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Léon l’Africain. Ce que peu savent sur son étape au Cameroun
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Le 14 avril 2026 -
E.S.M.
- Au cours de son voyage en Afrique, le pape Léon
se prépare à faire étape au Cameroun, un pays ravagé par
une guerre dont les médias du monde entier ne parlent
pas beaucoup. Et même c’est sans doute pour cette raison
que le Pape a voulu s’y rendre, avec une escale, jeudi
16 avril en plein épicentre du conflit, à Bamenda,
chef-lieu de la région du Nord-Ouest du Cameroun, où il
organisera une « rencontre pour paix » avec les
communautés locales.
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Léon l’Africain. Ce que peu savent sur son étape au Cameroun
Le 14 avril 2026 -
E.S.M. - Au cours de son
voyage en Afrique, le pape Léon se prépare à faire étape au
Cameroun, un pays ravagé par une guerre dont les médias du monde
entier ne parlent pas beaucoup. Et même c’est sans doute pour cette
raison que le Pape a voulu s’y rendre, avec une escale, jeudi 16
avril en plein épicentre du conflit, à Bamenda, chef-lieu de la
région du Nord-Ouest du Cameroun, où il organisera une « rencontre
pour paix » avec les communautés locales.
La région du Nord-Ouest,
ainsi que la région limitrophe du Sud-Ouest, qui donne sur l’océan Atlantique,
toutes deux frontalières avec le Nigéria, est le théâtre d’une guerre civile qui
fait rage depuis octobre 2016, menée par des séparatistes voulant faire
sécession du Cameroun pour former un nouvel État d’ « Ambazonie » (du nom de la
baie d’Ambas, sur l’océan), qui a proclamé son indépendance en 2017, jusqu’ici
sans la moindre reconnaissance de la communauté internationale.
Mais d’autres régions du Cameroun sont également la cible de raids armés,
comme les régions plus au Nord, entre le Nigéria et le Tchad, où le terrorisme
Jihadiste fait rage, et où des guérilleros de Boko Haram et de l’État Islamique
de la Province d’Afrique Occidentale (ISWAP) attaquent fréquemment des
villages, des églises, des écoles, perpétrant des massacres et des enlèvements
dont les chrétiens sont les premières victimes, dans un pays où 60% de la
population est chrétienne et 20% musulmane.
Si ce terrorisme djihadiste frappe également d’autres pays du Sahel tels que
le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ainsi que le Nigéria et le Tchad, la
guerre civile qui fait rage depuis 2016 est en revanche spécifique au Cameroun.
Elle a principalement deux causes, une cause immédiate et une autre plus
lointaine, remontant à la période coloniale, toutes deux expliquées en détail
par le jésuite kenyan Mathew Bomki dans le dernier numéro de « La
Civiltà Cattolica ».
Entre la fin du XIXe siècle et la première guerre mondiale, le « Kamerun »
était un protectorat allemand, avant d’être transféré à la France par la Société
des Nations, ainsi que pour une plus petite partie, soit un cinquième de son
territoire, à la Grande-Bretagne.
Le Cameroun français a obtenu son indépendance en 1960 et, le 11 février de
l’année suivante, un plébiscite a été organisé sous l’égide des Nations Unies au
Cameroun britannique, afin de permettre aux Camerounais anglophones de choisir
entre l’adhésion au Nigéria voisin ou bien à la toute nouvelle République du
Cameroun francophone.
La troisième option, celle de l’indépendance, fut exclue du référendum alors
qu’aux dires des évêques locaux, elle était bien la plus populaire des trois.
En fin de compte, le plébiscite de 1961 vit la partie Nord du Cameroun
britannique voter pour l’adhésion au Nigéria tandis que la partie Sud choisit de
s’unir au Cameroun, qui avait à l’époque une structure fédérale mais qui allait
ensuite, sous la pression du gouvernement central, progressivement se
restructurer de manière unitaire, au détriment de l’autonomie de la zone
anglophone.
Le 28 décembre 2016, les évêques de cette région ont envoyé un
Mémorandum au président Paul Biya, aujourd’hui âgé de 93 ans et aux
commandes du pays depuis 1982 sans interruption :
« Les Camerounais anglophones sont étranglés à petit feu, parce que chaque
élément de leur culture est systématiquement pris pour cible et absorbé dans la
culture et la manière de faire propre au Cameroun francophone. Qu’il s’agisse de
la langue, du système d’enseignement, de l’administration ou de gouvernement –
dans lequel les structures de représentation démocratiques en pratique
contournées par l’intervention de fonctionnaires nommés par l’autorité
centrale — ou encore du système judiciaire. »
Au moment où les évêques rédigeaient ce Mémorandum, les avocats, les
enseignants et les étudiants des régions anglophones venaient de descendre
manifester pacifiquement dans la rue (voir photo © Teller Report) pour défendre
l’usage du « common law » dans les procès judiciaires ainsi que le système
scolaire de tradition anglo-saxonne. Mais le gouvernement central a violemment
réprimé ces manifestations. Et c’est ce qui a déclenché la guerre civile, avec
l’entrée en scène de groupes armés séparatistes, les « Amba boys », avec à la
clé des massacres et des enlèvements de la part des deux camps – dont les
tristement célèbres massacres de Kumba et Ngarbuh en 2020 – où les deux camps se
renvoient la balle en matière de responsabilité.
L’explosion de violence a causé un nombre important d’homicides, d’incendies
volontaires et de destructions de biens et de vies innocentes. Des villages
entiers ont été rasés au sol et de nombreuses écoles ravagées. Dans « La Civiltà
Cattolica », voici comment Mathew Bomki évalue les dommages causés par cette
guerre civile :
« Dans la partie anglophone du Cameroun, l’économie est à l’arrêt. Plus de
6000 Camerounais ont trouvé la mort dans le conflit, des centaines de milliers
ont fui les conflits et 80 000 d’entre eux ont trouvé refuge au Nigéria voisin.
Ces sept à huit dernières années, les écoles ont fonctionné de manière précaire,
quand elles ne sont pas restées fermées. Selon l’International Crisis Group,
l’instruction de plus de 600 000 élèves a été compromise par le conflit ».
Il faut encore ajouter à ce bilan environ 2000 prisonniers politiques et
l’afflux de réfugiés en provenance de la turbulente République Centrafricaine.
Et l’Église ? Voici ce que le pape François déclarait au terme de l’audience
générale du 28 octobre 2020, peu après le massacre de Kumba :
« Je m'unis à la douleur des familles des jeunes étudiants barbarement tués
samedi dernier à Kumba, au Cameroun. Un acte si cruel et insensé, qui a arraché
des enfants innocents à la vie alors qu'ils suivaient les leçons à l'école me
déconcerte totalement. Que Dieu illumine les cœurs, pour que des gestes
semblables ne soient plus jamais répétés et pour que les régions martyrisées du
Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays puissent finalement retrouver la paix ! Je
souhaite que les armes se taisent et que puissent être garanties la sécurité de
tous et le droit de chaque jeune à l'éducation et à l'avenir. J'exprime mon
affection aux familles, à la ville de Kumba et à tout le Cameroun et j'invoque
le réconfort que Dieu seul peut donner. »
Mais quelques jours plus tard, le 5 novembre, à quelques kilomètres de
Bamenda, un commando a séquestré une dizaine de personnes dont le chef d’une
tribu locale, Fon Sem Mbinglo II, ainsi que le cardinal camerounais Christian
Tumi (1930 – 2021), à l’époque archevêque émérite de Douala. Relâché le
lendemain, Mgr Tumi avait été jugé coupable par les uns de se battre pour la
population anglophone et par les autres de prendre parti pour le gouvernement
central et d’avoir soutenu en 2018 une « All Anglophone General Conference »
visant à promouvoir un apaisement par la négociation, une initiative qui s‘était
soldée par un échec.
Les enlèvements ont pris pour cible des prêtres et des missionnaires
catholiques à plusieurs reprises, dont dernièrement le curé John Berinyuy Tatah
et son vicaire, enlevés non loin de Bamenda le 15 novembre dernier et relâchés
le 2 décembre. Le pape Léon avait d’ailleurs tenu à se faire entendre pendant l’Angélus
du 23 novembre : « C’est avec une immense tristesse que j’ai appris la nouvelle
des enlèvements de prêtres, de fidèles et d’étudiants au Nigeria et au Cameroun.
Je ressens une grande douleur, surtout pour les nombreux jeunes gens et jeunes
filles séquestrés et pour leurs familles angoissées. Je lance un appel pressant
pour que les otages soient immédiatement libérés et j’exhorte les autorités
compétentes à prendre les décisions appropriées et opportunes pour assurer leur
libération. Prions pour nos frères et sœurs, et pour que les églises et les
écoles restent toujours et partout des lieux de sécurité et d’espérance »
On estime que sur la seule année 2023, les enlèvements auraient rapporté plus
de 7,8 millions de dollars de rançon.
En janvier 2021, peu après la mésaventure du cardinal Tumi, le pape François
avait envoyé au Cameroun le cardinal Pietro Parolin en
mission de pacification. Mais peine perdue. À l’annonce de son arrivée, les
sécessionistes ont même menacé de
représailles quiconque serait allé accueillir le Secrétaire d’État, accusé
lui aussi d’avoir pris parti pour le gouvernement.
Mais aujourd’hui, c’est le pape Léon en personne qui se rend au Cameroun en
messager de paix, en dépit des objections de ceux qui, à l’instar du jésuite
camerounais Ludovic Lado, docteur à Oxford en anthropologie sociale et
spécialiste en économie du développement, a déclaré à la revue « America » avoir
déconseillé au Vatican cette visite du pape Léon, à cause de la situation
politique chaotique dans lequel le pays est plongé et dans la crainte que sa
visite ne puisse être interprétée comme une caution morale aux autorités
politiques de Yaoundé.
Quoi qu’il en soit, l’aéroport de Bamenda, qui est fermé depuis six ans,
vient d’être rouvert pour l’arrivée du pape Léon et la ville a été rénovée de
fond en comble, comme l’a
déclaré avec enthousiasme l’archevêque du diocèse, Mgr Andrew Nkea Fuanya,
par ailleurs président de la Conférence épiscopale du Cameroun.
Beaucoup
espèrent que la visite du pape Léon pourra à nouveau attirer l’attention du
monde entier sur le sort de la population camerounaise, qui est l’une des plus
impactées de toute l’Afrique par les coupes sombres opérées par Donald Trump
dans les programmes d’aides aux pays défavorisés distribués par l’Agence
américaine pour le développement international (USAID).
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 14.04.2026
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