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La fraternité chrétienne ne peut reposer sur autre chose que la foi

Le 12 janvier 2026 - E.S.M. -   J. Ratzinger, Benoît XVI insiste sur le fait que la fraternité chrétienne, à la différence de la fraternité profane du marxisme, ne peut être fondée que sur la paternité commune de Dieu.  La paternité de Dieu est une paternité dont le Fils est médiateur et elle inclut dans le Fils l'unité fraternelle. Tous les hommes, Israélites et peuples du monde, ne forment en fin de compte qu'une seule humanité issue d'une seule racine humaine et d'un seul acte créateur de Dieu.

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La fraternité chrétienne ne peut reposer sur autre chose que la foi

Le 12 janvier 2026 - E.S.M. - DES OUVRAGES de Joseph Ratzinger, le premier a avoir rencontré une large audience est Die christliche Brüderlichkeit (Frères dans le Christ); il ne s'agit plus d'une étude consacrée à un Père ou un docteur anciens, mais d'un traité doctrinal in propria persona. (Ndlr : en personne, personnelle). Il avait déjà abordé le thème de la fraternité chrétienne avec saint Augustin et son prédécesseur africain saint Optât de Milève. Et sans doute ce sujet ecclésiologique s'imposait-il, dans un monde qui se reconnaissait comme celui de la démocratie européenne, à la veille, particulièrement, d'un grand concile œcuménique qui allait souligner l'égalité fondamentale des baptisés, appelés, tous en commun, à une sainteté hors du commun - cette égalité ne remettant pas en cause l'importance du triple ministère apostolique tel qu'il fut institué par le Seigneur Jésus-Christ pour le service de ses disciples.

    Le paradoxe de la fraternité    (Ndlr : « Vous êtes tous frères » (Mt 23,8), révèle le Christ à la foule et à ses disciples.)

Or, la manière dont J. Ratzinger traite le sujet est à la fois plus originale et plus perspicace qu'on ne croit. Le grand problème de la fraternité, note-t-il d'emblée, est que toute union entraîne une séparation entre ceux qui y sont inclus, et ceux qu'elle laisse au dehors. Dans l'espoir de pouvoir résoudre ce paradoxe - que confirme l'expérience quotidienne -, Joseph Ratzinger s'appuie sur le témoignage de la révélation biblique. Dans l'Ancien Testament, frère est celui qui comme soi appartient à la communauté unie du peuple de Dieu. C'est donc la paternité divine qui constitue le fondement de la fraternité Israélite. Mais voici qu'apparaît quelque chose d'étrange : dans le prophétisme yahviste, le Dieu national d'Israël est le Dieu universel. Proposition en elle-même tout à fait instable : on pourrait en conclure que l'établissement d'une fraternité unifiée au sein de la seule nation Israélite n'est pas un but suffisant, ou, à l'opposé, que nulle forme de fraternité plus large, internationale, n'est souhaitable. Tout tourne autour de la question précise de savoir-quelle connexion le peuple établit entre la réalité du Dieu universel, supranational, et le fait qu'il n'y a qu'un seul peuple qui l'adore comme étant son Dieu. Dans la foi vétérotestamentaire, ce n'est pas Israël qui établit ce lien, mais le Seigneur d'Israël. Et ce n'est pas pour ses propres mérites qu'il choisit Israël, mais par libre décision de sa grâce. Il est en cela tout aussi libre de rejeter Israël; et les transgressions réitérées des Israélites auraient pu lui en donner un motif plus que suffisant. Le fin mot de la foi vétérotestamentaire dans l'alliance avec Dieu, notamment dans sa forme deutéronomique, est de dire de Dieu qu'il a une relation spéciale, quoique non exclusive, avec la nation hébraïque.

Alors que Dieu est le Père de tous les peuples du seul fait de la création, il est en outre le Père d'Israël par élection. Mais cette particularité provient de la libre disposition de Dieu, laquelle peut donc toujours être modifiée. (Frères dans le Christ p.14)

 


Cela introduit un élément d'incertitude dans tout repliement trop rigoureux de la fraternité d'Israël sur elle-même. Les prophètes souvent ont essayé d'aviver le sens de l'ouverture potentielle de la religion hébraïque, tant dans les prophéties de malédiction dirigées contre Israël, que dans celles d'une bénédiction incluant d'autres nations, ou d'autres encore, qui d'une manière ou d'une autre ouvraient une perspective plus universelle.
     Mais une autre vision, plus sombre, apparut avec l'émergence d'un judaïsme qui par certains aspects différait de la religion de l'Ancien Testament; cela se produisit à l'époque hellénistique. Joseph Ratzinger y voit l'œuvre d'un certain processus de rationalisation qui rendit assez malaisée pour le peuple l'idée d'une élection divine gratuite, donc dénuée de cause. On se prit à penser que Dieu avait proposé la Torah à tous les peuples de la terre, mais que seul Israël l'avait acceptée, devenant par le fait même le seul et unique peuple de Dieu. Bien qu'apparemment plus rationnelle, cette conception de la relation entre Dieu et Israël entraîna une conséquence malencontreuse : en dernière analyse, elle signifiait que ce n'était pas tant Dieu qui avait choisi Israël, qu'Israël qui avait choisi Dieu. En outre, elle amena les juifs à se séparer de manière plus stricte encore des goyim (les « non Juifs ») qui, après tout, avaient volontairement refusé la paternité divine et qui, de ce fait, se voyaient privés en toute justice des relations fraternelles de ceux qui étaient les véritables enfants de Dieu. C'est ici, remarque sombrement J. Ratzinger, que passe la ligne de partage entre l'Ancien Testament vu comme preparatio evangelica et le judaïsme de la seule synagogue.
     J. Ratzinger trouve dans l'anthropologie théologique de l'Ancien Testament confirmation de ce trait fondamental qu'il a discerné dans la doctrine de l'élection de ce même Testament. Tous les hommes sont unis en Adam, et en Noé. Et pourtant une alliance particulière lie le Dieu de tous les hommes à Abraham et à sa descendance. Les juifs sont frères en un sens très éminent, et cependant, du fait de l'unité qui caractérise le genre humain et son unique Créateur, les autres sont eux aussi des frères, en un sens plus large. La loi de Moïse atteste de cela par ses dispositions envers l'« étranger qui est à la porte ».
    À partir de cette pierre d'angle - la Parole de Dieu dans l'Ancien Testament -, Joseph Ratzinger examine brièvement le devenir de l'idée de fraternité dans le monde profane, de l'hellénisme jusqu'à Karl Marx. Les Lumières portèrent l'idée stoïcienne de fraternité humaine universelle à son apogée. Joseph Ratzinger, malicieusement, en trouve l'expression hymnique dans le Seid umschlungen, Millionen, « embrassez-vous, multitudes », de Friedrich von Schiller, repris par Beethoven dans le chœur de la Neuvième symphonie. « Un sentiment de fraternité qui prétend s'étendre au monde entier de manière égale ne peut raisonnablement être pris au sérieux par quiconque ».(Frères dans le Christ p.25) Et la Révolution française, qui se présentait comme l'heureux accomplissement de l'Ode à la joie du Schiller de 1785, établit bien vite des distinctions drastiques entre le cercle fraternel des révolutionnaires et la masse des autres, manifestant en cela sa discontinuité (...ou sa véritable continuité) avec la pensée des Lumières. Le rêve d'un cercle fraternel parfait se poursuivit dans le libéralisme d'après la Restauration, sous la forme caractéristique de la franc-maçonneries. Dans le marxisme, le retour à l'idée de « deux zones éthiques », celle de la fraternité et celle de la non-fraternité, se trouve porté à une radicalité et une minutie jusque-là inconnues. Cependant, en toute loyauté, J. Ratzinger fait remarquer que le marxisme possède sa propre espérance de réunion eschatologique, en l'occurrence sur le plan temporel et profane.
    Joseph Ratzinger en arrive ainsi au Nouveau Testament, sommet du témoignage scripturaire du plan de Dieu pour l'humanité, dans lequel il ne doute pas de trouver la résolution du paradoxe de la fraternité. À première vue pourtant, il semble que les paroles de Jésus ne font que perpétuer le problème : elles paraissent empreintes de cette même ambivalence qui a affecté la question tout au long de l'histoire :

D'une part, il est assuré que, par delà toutes les frontières, tous les nécessiteux, à raison même de leur indigence, sont frères de Jésus. D'autre part, on ne peut méconnaître que les futures communautés de fidèles formeront, comme telles, une nouvelle fraternité, séparée des infidèles. (Frères dans le Christ p.41-42




En d'autres termes, l'idée de fraternité universelle côtoie celle de fraternité particulière ou limitée. Le commentaire inspiré des auteurs du Nouveau Testament est ici bien utile. Chez saint Paul, où l'idée de paternité est rendue plus profonde par le trinitarisme naissant, la doctrine du Christ second Adam est d'une signification plus grande encore. Car elle enseigne que si tous les hommes ne sont pas encore frères dans le Christ, ils peuvent et doivent le devenir. La philadelphia (Littéralement « amour pour les frères » [Ndlr (est intra-ecclésiale, enracinée dans la foi et le baptême.) entre ceux qui sont déjà chrétiens n'exclut pas: elle implique au contraire que l'agapè (« Amour de charité, ou oblatif » typiquement surnaturel est justement offerte à tout homme. D'un autre côté, chez saint Jean, l'idée de fraternité chrétienne atteint une intensité suprême, (Ndlr :  chez Jean, aimer le frère est le critère de la communion avec Dieu - 1 Jn 4,20). mais au risque, pour une lecture imprudente, de mettre en danger la portée universelle qui est implicite dans le message du Christ. (Rm 12,10–13 et de Ga 6,10) 
    Joseph Ratzinger trouve les commentaires patristiques sur ces thèmes quelque peu équivoques. Concentrant son attention sur la tradition nord-africaine qu'il connaît excellemment, depuis son étude sur saint Augustin, il repère chez Tertullien une doctrine conciliante basée sur une double fraternité, l'une qui lie tous les hommes par leur ascendance commune, et qui donc n'en exclut aucun, et l'autre, fraternité de la connaissance partagée de Dieu et de l'Esprit de sainteté donnée en breuvage aux chrétiens. En revanche, chez saint Cyprien le langage de la fraternité tend à se confiner à la collégialité des évêques, ou encore aux ascètes. Il est étrange que pour compenser ce développement discutable, J. Ratzinger ne fasse pas appel à ses autres témoins favoris, saint Optât, et saint Augustin lui-même.

    Une théologie de la fraternité

    II fallait une nouvelle synthèse. Joseph Ratzinger présente sa synthèse en quatre étapes. D'abord, il insiste sur le fait que la fraternité chrétienne ne peut reposer sur autre chose que la foi. La fraternité chrétienne, à la différence de la fraternité profane du marxisme, ne peut être fondée que sur la paternité commune de Dieu.

Contrairement à la notion impersonnelle que le Portique se fait d'un Dieu-Père, et contrairement à la notion vague et indécise que l'Aufklärung (Ndlr : l'éclaircissement) se fait du Père, la paternité de Dieu est une paternité dont le Fils est médiateur et elle inclut dans le Fils l'unité fraternelle. voir : L'Église n'est pas seulement fondée par le Fils ; elle est aussi animée par le Saint-Esprit (Frères dans le  Christ, p. 57.).





Pour se réaliser, elle requiert « l'acceptation consciente et spirituelle de la paternité de Dieu » et une « unité de vie dans la grâce du Christ » (Frères dans le  Christ, p. 65). Dans une acceptation spirituelle consciente de la paternité divine, le « notre » du Pater noster est aussi important que le « Père »: c'est un point que saint Cyprien a parfaitement saisi dans son commentaire de la Prière du Seigneur. (Saint CYPRIEN, De dominica orationes) Cette dimension sociale doit être renouvelée, insiste Joseph Ratzinger, dans la conscience des croyants. Pour mieux comprendre la profondeur de notre union à travers la vie du Christ, Joseph Ratzinger puise son inspiration à une source allemande du moyen âge : Maître Eckhart. Pour le mystique rhénan, devenir un avec le Christ signifie perdre son « moi », cesser de prendre son ego pour un absolu." Finalement, cela dépend entièrement de l'acceptation de la foi définie au Concile de Chalcédoine, à savoir que Jésus est tout ensemble Dieu et homme. Il est

donc en fin de compte le vrai, l'authentique Israël, pour cette raison précise qu'il possède le caractère distinctif majeur d'Israël : la filiation divine, d'une manière infiniment plus réelle que ce ne fut le cas dans l'ancien peuple de Dieu. Mais il faut ajouter aussitôt: qu'il soit, lui homme, devenu « Israël » montre bien qu'il ne veut pas voir sa filiation divine considérée comme un bien réservé à lui seul; le sens de l'Incarnation est, tout au contraire, de rendre accessible à tous ce qui lui est propre. (Frères dans le Christ, p. 62-63.)

 



Le nouvel Israël des croyants n'est donc plus fils uniquement du fait de l'élection de Dieu - qui a trouvé sa forme concrète dans la Torah du peuple juif. Il est, comme Eckhart ne cesse de le répéter, un « fils dans le Fils », à travers le partage de la vie du Fils incréé du Père, avec qui nous ne formons qu'un seul corps.

    En second lieu, J. Ratzinger montre que le don divin d'une nouvelle fraternité porte avec lui un impératif humain : la suppression de toutes les barrières qui peuvent exister à l'intérieur de la famille chrétienne.(*) En pensant à l'enseignement de la lettre aux Éphésiens, Joseph Ratzinger dit que « le mystère du Christ, c'est un mystère de suppression de frontières ».(Frères dans le Christ, p.. 73.) De toutes ces barrières, il cite en premier lieu, de manière significative, celle des nations. « Surmonter le nationalisme » (*) constitue une tâche que chaque génération se doit de reprendre à son compte. Il mentionne ensuite la nécessité de supprimer tout ce qui dans les différences de classe est destructeur de la fraternité chrétienne. (*)  Enfin il exprime son désir de voir les clercs au service de l'Église dans sa totalité, au delà des particularismes. (*) (Ndlr : Cela montre que la fraternité chrétienne n’est pas un simple sentiment, mais un appel moral profond, une transformation des relations humaines à partir de la charité de Dieu. Elle est à la fois don surnaturel (agapè) et invitation à surmonter les divisions humaines)
   Le troisième élément de la synthèse de Joseph Ratzinger est un avertissement d’une portée décisive : la promesse d’une nouvelle fraternité ne supprime pas la limite constitutive de toute fraternité terrestre, pas même celle de la famille. Jésus lui-même annonce que les liens les plus naturels — ceux du sang, de la parenté, de l’affection — peuvent devenir lieux de rupture (Mt 10,21 ; Mc 13,12 ; Lc 21,16). Il ne s’agit pas d’une condamnation de la famille, mais de la révélation de son incapacité à porter, par elle-même, l’espérance ultime de l’homme.

La famille, comme toute fraternité humaine, éveille des attentes qu’elle ne peut pleinement satisfaire. Lorsqu’elle est investie d’une espérance qu’elle ne peut assumer, elle devient inévitablement fragile, parfois décevante, voire source de souffrance. Le Christ ne détruit pas ces liens : il les relativise en les ordonnant à un bien plus grand. La fraternité nouvelle qu’il promet n’est pas la simple prolongation de la fraternité naturelle ; elle est d’un autre ordre. Elle naît du don de Dieu, et s’inscrit dans l’horizon du Royaume à venir. C’est pourquoi toute tentative de construire une fraternité parfaite sur des bases purement terrestres — familiales, sociales ou idéologiques — est vouée à l’échec.

Cette lucidité évangélique ne conduit ni au désengagement ni au mépris du monde, mais à une conversion du regard : vivre les relations humaines non comme des absolus, mais comme des réalités ouvertes, orientées vers leur accomplissement eschatologique dans le Christ. Et même au sein de la nouvelle fraternité de grâce, sorte de colonie du ciel sur la terre, il y a quantité de pièges sur la voie qui mène à la philadelphia (« amour fraternel » en grec). Bien que la fraternité reçoive sa source et son centre du don de l'Eucharistie, elle a besoin de développer des formes appropriées de vie communautaire, parmi lesquelles la liturgie figure en bonne place, pour renforcer son caractère unitif. La réflexion de Joseph Ratzinger culmine dans la vision de ce qu'il appelle le « véritable universalisme » :

La mise à part d'une fraternité chrétienne limitée ne vise pas la création d'une sorte de cercle ésotérique ; elle a pour but le service du tout. La communauté fraternelle chrétienne n'est pas contre, mais pour le tout. (Frères dans le Christ, p. 93)

 


Dans cette perspective d'une Église élue au nom de ceux qui ne le sont pas, instrument de salut pour le frère qui n'a pas été choisi, J. Ratzinger s'inscrit explicitement dans la lignée de Karl Barth. Dans sa Dogmatique, Barth a précisément transformé en ce sens la doctrine de la prœdestinatio gemina, la double prédestination de Calvin. Barth, et J. Ratzinger après lui, pouvaient ainsi maintenir l'affirmation d'une élection distinctive, réelle et gracieuse, de l'Église, tout en ouvrant à tous les portes du salut. Car si l'universalisme, le salut de tous, ne fait pas partie de la foi chrétienne, il fait assurément partie de l'espérance des chrétiens.
    Mais comment, selon J. Ratzinger, la fraternité chrétienne peut-elle exercer sa responsabilité pour le tout ? Elle le fait suivant trois voies : par la mission, par la charité, et par la souffrance. Par la mission, dans laquelle J. Ratzinger recommande une « sainte discrétion ».

Ce n'est pas celui qui est prodigue de la Parole qui la dissémine le mieux (ce qui est trop bon marché ne vaut rien), mais celui qui sait l'annoncer. (Frères dans le Christ, p. 103)

 

Par la charité : ici, Joseph Ratzinger affirme une haute doctrine des œuvres de miséricorde.

Une authentique parousie (Second avènement du Christ.) s'accomplit partout où un homme perçoit et accueille l'appel qu'un pauvre près de lui lance à sa charité. (Frères dans le Christ, p. 104)



Par la souffrance, dont la reconnaissance de la valeur rédemptrice est, à ses yeux, le fondement de l'unique triomphalisme chrétien authentique, la participation au mystère pascal du Christ.

Quand toutes les autres issues sont bouchées, il leur reste toujours la voie royale de la souffrance par substitution, aux côtés du Seigneur. C'est justement quand elle succombe que l'Église, encore et toujours, célèbre sa plus grande victoire, qu'elle est le plus près du Seigneur. (Frères dans le Christ, p. 105)




Dans un paragraphe final à visée œcuménique, J. Ratzinger suggère que si la fraternité chrétienne signifie tout cela, alors le terme « frères séparés », par lequel les catholiques désignent les non-catholiques, peut acquérir « un sens précis et fécond ». (Frères dans le Christ, p. 113) Et dans une remarque qui anticipe ses réflexions ultérieures sur Martin Luther, il note que si ce qui a été condamné à juste titre comme hérésie dans le passé ne peut par conséquent pas redevenir vrai, il peut toutefois s'y développer une nature ecclésiale particulière, de sorte que celui qui appartient à une tradition schismatique vive « comme un croyant et non comme un hérétique ». (Frères dans le Christ, p. 109)  La thèse de J. Ratzinger fut la bienvenue. Comme l'a fait remarquer le père Fergus Kerr, du couvent des Dominicains d'Oxford, le thème abordé « était quelque chose de central pour l'Église ».

Car en disant que le peuple a la priorité sur l'individu, que le salut est « communautaire », on finit par retrouver le sens de l'expérience que les écrits du Nouveau Testament décrivent comme koinonia (communion) et philadelphia (affection fraternelle, fraternité).




Fergus Kerr dit de ce livre de Joseph Ratzinger qu'il constitue, pour ce qui est de la sphère catholique, l'étude « essentielle » sur ce sujet, digne de figurer à côté de l'ouvrage de Lionel Thornton, The Common Life in the Body of Christ (Ndlr : La vie commune dans le corps du Christ.) Le théologien écossais adopta avec enthousiasme la conviction de J. Ratzinger, qu'une fraternité spécifiquement chrétienne ne peut avoir d'autre source ni d'autre centre que le mystère de l'Eucharistie où la vie du monde à venir est rendue présente ici et maintenant. La fraternité, telle qu'elle est comprise par un chrétien catholique, est inséparable de l'eschatologie. C'est au moment où Kerr cherchait ardemment un moyen de surmonter la rupture créée dans les sensibilités par la manière regrettable dont le second concile du Vatican avait été mis en œuvre, que l'étude de J. Ratzinger fut publiée en langue anglaise. Et Kerr écrivit :

II me semble que ces deux thèmes, fraternité et eschatologie, reprennent ce qu'il y avait de bon dans le catholicisme dont nous étions familiers, du moins dans ce pays, avant le concile. (F. KERR, art. cit., p. 153.)




Évoquant le rite de bénédiction solennelle en vigueur dans les paroisses du nord du pays, rite plein du sentiment de solidarité émanant du « chant aérien et puissant », et de la présence du surnaturel dans le silence au moment de la bénédiction, Kerr plaidait pour que

l'on fasse tout ce que l'on peut pour conserver et développer ce sentiment démodé de communauté et de surnaturel. Parce qu'il me semble que tous deux sont menacés, et que la fraternité et l'eschatologie sont les termes qui révèlent les dangers les plus grands dans l'Église d'aujourd'hui : celui du schisme et celui du sécularisme. (La description du chant des assemblées paroissiales anglaises d'avant le concile est tirée de la préface de l'archevêque David Mathew au Westminster Hymnal, Londres, 1939, p. vi.)

 



Et c'est vers le second concile du Vatican, et les réactions de J. Ratzinger lors de cet événement, que nous tournerons notre attention dans las prochaines semaines en publiant quelques extraits.


Quelques liens sur saint Augustin :
1)  Saint Augustin unit les deux motifs fondamentaux de la pensée antique
2 ) L'homme est incapable de se tenir debout sur le sol spirituel

3) L'Église n'est pas seulement fondée par le Fils ; elle est aussi animée par le Saint-Esprit
4) Le saint Augustin de la maturité

 

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Sources :extraits des écrits et réflexions du Saint Père Benoit XVI -  E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 12.01.2026