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Le patriarche de Terre sainte : « Vivre ici et maintenant le projet de la
Jérusalem céleste »
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Le 13 mai 2026 -
E.S.M.
-
À l’instar de saint
Augustin et du le pape Léon, pour lesquels l’humanité
est appelée à vivre dans la Cité terrestre, où règne
l’amour orgueilleux de soi, mais avec le cœur et
l’esprit tournés vers la Cité céleste, où règnent
l’amour de Dieu et pour le prochain, pour le cardinal
Pizzaballa également, les turpitudes des temps présents
doivent être vécues à la lumière de la Jérusalem « qui
descend du Ciel » décrite dans les deux derniers
chapitres de l’Apocalypse. La lettre du patriarche de
Terre Sainte est construite sur ce schéma bipolaire.
S.M.
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La
Jérusalem céleste sur une mosaïque du IXe siècle dans la basilique Sainte-Praxède
de Rome
Le patriarche de Terre sainte : « Vivre ici et maintenant le projet de
la Jérusalem céleste »
Le 13 mail 2026 -
E.S.M. - (s.m.) Depuis le 11 mai
dernier, on trouve dans toutes les bonnes les librairies une lettre
imprimée par la Librairie éditrice du Vatican et intitulée « Ils
retournèrent à Jérusalem dans une grande joie ».
Il s’agit de
la dernière lettre adressée par le cardinal Pierbattista Pizzaballa à ses
fidèles de Terre sainte. Cette lettre est plus longue qu’à l’accoutumée et elle
est très particulière, comme on peut le constater dès les premières lignes. Il
ne s’agit pas d’une énième analyse ou dénonciation d’une « situation de conflit
politique, militaire et spirituel dont nous sommes bien conscients qu’elle
durera encore longtemps », mais d’un instrument de réflexion, « à lire un petit
peu à la fois dans les communautés, dans les monastères et dans les familles »
pour « aider chacun à s’interroger sur la manière de vivre aujourd’hui la foi
chrétienne sur cette terre à la lumière de l’Évangile ».
Ce qui frappe d’emblée, c’est la très grande résonance entre cette lettre et
la
vision du monde et de l’histoire du pape Léon, solidement inspirée de la
« Cité de Dieu » de saint Augustin.
À l’instar de saint Augustin et du le pape Léon, pour lesquels l’humanité est
appelée à vivre dans la Cité terrestre, où règne l’amour orgueilleux de soi,
mais avec le cœur et l’esprit tournés vers la Cité céleste, où règnent l’amour
de Dieu et pour le prochain, pour le cardinal Pizzaballa également, les
turpitudes des temps présents doivent être vécues à la lumière de la
Jérusalem « qui descend du Ciel » décrite dans les deux derniers
chapitres de l’Apocalypse.
Et en effet, la lettre du patriarche de Terre Sainte est construite sur ce
schéma bipolaire. La première partie s’intitule « Lire la réalité :
considérations sur le présent » tandis que celui de la seconde est : « La
vocation : le rêve de Dieu appelé Jérusalem ». Avec de surcroît une troisième
partie consacrée à « comment vivre ici et maintenant le style de la Jérusalem
céleste ».
La description que fait Pizzaballa de la situation actuelle en Terre sainte
est très réaliste : « Vivre-ensemble, dialogue, justice, droits humains, deux
peuples et deux États, tous ces mots qui ont nourri notre discours pendant tant
d’années nous semblent aujourd’hui usés et vidés de leur sens ».
Mais si on choisit de lever les yeux pour embrasser l’ensemble de l’histoire
lue « selon les Écritures », la perspective change. Si l’histoire de l’humanité
commence dans un jardin, l’Éden, dans un état d’innocence primordiale mais
également de solitude, cette histoire s’achève dans une cité, la nouvelle
Jérusalem, qui « n’est pas un retour à un passé idyllique et isolé, mais la
construction d’un futur communautaire, complexe et réconcilié. La fin de
l’histoire tend vers une société mature, une ‘cité’, justement. »
Écrite dans un style simple et captivant, la lettre du cardinal Pizzaballa
mérite d’être lue dans son intégralité. La résumer reviendrait à la priver de sa
force expressive ainsi que de la richesse de ses références à l’actualité. On la
trouvera sur le site du patriarcat latin de Jérusalem, en cinq langues :
italien, anglais, espagnol, français et arabe.
> “Ils
retournèrent à Jérusalem dans une grande joie”
En attendant, en voici un avant-goût. Nous vous proposons ci-dessous de
découvrir trois extraits de cette lettre tirés de la seconde partie, ainsi qu’un
autre extrait tiré de la troisième partie. De la lettre du patriarche de Terre sainte aux fidèles. Quatre extraits.
de Pierbattista Pizzaballa
La première ville mentionnée dans la Bible est fondée par Caïn (Gn 4,17).
Après avoir tué son frère, il construit un refuge : un lieu où mettre un terme
à la violence, où reconstruire la fraternité perdue. Dans les Écritures, la
ville naît comme une tentative humaine de recréer une vie commune là où la
relation a été rompue.
La dernière ville de la Bible est, quant à elle, la Nouvelle Jérusalem “qui
descend du ciel” (Ap 21 – 22). C’est entre ces deux pôles – la ville-refuge
construite par l’homme par peur, et la ville-don qui descend de Dieu par amour –
que se joue toute l’histoire du salut.
« Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et
la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus » (Ap 21,1)
La première chose que Jean voit n’est pas la ville, mais un « ciel nouveau ».
Jérusalem a un ciel. Cela peut sembler banal ou évident, mais c’est là sa
caractéristique la plus parlante. Même son antagoniste, Babylone, est décrite
dans l’Apocalypse dans les moindres détails : ses fleuves, ses déserts, ses
abîmes. Et pourtant, on ne voit jamais le ciel de Babylone. C’est une ville sans
ciel, et donc sans Dieu, enfermée dans un horizon purement humain et terrestre,
et par conséquent vouée à la ruine.
Le ciel de Jérusalem est, par ailleurs, tout à fait particulier : c’est un
ciel « nouveau ». Ce n’est pas la première fois que Jean parle du ciel. Au
chapitre 4 de l’Apocalypse, les visions s’ouvrent sur une annonce
significative : le voyant aperçoit une porte ouverte dans le ciel (Ap 4, 1). Le
ciel est donc nouveau, avant tout parce qu’il est ouvert. Et il a été ouvert
parce que le Fils de l’homme, descendu du ciel, est retourné au ciel après la
Résurrection, emportant avec lui l’humanité (cf. Jn 1,51). Le ciel nouveau est
un ciel déjà habité par l’homme.
Dans ce passage, nous trouvons une indication importante : pour construire la
ville, pour tisser des relations authentiques entre nous et entre nos
communautés, il faut partir avant tout de la conscience de la présence de Dieu,
de la primauté de Dieu, de la foi. Dieu ne doit pas être exclu. Jérusalem n’est
pas seulement une question de frontières politiques ou d’accords techniques. Son
identité principale – la caractéristique la plus importante de la Ville et de
toute la Terre Sainte – est d’être le lieu de la révélation de Dieu, le lieu où
les religions sont chez elles.
Aujourd’hui encore, cette dimension se fait tangible et visible surtout dans
ce qui est considéré comme le bassin sacré, où se concentrent presque tous les
principaux lieux saints : la Vieille Ville et le Mont des Oliviers. Les
célébrations publiques des différentes communautés religieuses, rythmées par des
calendriers différents et se chevauchant parfois, transforment la ville, surtout
à certaines périodes de l’année, donnant vie à une extraordinaire symphonie de
prières, de chants et de liturgies diverses.
Il est également fréquent, aux premières lueurs de l’aube ou dans le silence
de la nuit, de croiser des hommes et des femmes de tous âges – juifs, chrétiens
et musulmans – marchant sur les chemins de la ville, enveloppés dans leurs
différents manteaux et se dirigeant vers leurs Lieux Saints respectifs, pour
rejoindre les religieux qui y prient jour et nuit. La prière des différentes
communautés religieuses, en définitive, rythme toute la ville : elle en est le
souffle et la lumière. C’est là l’identité la plus belle et la plus captivante
de la ville, sa caractéristique la plus précieuse, qu’il faut chérir et
préserver.
Ignorer cette dimension « verticale » de notre Terre, cette sensibilité
religieuse et spirituelle des communautés qui la composent – juives, musulmanes
et chrétiennes – est la raison profonde de l’échec des accords de coexistence
qui se sont succédé au cours des dernières décennies. Et les futurs accords
seront eux aussi voués à l’échec si l’on ne tient pas compte du caractère
particulier, en tant que prophétique, de Jérusalem. Elle doit être, avant tout,
une maison de prière pour tous les peuples (cf. Is 56,7).
Nous ne voulons pas remettre en cause, et nous confirmons au contraire la
nécessité des différents “statuts quo” existants, importants pour réguler les
relations entre les diverses communautés de la ville. Je crois toutefois qu’il
faut aussi avoir le courage d’un nouveau souffle, de construire de nouveaux
modèles de vie et de relations où la foi commune en Dieu puisse devenir une
occasion de rencontre et non d’exclusion. Une foi qui nous ouvre au Ciel et au
monde, où tous les croyants se sentent appelés à conduire l’humanité vers Dieu.
Aucun projet de coexistence, en Terre Sainte, ne peut faire abstraction de cette
dimension verticale, de la conscience que cette terre est, avant tout, le lieu
de la Révélation.
*
« Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces
portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des
fils d’Israël… La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les
douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. » (Ap 21, 12 – 14)
Ce qui frappe, dans cette description, c’est une apparente incongruité. Les
apôtres sont placés comme fondement de l’édifice, tandis que les portes sont
représentées par les douze tribus d’Israël. D’un point de vue chronologique,
nous nous attendrions à l’inverse : Israël précède les apôtres. Pourtant, dans
la vision de l’Apocalypse, l’ancien et le nouveau ne s’opposent ni ne se
superposent, mais sont recomposés en une unité rachetée. Dieu n’efface pas
l’histoire, mais la recrée en lui donnant de nouvelles fondations, dans
lesquelles rien ne se perd et tout retrouve sa place. Jérusalem devient ainsi
l’accomplissement tant pour les douze tribus que pour les douze apôtres. Ce
n’est qu’au sein de cette ville que chacun peut retrouver le sens de sa propre
histoire et de sa propre mission.
C’est là un point décisif pour nous aussi aujourd’hui. La violence naît
souvent de l’incapacité à relire son histoire sous un angle de rédemption. Cela
se produit lorsque la mémoire devient un récit fermé, construit contre l’autre
et défendu comme un bien exclusif. Le souci de la propriété, déjà évoqué
précédemment, pris comme critère pour définir les relations, se reflète
également dans le rapport à la mémoire historique. On a tendance à vouloir
s’approprier le récit des événements, comme un territoire à défendre, en
remettant continuellement en question le récit historique de l’autre. Ce
faisant, ce n’est plus une mémoire qui contribue à améliorer les relations, mais
au contraire, elle devient une « mémoire toxique », qui pollue les relations.
Nier la mémoire historique de l’autre est une forme subtile mais puissante
d’exclusion.
l faut au contraire repenser les catégories mêmes d’ « histoire » et de
« mémoire » et, par conséquent, celles de « culpabilité », de « justice » et de
« pardon ». Ce sont elles qui mettent en relation directe la sphère religieuse
avec les dimensions morale, sociale et politique. Il ne s’agit pas de nier les
faits du passé, mais d’en vérifier les interprétations, afin que celles-ci ne
déterminent pas de manière violente les choix d’aujourd’hui. Ce n’est qu’à
travers ce réexamen honnête que l’on peut réhabiliter sa propre lecture de
l’histoire au bénéfice de toute l’humanité. Les écoles, les universités, les
centres et mouvements culturels ainsi que les médias sont les principaux
responsables de cette mission de relecture et de guérison de la mémoire. Ce sont
eux qui peuvent contribuer à construire un récit historique différent, positif
et non exclusif.
Cette purification n’est ni une opération diplomatique, ni un compromis
politique : c’est un acte profondément spirituel, car il touche aux racines de
l’identité et de la douleur. Elle exige que nous nous laissions racheter par
Dieu afin de pouvoir devenir, à notre tour, des instruments et des canaux de
guérison pour les autres. Seule une mémoire rachetée peut engendrer un avenir
différent. La mission de l’Église est donc de promouvoir une véritable
« purification de la mémoire historique ». Saint Jean-Paul II l’a rappelé avec
force lors du Jubilé de l’an 2000, lorsqu’il a évoqué la nécessité de purifier
la mémoire comme un acte profondément spirituel, capable de toucher aux racines
de l’identité et de la douleur.
Je suis bien conscient que ce sujet est inacceptable pour beaucoup. Peut-être
est-ce pour certains un thème « trop chrétien » ; pour d’autres, il peut sembler
utopique, voire à rejeter. Mais cela importe peu. Telle est la contribution, la
mission, que l’Agneau nous confie. Le témoignage auquel nous sommes destinés, la
« promesse et la prophétie » qui doit soutenir notre pèlerinage dans la Ville
Sainte, dans notre Église : oser une vision qui ne naît pas de la possession, de
la peur ou de la revendication, mais de la rédemption de l’histoire. Quelle
Église serions-nous si nous n’avions pas le courage de montrer du doigt un monde
qui n’existe pas encore, mais que Dieu nous promet et que nous entrevoyons déjà
à l’horizon ?
*
Dans la première partie de cette Lettre, j’ai évoqué le scepticisme. C’est le
sentiment qui règne dans nos communautés : un scepticisme envers les
institutions, la politique, les paroles, voire l’avenir. Nous devons cependant
reconnaître que le scepticisme, lorsqu’il devient une attitude permanente, finit
par paralyser. Nous sommes appelés à répondre à ce scepticisme par la confiance.
Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf ni d’une attitude qui ignore la dureté
de la réalité. La confiance chrétienne naît de la foi et constitue un choix
à contre-courant. C’est la certitude que Dieu n’a pas abandonné l’histoire au
chaos et qu’il reste proche de ceux qui souffrent, de ceux qui sont persécutés,
de ceux qui sont rejetés. C’est la conviction qu’une vie donnée par amour n’est
jamais perdue.
Pensons à Abraham et Sara. Humainement, il n’y avait plus d’avenir pour eux.
Et pourtant, Dieu leur a rendu visite et leur a fait une promesse. La confiance
naît toujours d’une visite de Dieu. Nous devons prier pour que le Seigneur rende
encore visite à nos communautés, à nos familles, à nos cœurs. Ce n’est qu’ainsi
qu’une espérance qui ne déçoit pas peut naître.
Concrètement, cette confiance nous pousse à soutenir et à rendre visibles
toutes les initiatives, les personnes et les réalités qui, sur notre territoire,
continuent à croire en l’autre et à promouvoir l’art de la rencontre. Mais il ne
suffit pas d’adhérer à ce que font les autres : nous sommes appelés à devenir
nous-mêmes les promoteurs de ce style de présence, en assumant personnellement
le courage de l’unité.
Certains pourraient penser qu’il s’agit de gestes insignifiants, car « ici,
rien ne changera jamais ». Mais même si c’était le cas, nous ne pouvons renoncer
à faire la différence. Nous voulons être cette petite présence, parfois gênante,
qui ne se laisse pas guider par les discours de haine, mais qui, avec douceur et
détermination, affirme la sienne : les chrétiens ne haïssent pas. Tel est notre
témoignage, et c’est déjà une prophétie.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 13.05.2026
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