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La polygamie, pierre d’achoppement du premier voyage du pape Léon en Afrique
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Le 10 mars 2026 -
E.S.M.
- Le Pape Léon abordera vraisemblablement la
question de la polygamie à l’occasion de son premier
voyage africain, programmé du 13 au 23 avril en Algérie,
au Cameroun, en Angola et en Guinée Équatoriale. Et
peut-être tiendra-t-il compte de ce que la note
doctrinale « Una caro » ajoute dans une note de bas de
page, à propos de quelques aspects de ce phénomène
qu’elle estime devoir mettre en valeur :
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La polygamie, pierre d’achoppement du premier voyage du pape Léon en
Afrique
Le 10 mars 2026 -
E.S.M. - Oui, c’est rien moins
qu’un hymne au mariage monogame et indissoluble qui a remporté le
Superbowl de la chanson italienne à Sanremo en cette première nuit
de mars, avec « Per
sempre sì » chantée par Sal Da Vinci, ce qui lui a valu un
commentaire enthousiaste dans « Vatican
News » de la part de Mgr Antonio Staglianò, président de
l’Académie pontificale de théologie, pour cette « résistance
poétique » inattendue, à rebours de l’esprit du temps qui boude les
mariages en faveur du « polyamour ».
Mgr Staglianò fait référence
à la note doctrinale « Una
caro » publiée en novembre dernier par le Dicastère pour la Doctrine de la
foi au sous-titre éloquent : « Éloge de la monogamie », qui prend pour modèle
l’amour de Jésus qui s‘est sacrifié jusqu’au bout, érigeant ainsi le don
réciproque du mariage chrétien au rang de sacrement.
Mais le fait que le mariage chrétien soit monogame et indissoluble n’est pas
forcément une évidence partout dans le monde, au contraire, il continue à faire
face à des difficultés qui ne datent pas d’hier, comme la note « Una caro » le
reconnaît elle-même.
La note en cite deux en particulier : la polygamie, encore largement
pratiquée principalement en Afrique subsaharienne, et le « polyamour », entendu
comme « une forme publique d’union non monogame », qui augmente principalement
en Occident.
Le cas de l’Afrique touche l’Église catholique de manière d’autant plus
particulière qu’il s’agit du seul continent où le christianisme est en
expansion, avec 20% du total mondial des catholiques baptisés, mais où la
polygamie fait obstacle à de nombreux baptêmes potentiels.
Ce n’est pas la première fois que l’Église catholique tente de prendre ce
problème à bras-le-corps et, depuis quelques années, elle cherche à établir une
ligne commune. Le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de
Madagascar a demandé à douze experts de travailler à la rédaction d’un document
unitaire sur la question, dont le projet – préalablement approuvé par le
Dicastère pour la Doctrine de la foi –
a été débattu en assemblée plénière à Kigali, au Rwanda, entre le 30 juillet
et le 4 août 2025.
Ce projet a ensuite été présenté à huis clos à l’assemblée par sœur Ester
Lucas, une théologienne mozambicaine, et le texte est actuellement en phase de
finalisation, avant d’être remis aux conférences épiscopales nationales. Mais
on a déjà appris que la pratique consistant à attribuer aux polygames la
reconnaissance officielle de « catéchumène permanent », c’est-à-dire de candidat
à un baptême ne pouvant être célébré qu’après son abandon de la polygamie,
c’est-à-dire en pratique quasi jamais, a été critiquée.
En revanche, on vise à renforcer le « soin pastoral » et l’accompagnement des
polygames, qui resteront tels pour la plupart « étant donné que les époux ne
peuvent briser les liens entretenus » , mais ils pourront cependant acquérir une
meilleure compréhension du mariage chrétien, comme « profondément lié au mystère
du Christ et de l’Église ». Étant entendu que, s’ils satisfont aux conditions
pour accéder aux sacrements, la première épouse et les enfants pourront être
baptisés, tandis que le mari polygame et les autres femmes « seront encouragés
à vivre leur foi de manière pénitentielle et dans l’espérance d’une pleine
intégration dans la communauté de Jésus ».
Il faudra cependant affirmer à tous avec clarté que « la polygamie n’est pas
une condition normative, pas même dans les sociétés où elle est légalisée ».
D’autant que pas moins de trente-et-un pays africains la reconnaissent
légalement.
Et l’Église catholique fait encore face à une autre difficulté : celle de
l’attitude adoptée par les autres confessions chrétiennes en la matière. Au sein
de l’Église anglicane, ce sujet fait l’objet de vives discussions depuis la fin
du XIXe siècle, et la solution qui fait aujourd’hui consensus depuis 1988 permet
de baptiser un polygame ainsi que sa femme et ses enfants, pour autant qu’il
n’ajoute pas d’autres femmes à celles qu’il a déjà.
Sans parler du millier d’Églises africaines indépendantes, fondées et
dirigées par des leaders autochtones, qui se sont largement répandues ces
dernières décennies, allant jusqu’à rassembler plus de la moitié des chrétiens
dans un pays comme l’Afrique du Sud. Ces Églises ont une attitude très
indulgente envers la polygamie. Le professeur Marzio Barbagli de l’université de
Bologne, qui est l’auteur d’un volumineux travail de recherche historique et
sociologique à l’échelle mondiale intitulé « Monogamia,
Storia di un’eccezione », qui vient de sortir récemment chez Mulino,
attribue même aux Églises indépendantes africaines « la naissance d’une figure
inconnue sur les autres continents et à d’autres périodes historiques : celle du
chrétien polygame. Au Burkina Faso, pas moins de 24% des chrétiens ont plusieurs
épouses et au Tchad, la polygamie est davantage répandue parmi les chrétiens que
parmi les musulmans ».
La recherche du professeur Barbagli, qui couvre une période de trois
millénaires, confirme que « dans les cultures humaines, c’est la monogamie qui
est rare, tandis que la polygamie est courante ». Les Grecs et les Romains ont
été les premiers, à partir du Ve siècle avant Jésus Christ, à adopter le système
monogame de formation des familles, que le christianisme a rendu « exclusif,
durable et plus égalitaire en ce qui concerne l’obligation de fidélité
conjugale ».
Et cela dans un monde qui, hors de la domination romaine, était totalement
polygame, avant d’être peu à peu conquis à la monogamie d’abord en Europe, puis
aux Amériques, plus tard encore au Japon, en Chine et en Inde, tandis que cette
transition est encore en cours dans d’autres pays d’Asie et d’Afrique
subsaharienne.
Le Pape Léon abordera vraisemblablement la question de la polygamie
à l’occasion de son premier
voyage africain, programmé du 13 au 23 avril en Algérie, au Cameroun, en
Angola et en Guinée Équatoriale. Et peut-être tiendra-t-il compte de ce que la
note doctrinale « Una caro » ajoute dans une note de bas de page, à propos de
quelques aspects de ce phénomène qu’elle estime devoir mettre en valeur :
« Des études approfondies sur les cultures africaines montrent que les
différentes traditions accordent une importance particulière […] au rôle que la
première épouse est appelée à jouer vis-à-vis des autres épouses. […] La
première épouse régulièrement mariée selon les coutumes traditionnelles est
souvent présentée comme celle donnée par Dieu à l’homme, bien que ce dernier
puisse accueillir d’autres femmes. Dans le cas de la polygamie, la première
épouse se voit attribuer une place particulière dans l’accomplissement des rites
sacrés liés aux funérailles ou dans l’éducation des enfants nés d’autres femmes
de la famille ».
Mais le jésuite Anthony R. Lusvardi, professeur de théologie sacramentelle
à la Grégorienne, a quant à lui écrit ceci dans son commentaire de « Una caro »
paru dans le dernier numéro de « La
Civiltà Cattolica » :
« À bien y regarder, si l’on analyse honnêtement l’état actuel de la culture
occidentale, il convient d’éviter de présenter la polygamie comme un phénomène
exclusivement africain. Mark Regnerus de l’Université du Texas et d’autres
chercheurs ont forgé l’expression iconique ’monogamie sérielle’ pour qualifier
des modèles relationnels – caractérisés par des divorces fréquents et des
cohabitations de courte durée – aujourd’hui largement dominants en Occident. La
pratique de la gestation pour autrui introduit elle aussi une tierce personne
dans le mariage à des fins de procréation, sans reconnaître à la femme qui
accouche aucun des droits et des protections dont bénéficie l’épouse. […] En
outre, depuis la légalisation de l’union entre personnes de même sexe dans
plusieurs pays occidentaux, certaines voix critiques de la structure monogame de
la famille, considérée comme oppressive, ont commencé à promouvoir des systèmes
considérés comme plus inclusifs, comme le ‘polyamour’. La montée, en Europe, de
communautés musulmanes avec une longue tradition de polygamie pourrait rendre ce
sujet encore plus incontournable à l’avenir. »
Bref, comme le dit notamment le professeur Barbagli en conclusion de sa
recherche, « le déclin de la polygamie n’a pas coïncidé avec la pleine
affirmation de la monogamie. Et certainement pas sous la forme indissoluble pour
laquelle l’Église catholique s’est toujours battue ».
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 10.03.2026
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