24,13-35
Chers frères et sœurs,
II y a deux ans, lors d'une visite pastorale à Cuba, un évêque
cubain m'a dit: « Nous, chrétiens de ce pays, et beaucoup d'autres
Latino-Américains, n'avons pas encore atteint Pâques; nous nous
sommes arrêtés au Vendredi saint. »
Ces paroles me sont revenues à l'esprit hier, en méditant sur cet
Evangile, où l'on rencontre deux hommes qui, bien que ce soit le
dimanche de Pâques, sont encore dans le Vendredi saint. Ils ont
perçu quelque chose du tombeau vide, de la présence des anges, mais
ils sont restés dans le Vendredi saint : le Christ est encore mort,
le monde est vide, la rédemption n'est pas encore advenue. Ils ne
sont pas si exceptionnels; ils sont des représentants quasi
permanents de toute l'humanité. On peut dire que les paroles de
l'évêque cubain s'appliquent à une grande partie du monde : nous
sommes encore au Vendredi saint.
C'est un exemple concret, car aujourd'hui encore, le Christ est
battu, moqué, torturé. Aujourd'hui encore, Ecce homo! Aujourd'hui
encore, le Christ est dans le monde comme un homme impuissant, et la
foi semble vaine. Il n'y a pas de Pâques, nous sommes encore au
Vendredi saint. Et si l'on pense à toutes les dictatures du passé, à
leur pouvoir immense contre Dieu, alors que Dieu paraissait absent:
c'étaient des Vendredis saints pour tous les martyrs, pour tous les
croyants.
Aujourd'hui encore, bien que dans une situation très différente,
nous avons ces nouvelles formes de science qui nous donnent le
pouvoir de créer l'homme et de le détruire, de le traiter comme
notre propre produit. Il n'y a plus de « créatures », Dieu n'est
plus visible, il semble absurde de croire en la résurrection, au
Fils de Dieu fait homme, crucifié et ressuscité.
En réalité, l'image centrale de la foi est le crucifix. C'est
toujours le Vendredi saint, car nous vivons toujours par la croix du
Seigneur, et le Crucifié se tient toujours les bras ouverts devant
le Père, priant pour nous. C'est pourquoi saint Paul définit la
célébration eucharistique en disant : « Quand vous célébrez ces
mystères, vous proclamez la mort du Seigneur. Or, nous n'adorons pas
un mort et nous ne prêchons pas un mort, mais le Crucifié qui est
vivant. »
Cela signifie : oui, dans l'Eglise, c'est toujours le Vendredi
saint, mais c'est aussi toujours Pâques, car ces deux réalités sont
indissociables ! Dans l'histoire humaine, il n'y a pas de Pâques
sans la présence permanente du Vendredi saint; mais ce n'est pas
seulement le Vendredi saint, c'est aussi et toujours véritablement
Pâques: les deux réalités sont unies, et c'est l'essence même du
christianisme. Nous cheminons toujours avec le Seigneur, sans avoir
vu le Ressuscité, car nous sommes incapables de le connaître, et
pourtant il marche avec nous, ouvrant notre cœur afin que nos yeux
s'ouvrent aussi. Ainsi, ce chemin d'Emmaùs interprète toute
l'histoire de l'Eglise: c'est toujours le Vendredi saint, et
toujours, en même temps, c'est déjà Pâques.
Songez, par exemple, à la disparition des grands totalitarismes qui
semblaient invincibles - le nazisme et le communisme — tandis que le
Christ continue de vivre. Je pense au fait que, du Vietnam, où le
Christ était totalement exclu, le chef de l'État et le dirigeant du
Parti sont venus me voir et m'ont dit comprendre que l'Église du
Christ était un facteur important dans la construction de leur
société22. Le Christ est vivant! Songez que le palais de l'empereur
Dioclétien, grand persécuteur des chrétiens, est devenu plus tard la
cathédrale de l'Église catholique23.
Et Christ triomphe, mais il triomphe toujours par la croix; même si
toutes les grandes forces du mal disparaissent, le Vendredi saint
demeure, et c'est ainsi que Pâques demeure. Je pense, par exemple, à
une petite histoire que m'a racontée le cardinal Van Thuan24, grand
confesseur, qui vivait en terrible captivité, isolé dans une cellule
pas plus grande qu'un placard, dans l'obscurité la plus totale, sans
aucun contact, complètement coupé du monde. Dans cette grande
absence de Dieu, en ce Vendredi saint si particulier, il parvint —
chose incroyable ! — à avoir quelques gouttes de vin, quelques
miettes de pain, et ainsi, de la manière la plus simple et la plus
grandiose, il célébra l'eucharistie et toucha le Ressuscité au
milieu de la nuit, faisant l'expérience que le Crucifié était
véritablement ressuscité.
Voilà ce que nous devons apprendre de l'Évangile d'aujourd'hui.
Notre conception du Dieu rédempteur serait celle d'un Dieu semblable
à l'empereur Auguste, exerçant son pouvoir sur le monde, instaurant
la justice et unifiant tous les peuples... Mais ce n'est pas ainsi
que Dieu agit ! Dieu agit à sa manière, et sa manière n'est pas
celle du pouvoir temporel, militaire, économique ou financier. Sa
puissance est l'amour du don de soi, et c'est la croix. Le Christ,
témoin de Dieu, agit divinement, et la puissance divine n'est pas
celle de ce monde, mais l'amour du don de soi. Et c'est précisément
dans ce don radical de soi, dans ce renoncement à tout pouvoir
temporel, que Dieu, la vraie divinité, se révèle: c'est précisément
ainsi, en se donnant lui-même, qu'il vit et nous visite.
Nous ne pouvons comprendre cette autre manière d'agir, de vivre, de
conquérir Dieu. Nous sommes toujours au début, et nous disons
toujours: « Mais que s'est-il passé? Nous espérions qu'il soit le
Sauveur du monde, et maintenant nous voyons combien il est faible !
» Pensons à tous les scandales, à tout ce qui arrive pour nier la
victoire du Christ... Pourtant, c'est précisément dans l'humilité du
don de soi, de l'oubli de soi, dans le mystère du grain de blé qui
se donne, meurt et porte ainsi du fruit (cf. Jn 12,24), que nous
voyons comment Dieu agit, nous voyons le véritable chemin de
l'action divine, qui, de cette manière même, nous transforme et nous
renouvelle. Jésus marche avec nous comme il a marché avec les
disciples d'Emmaùs. La liturgie de l'Église est cette marche avec le
Seigneur, qui ouvre nos cœurs et nous aide à le connaître ; alors
que nous sommes incapables de le connaître, il ouvre notre cœur.
Nous savons que, jusqu'à Jésus, la lecture de l'Écriture sainte, de
l'Ancien Testament, ne voyait que le Messie triomphant, et Jésus ne
l'était pas. Il dit : « Que vous êtes lents à comprendre, à ne pas
voir comment le Christ souffrant a été proclamé, le Dieu qui n'a
aucun pouvoir terrestre, mais qui se donne lui-même par amour et
qui, de ce fait, est plus fort que toutes les puissances de ce monde
! » Ce fut une révolution dans la lecture des Ecritures, car nous
avons commencé à en saisir le sens véritable : « Oui ! Elles parlent
précisément de cela, du Christ crucifié et ressuscité. » Nous devons
sans cesse redécouvrir ce mystère dans les Ecritures, dans la vie,
dans l'histoire. Le Seigneur attend de nous cette attention dans
notre marche, dans notre écoute, en ne nous laissant pas séduire par
les apparences ; il nous demande le courage d'avancer, de ne pas
renoncer à le chercher.
l'Evangile dit que les deux disciples d'Emmaüs cherchaient; c'est
essentiel. Ne laissons pas la vie sombrer dans la banalité; marchons
avec Jésus, écoutons-le dans la liturgie, dans le dialogue de la foi
et, finalement, dans le geste d'amour. Jésus semble partir. Seul
l'amour le retient et ouvre enfin la porte à la vision.
« Reste avec nous! » disent-ils; ils l'accueillent comme leur hôte,
et après le dialogue de la foi, le geste d'amour leur ouvre les yeux
et ils le reconnaissent.
Disons, nous aussi: «Reste avec nous, Seigneur!» Nous ne le laissons
pas partir. Allons avec le Seigneur, cherchant le dialogue de la
foi, de l'espérance, le geste de la charité. En offrant aux autres
notre amour, notre foi en quête, nos cœurs et nos yeux ouverts, nous
pouvons voir : oui, c'est lui ! Il a vaincu, et comme il a été
crucifié, il est ressuscité et nous donne la vie, et ainsi il nous
enseigne comment vivre pleinement. Ce n'est pas un triomphe, mais
c'est précisément dans la patience des souffrances de ce monde que
nous sommes bénis, car nous sommes proches du Seigneur.
« Reste avec nous, Seigneur, ne nous abandonne pas ! » Amen !
22. Le président du Vietnam, Nguyên Minh Triët, a rendu visite à
Benoît XVI à Rome le 12 décembre 2009 ; le Premier ministre Nguyen
Tan Dung, le 25 janvier 2007.
23. La cathédrale de Split est située dans l'ancien mausolée de
l'empereur Dioclétien, dans son palais de la ville croate.
24. Le cardinal François-Xavier Nguyen Van Thuan (1928-2002),
archevêque de Saigon, fut emprisonné pendant treize ans. Dix ans
après sa libération, Jean-Paul II le nomma président du Conseil
pontifical Justice et Paix à Rome. En 2017, il fut déclaré vénérable
par le pape François.
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Sources :Texte des écrits du Saint Père Benoit
XVI -
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 18.04.2026
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