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En Chine, nouvel échec pour l’Église de Rome. Et pourtant, elle fait l’éloge
de ceux qui l’humilient
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Le 16 décembre 2025 -
E.S.M.
- Concernant la Chine, le pape Léon a déclaré qu’il
n’était pas pressé. À court terme, il a précisé qu’il
s’en tiendrait à l’accord secret entre Rome et Pékin en
vigueur depuis 2018 et qu’à plus longue échéance, il
prendra une décision après avoir écouté toutes les
parties. Mais pendant ce temps, le régime
de Pékin redouble de brutalité pour humilier l’Église.
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François Li Jianlin -
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En Chine, nouvel échec pour l’Église de Rome. Et pourtant, elle fait
l’éloge de ceux qui l’humilient
Le 16 décembre 2025 -
E.S.M. -
Concernant la Chine, le pape Léon
a déclaré qu’il n’était pas pressé. À court terme, il a précisé qu’il
s’en tiendrait à l’accord secret entre Rome et Pékin en vigueur depuis 2018
et qu’à plus longue échéance, il prendra une décision après avoir écouté
toutes les parties, y compris « les catholiques chinois qui, pendant de
nombreuses années, ont vécu une sorte d’oppression ou des difficultés
à vivre leur foi librement sans devoir choisir un camp ».
Mais pendant ce
temps, le régime de Pékin redouble de brutalité pour humilier l’Église. Et
Rome subit. Elle va même jusqu’à rendre hommage à ses persécuteurs dans des
déclarations exagérées.
C’est ce qui s’est passé lors de la dernière nomination d’un évêque
chinois, rendue publique le 5 décembre. Il s’agit d’une copie conforme de la
précédente, celle qui avait fait titrer
Settimo Cielo : « Première gifle de la Chine au pape Léon. Qui encaisse
en silence ».
Ce deuxième affront trouve aussi son origine dans l’interrègne entre la
mort du pape François et l’élection de Léon. Fin avril, la rumeur circulait
que les autorités chinoises avaient fait « élire » par des assemblées
à leurs ordres deux évêques pour deux sièges importants.
En vertu de l’accord, c’est au nouveau pape d‘approuver ou non ces
nominations. Et de fait, le 15 octobre, un
communiqué du Saint-Siège confirmait que la première avait bien été
acceptée : il s’agissait du nouvel évêque auxiliaire de Shanghai, Ignace Wu
Jianlin — dans un diocèse qui comptait déjà deux auxiliaires, mais mis au
ban par le régime, ce qui leur avait valu des punitions sévères : le
premier, Joseph Xing Wenzi, contraint à se retirer depuis longtemps et le
second, Thaddée Ma Daqin, aux arrêts depuis treize ans d’affilée.
Quant à la seconde nomination, le silence a été rompu le 5 décembre. Avec
la précision, dans le
communiqué du Vatican, que Léon l’avait approuvée le 11 août — le jour
même où il avait signé la nomination de l’évêque auxiliaire de Shanghai.
Dans le même temps, comme toujours, l’agence officielle de l’Église
chinoise asservie au régime publiait son propre
communiqué — sans même mentionner le pape Léon, seul habilité à nommer
les évêques — et antidatant avant la date fatidique du 30 avril, donc avant
le conclave, l’« élection » de ce nouvel évêque.
Ce dernier s’appelle François Li Jianlin, il a 51 ans et a été ordonné le
5 décembre (voir photo) par l’évêque de Pékin Joseph Li Shan — également
président de l’Association patriotique catholique chinoise et vice-président
de la Conférence épiscopale chinoise non reconnue par Rome — et par d’autres
évêques fidèles au régime. Il est désormais à la tête du diocèse (ou plutôt
de la préfecture apostolique) de Xinxiang. Or, cette préfecture avait déjà
un évêque depuis 1992 : Joseph Zhang Weizhu, 67 ans — l’un des quelque vingt
évêques, sur une centaine, à ne pas être reconnus officiellement par Pékin,
car refusant de se soumettre à ses diktats.
Mais le communiqué du Vatican du 5 décembre a déclaré que la question
était réglée, affirmant que le pape avait également « accepté la
renonciation au gouvernement pastoral » présentée par Mgr Zhang.
Le 6 décembre, une
déclaration du directeur de la salle de presse du Vatican annonçait
« avec satisfaction » que l’évêque déchu avait été « reconnu civilement ».
Avec cette précision redondante : « Ce geste est le fruit du dialogue
entre le Saint-Siège et les autorités chinoises et représente une nouvelle
étape importante dans le chemin de communion de cette circonscription
ecclésiastique. »
Or, en lisant le
communiqué chinois parallèle, on apprend que, lors de la cérémonie
semi-secrète de sa soi-disant « mise à la retraite » — sans mention
explicite de quelque reconnaissance officielle que ce soit — Zhang aurait
« prononcé un discours pour exprimer la nécessité d’adhérer au patriotisme
et à l’amour de la religion, de respecter le principe des Églises
indépendantes et autonomes, de suivre l’orientation de la sinisation du
catholicisme dans le pays, et de contribuer à la construction d’un pays
socialiste moderne ainsi qu’à la grande renaissance de la nation chinoise ».
Un
autodafé, identique à ce qu’on a fait dire à un autre évêque mis à la
« retraite » forcée : Augustin Cui Tai, du diocèse supprimé de Xuanhua,
malgré le caractère invraisemblable d’un tel acte de soumission de la part
de deux évêques qui ont toujours témoigné avec héroïsme de leur foi, au prix
d’arrestations
et de persécutions incessantes.
Et ce jusqu’à la fin. Il suffit de préciser qu’on a interdit à l’évêque
évincé d’assister à l’ordination de son successeur ou même de rencontrer sa
famille.
Le curriculum du nouvel évêque de Xinxiang est très différent. Le 8 avril
2018, alors qu’il occupait la fonction de secrétaire de la Commission pour
les affaires de l’Église de la province du Henan, il a signé une
ordonnance interdisant à tous les enfants et jeunes de moins de 18 ans
d’entrer dans les églises pour assister à la messe, et interdisant aux
prêtres d’organiser toute activité de formation religieuse pour les enfants
et jeunes, sous peine d’arrestation des prêtres et de la fermeture des
églises.
On ne s’étonnera donc pas que, dans un article de l’agence Asia News de
l’Institut Pontifical des Missions Étrangères — qui paraît et qui est lu
également en langue chinoise —, rapportant la réflexion émouvante d’un
prêtre « souterrain » de la diocèse de Xinxiang, on peut lire que la
nomination du nouvel évêque et le limogeage de son prédécesseur « ouvrent de
nouvelles blessures au lieu de les refermer ».
Le texte intégral de cette réflexion — que beaucoup espèrent parvenir au
pape — figure dans cette édition du 6 décembre d’Asia News :
> Xinxiang : il vescovo Zhang e gli altri cattolici ridotti al silenzio
En voici un extrait : Comme un agneau conduit à l’abattoir
(par un prêtre de la communauté « souterraine » de Chine)
Quel que soit le récit officiel, il est un fait qui ne peut être effacé :
avant cette ordination, la préfecture apostolique de Xinxiang avait déjà un
évêque légitime nommé par le Saint-Siège en la personne de Mgr Zhang Weizhu.
Après des années de surveillance, de restrictions et d’isolement, sans
jamais se plaindre publiquement, il a finalement été incité à présenter sa
démission. Et le jour où un nouvel évêque est ordonné, lui, le pasteur du
diocèse, n’a même pas pu franchir le seuil de l’église. Il a été exclu de
manière totale, silencieuse, presque chirurgicale, telle une ombre que l’on
voudrait effacer du temps.
Mais l’histoire et la mémoire de l’Église ne l’oublieront pas. Il
apparaît vraiment comme « un agneau conduit à l’abattoir », silencieux,
doux, obéissant sous la croix. S’il y a en cela une victoire du monde, la
victoire du Royaume revient au témoignage de Mgr Zhang.
Ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’Église, soumise à un
système de contrôle strict, se trouve contrainte au silence,
à l’humiliation, à la souffrance.
Pourtant, nous continuons à croire que ce n’est pas le pouvoir qui
soutient l’Église, mais bien la foi ; que ce n’est pas la volonté humaine
qui fait un évêque, mais un don de l’Esprit ; que la véritable histoire ne
s’écrit pas dans les communiqués, mais dans le témoignage ; que les oubliés,
les exclus, les silencieux sont souvent les signes les plus profonds de la
présence de Dieu dans l’histoire.
Aujourd’hui, un nouveau chapitre semble s’ouvrir à Xinxiang, mais de
nombreuses blessures restent ouvertes et bien des questions demeurent sans
réponse. Peut-être la seule voie est-elle celle-ci : aller vers la croix,
vers la vérité, vers Celui qui voit ce que les hommes ignorent et qui ne
raye jamais personne de son cœur.
Ce que vit Xinxiang n’est pas seulement une question religieuse ou
politique, mais une manifestation des tensions et des épreuves de notre
temps. Et pourtant, nous croyons que Dieu agit dans les silences de
l’histoire, qu’il se manifeste dans les oubliés, qu’il plante des graines de
résurrection précisément dans les endroits les plus obscurs.
Puisse le nouvel évêque être le gardien de ces graines. Que la croix de
Zhang se fasse lumière pour le diocèse. Que tous ceux qui ont été exclus,
réduits au silence et oubliés sachent que, pour Dieu, personne n’est un
« vide ».
Nous ne savons pas ce que l’avenir réserve mais nous savons une chose :
Dieu n’abandonnera pas son Église.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 16.12.2025
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