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Après Nicée, Léon XIV vise Jérusalem. Sans le « Filioque »
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Le 09 décembre 2025 -
E.S.M.
- Léon XIV est le premier Pape à se rendre à Nicée, là où son prédécesseur
de l'époque s'était contenté d'envoyer deux délégués en 325. Mais ce
rendez-vous qu'il lance en 2033 au Cénacle de Jérusalem sera plus que jamais
sans précédent dans l'histoire.
S. M.
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Commémoration
du premier concile œcuménique de Nicée -
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Après Nicée, Léon XIV vise Jérusalem. Sans le « Filioque »
Le 09 décembre 2025 -
E.S.M. -
Pour le Pape Léon XIV, la commémoration du premier concile œcuménique de
Nicée, célébrée le 28 novembre à Iznik (nom actuel de la ville), aura été
une célébration « magnifique, très simple mais aussi profonde », comme
l'illustre la photographie ci-contre.
Il est cependant saisissant de
constater que la célébration d’événement de pareille envergure, qui en 325
a scellé à jamais le « Credo » de toutes les Églises chrétiennes, n’a pas
réuni plus de deux douzaines de représentants de ces mêmes Églises,
rassemblés sur une petite estrade dressée au-dessus des ruines d'une
ancienne basilique, sur la rive solitaire d'un lac.
Peut-être les autorités turques elles-mêmes auraient empêché un afflux
massif de fidèles dans un pays où la présence chrétienne a été presque
anéantie au siècle dernier. Mais les causes de cette faible participation
sont également à chercher dans les fractures et les tensions entre les
Églises.
Dans le camp orthodoxe, c’est le Patriarche œcuménique de Constantinople,
Bartholomée, qui s’était chargé d’envoyer les invitations : non pas à toutes
les Églises, mais seulement aux patriarcats historiques d’Alexandrie,
d’Antioche et de Jérusalem, qui constituaient, avec Rome et Constantinople,
la « Pentarchie » du premier millénaire.
Ce cercle d'invitations restreint laissait écartait donc d’emblée les
Patriarcats plus récents de Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie et de
Géorgie, ainsi que les Églises autocéphales de Grèce, Chypre, Albanie,
Pologne, Tchéquie et Slovaquie, Finlande et Ukraine. Parmi ces dernières, il
était certain que non seulement le Patriarcat de Moscou, mais aussi les
Églises qui lui sont étroitement liées, en rupture avec Constantinople
à cause de son soutien à la nouvelle Église nationale ukrainienne, auraient
décliné l'invitation.
Mais même du côté des Patriarcats historiques de la « Pentarchie », les
réponses ont été mitigées. Le livret de la célébration imprimé par le
Vatican mentionnait les noms de Théodore II, Jean X et Théophile III,
respectivement patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, mais
seul le premier était présent en personne.
En lieu et place du Patriarche de Jérusalem – qui n'avait même pas daigné
répondre à l'invitation, comme l'a révélé Bartholomée – se tenait
l’Archevêque Nektarios d’Anthedona et à la place de celui d’Antioche, il
y avait le Métropolite Basile d’Arcadie et du Mont Liban. Jean X, Patriarche
d’Antioche, avait initialement confirmé sa présence, avant de l’annuler une
semaine avant l'événement, préférant accueillir le Pape Léon XIV au Liban
trois jours plus tard, à l’occasion de la rencontre œcuménique et
interreligieuse du 1er décembre sur la Place des
Martyrs à Beyrouth.
Étaient également présents à la célébration de Nicée : le Patriarche de
l'Église syro-orthodoxe d'Antioche, le Catholicos de l'Église syro-orthodoxe
malankare ainsi que des représentants du Patriarcat copte-orthodoxe
d’Alexandrie, de l'Église assyrienne de l’Orient et de l'Église apostolique
arménienne.
S’y trouvaient également quelques représentants isolés des Anglicans, des
Luthériens, des Évangéliques, des Réformés, des Méthodistes, des Baptistes,
de Pentecôtistes, des Mennonites, des Vieux-Catholiques, ainsi que du
Conseil œcuménique des Églises.
Tout cela n’a pas empêché Léon XIV de faire de cette célébration de Nicée
la raison première de tout son périple et de réaffirmer avec force que la
finalité même de ce premier concile œcuménique était au cœur de sa mission
de Pape : l'unité de l'Église dans la foi en Christ, vrai Dieu et vrai
homme.
De l'avis de Léon XIV, le concile de Nicée est plus actuel que jamais. Au
cours de son voyage, il a pointé du doigt à deux reprises le « retour d’un
arianisme » (du nom d'Arius, dont l'hérésie a été à l’origine de la
convocation de ce concile) comme représentant un risque capital pour la foi
d'aujourd'hui.
Il l’a fait une première fois à Istanbul, le 28 novembre, dans le
discours adressé aux évêques, prêtres et religieuses en la cathédrale
catholique du Saint-Esprit :
« Il existe un défi, que je qualifierais de ‘retour de l’arianisme’,
présent dans la culture actuelle et parfois chez les croyants eux-mêmes : il
se produit quand on regarde Jésus avec une admiration humaine, peut-être
même avec un esprit religieux, mais sans le considérer vraiment comme le
Dieu vivant et vrai présent parmi nous. Son identité de Dieu, Seigneur de
l’histoire, est en quelque sorte occultée et on se limite à le considérer
comme un grand personnage historique, un maître de sagesse, un prophète qui
a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle :
Jésus-Christ n’est pas une figure du passé, il est le Fils de Dieu présent
au milieu de nous, qui conduit l’histoire vers l’avenir que Dieu nous
a promis. »
Et une seconde fois, quelques heures plus tard, à Nicée même, dans le
discours en mémoire de ce premier concile œcuménique :
« L’anniversaire du premier Concile de Nicée est une occasion précieuse
pour nous demander qui est Jésus-Christ dans la vie des femmes et des hommes
d’aujourd’hui, qui est-Il est pour chacun de nous. Cette question interpelle
tout particulièrement les chrétiens qui risquent de réduire Jésus-Christ
à une sorte de chef charismatique ou de surhomme, une déformation qui
conduit en définitive à la tristesse et à la confusion. En niant la divinité
du Christ, Arius l’avait réduit à un simple intermédiaire entre Dieu et les
êtres humains, ignorant la réalité de l’Incarnation, de sorte que le divin
et l’humain restaient irrémédiablement séparés. Mais si Dieu ne s’est pas
fait homme, comment les mortels peuvent-ils alors participer à sa vie
immortelle ? C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui : la foi
en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous rendre
« participants de la nature divine » (2 P 1, 4) »
À Nicée, en 325, les Pères conciliaires avaient également essayé de
s'accorder sur une date commune pour la célébration de Pâques, sans succès.
C'est ce que Léon XIV a de nouveau proposé de faire aujourd'hui –avec les
Églises orientales et le Patriarche œcuménique Bartholomée –, comme cela
avait déjà déjà souhaité dans l’Appendice de la Constitution sur la liturgie
de Vatican II. Le Pape a rappelé les deux critères fondamentaux énoncés dans
le document sur Nicée publié il y a quelques mois par la Commission
Théologique Internationale : que Pâques soit célébrée un dimanche, jour de
la résurrection de Jésus, tout en restant proche de l'équinoxe de printemps,
à l'instar de la Pâque juive.
Mais surtout, à Nicée, les Pères conciliaires s’étaient accordés sur un
texte du « Credo », confirmé lors du concile œcuménique de Constantinople en
381, qui est resté jusqu'à nos jours le « Symbole » intangible de la foi
chrétienne.
Intangible, ou presque. Car ce « Credo » de Nicée, rapidement intégré aux
liturgies baptismales puis eucharistiques, a reçu à l'époque carolingienne,
dans sa version latine, l’ajout d'un « Filioque » qui fait « procéder »
l'Esprit Saint non seulement du Père – comme dans le texte original – mais
aussi du Fils.
Léon III, le Pape qui a couronné Charlemagne, n’approuvait pas cette
interpolation et ne l’avait pas admise dans les églises de Rome. Deux
siècles plus tard, cependant, en 1014, Benoît VIII l’introduisait dans toute
l'Église catholique. Elle y est encore présente aujourd'hui, à la seule
exception des messes où le « Credo » est récité ou chanté en grec,
respectant ainsi le texte originel.
Et ce n'est pas en grec, mais en anglais, que le Pape et les autres chefs
d'Églises l'ont prononcé ensemble à Iznik ce 28 novembre, dans une
traduction fidèle au texte de Nicée et donc dépourvue de ce « Filioque »,
sur lequel Léon XIV ne semble vraiment pas vouloir s'arc-bouter.
En effet, le « Filioque », qui a inséré unilatéralement dans le « Credo »
latin, a été une source de controverses séculaires entre l'Église catholique
et les Églises d'Orient, avant et après le schisme de 1054. Et ce malgré la
subtilité des arguments théologiques sur lesquels il repose, exposés dans un
très savant document de 1996 publié par le Dicastère du Vatican pour la
promotion de l'unité des chrétiens.
Rien n’interdit aujourd'hui de partager les raisons théologiques qui
soutiennent le « Filioque », ni de poursuivre le dialogue entre l’Orient et
l’Occident sur le sujet. C'est son insertion dans le « Credo » qui est
problématique. Et c'est précisément sur ce point que Léon XIV semble vouloir
intervenir.
On peut le lire en filigrane dans la lettre apostolique « In
unitate fidei », qu'il a publiée à la veille de son voyage à Nicée et qui visait
précisément à expliquer – avec une simplicité et une efficacité
communicative rares dans les documents pontificaux – à quel point ce premier
concile œcuménique avait touché au « cœur de la foi chrétienne ».
La lettre consacre quelques lignes à la question du « Filioque », là où
elle rappelle que l'article sur le Saint-Esprit a été formulé lors du
concile suivant à Constantinople en 381 et que :
« Ainsi, le Credo, qui s'appelle depuis lors de Nicée-Constantinople,
dit : ‘Nous croyons au Saint-Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie,
et qui procède du Père. Avec le Père et le Fils, il est adoré et glorifié,
et il a parlé par les prophètes’ ». À cet endroit, une note de bas de page
précise :
« L'affirmation ‘et procède du Père et du Fils (Filioque)’ ne se trouve
pas dans le texte de Constantinople ; elle a été insérée dans le Credo latin
par le Pape Benoît VIII en 1014 et fait l'objet d'un dialogue
orthodoxe-catholique. »
Avec cet espoir final : « Nous devons donc laisser derrière nous les
controverses théologiques qui ont perdu leur raison d'être pour acquérir une
pensée commune et, plus encore, une prière commune au Saint-Esprit, afin
qu'il nous rassemble tous dans une seule foi et un seul amour. »
Pas un mot de plus. Mais cela aura suffi, avec le renvoi confiant fait
par Léon XIV, à Istanbul, à la Commission mixte internationale pour le
dialogue théologique entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe – qui
a formé un sous-comité consacré précisément à la question du « Filioque » –
pour qu'un site web très proche du Patriarcat œcuménique de Constantinople
titre : « Le Pape Léon XIV reconnaît le 'Credo' sans le 'Filioque' ». Et
pour que l'un des plus grands spécialistes mondiaux des Églises d'Orient,
Peter Anderson, prédise « que le 'Filioque' ne fera plus partie de la messe
catholique d'ici la fin de ce pontificat. »
À Istanbul, le 29 novembre, après sa visite à la Mosquée Bleue au cours
de laquelle il n'a pas prié – et il a tenu à le faire savoir –, Léon XIV
a eu une longue rencontre à huis clos dans l'église syro-orthodoxe de Mor
Ephrem avec les représentants des Églises d'Orient.
Il y a souhaité que « de nouvelles rencontres comme celle vécue à Nicée
émergent, y compris avec les Églises qui n'ont pu être présentes », faisant
allusion au Patriarcat de Moscou, comme il l'avait fait la veille à Nicée en
réaffirmant son rejet ferme de « l'utilisation de la religion pour justifier
la guerre et la violence ».
Mais il a surtout lancé une autre proposition œcuménique forte, résumée
comme suit par la salle de presse du Vatican :
« Léon XIV a invité à parcourir ensemble le voyage spirituel qui conduit
au Jubilé de la Rédemption, en 2033, dans la perspective d'un retour
à Jérusalem, au Cénacle, lieu de la dernière Cène de Jésus avec ses
disciples, où il leur a lavé les pieds, et lieu de la Pentecôte ; dans
l’espoir que ce voyage conduise à la pleine unité, en citant sa devise
épiscopale : ‘In illo Uno unum’».
Léon XIV est le premier Pape à se rendre à Nicée, là où son prédécesseur
de l'époque s'était contenté d'envoyer deux délégués en 325. Mais ce
rendez-vous qu'il lance en 2033 au Cénacle de Jérusalem sera plus que jamais
sans précédent dans l'histoire.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
►
VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV EN TÜRKIYE ET AU
LIBAN AVEC UN PÈLERINAGE À İZNIK (TÜRKIYE) À L'OCCASION DU 1700ème
ANNIVERSAIRE DU PREMIER CONCILE DE NICÉE
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 09.12.2025
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