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Un éminent rabbin juif prend la défense du patriarche Pizzaballa
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Le 07 juillet 2026 -
E.S.M.
- La lettre pastorale, ample et dense, du
patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista
Pizzaballa, publiée le 25 avril de cette année,
a suscité une vive attention dans le monde chrétien,
y compris au sommet de l’Église. L’éditorial qui ouvre
le dernier cahier de La Civiltà Cattolica en témoigne.
S.M.
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Le rabbin Alon Goshen-Gottstein -
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Un éminent rabbin juif prend la défense du patriarche Pizzaballa. La
réponse d’Alon Goshen-Gottstein aux critiques de Della Pergola
Le 07 juillet 2026 -
E.S.M. - La
lettre pastorale, ample et dense, du patriarche latin de
Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, publiée le 25 avril
de cette année, a suscité une vive attention dans le monde chrétien,
y compris au sommet de l’Église. L’éditorial qui ouvre le dernier
cahier de
La Civiltà Cattolica en témoigne. Il est
imprimé, comme à l’accoutumée, avec le “visa” des plus hautes
autorités vaticanes et est signé par David Neuhaus, juif et jésuite.
Ce dernier y met en lumière les éléments essentiels du texte et
l’espoir ouvertement affirmé que “l’Église de Jérusalem, petite et
résiliente, parvienne à incarner ici et maintenant le style de la
Jérusalem céleste : être un lieu d’accueil, une lumière pascale
éclairant les ténèbres du ressentiment, une maison aux portes
ouvertes, un instrument de guérison pour le monde”.
David Neuhaus
est connu pour s’être exprimé à plusieurs reprises, avec une incontestable
maestria, sur la question israélo-palestinienne. Concernant la résolution finale
de cet interminable conflit, il se montre depuis longtemps sceptique sur
l'hypothèse de "deux peuples, deux États". Son espoir est plutôt celui d'un État
unique pour les deux peuples, garantissant des droits égaux pour tous. Il est
toutefois mal vu par de nombreux Juifs pour avoir assimilé le premier sionisme
au colonialisme européen de la fin du XIXe siècle.
Dans son éditorial, Neuhaus apporte également un éclairage intéressant sur la
nature composite du diocèse auquel le patriarche Pizzaballa a adressé sa lettre
pastorale.
Il souligne qu’il y a dix ans, lorsque Pizzaballa a été placé à la tête du
patriarcat latin de Jérusalem, "bien qu’il parlât couramment l’hébreu, il ne
connaissait pas l’arabe, et la vie pastorale de l’Église locale, en grande
partie arabophone, constituait pour lui un défi".
En effet, "les paroisses, réparties sur quatre territoires, se distinguent
nettement les unes des autres sur les plans politique, social et culturel. La
plupart d’entre elles sont de langue arabe et se situent en Jordanie, en
Palestine et en Israël. Parmi les fidèles, on compte des Palestiniens – qui
vivent en Palestine occupée, en Israël comme citoyens, parfois perçus comme
étant de "seconde zone" d’un État qui se définit comme juif, et en Jordanie
comme citoyens jordaniens, déplacés de leur patrie palestinienne – ainsi que des
fidèles jordaniens, dont beaucoup sont issus de clans bédouins chrétiens. Par
ailleurs, il existe en Israël de petites communautés de langue hébraïque. Mais
les communautés les plus nombreuses sont celles, dynamiques mais précaires, des
travailleurs migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile, qui sont présents
sur l’ensemble du territoire du diocèse.”
Mais il y a plus. La lettre pastorale du patriarche Pizzaballa a également
suscité des réactions diverses et variées parmi les Juifs d’Israël et de la
diaspora.
Le 19 mai dernier,
Settimo Cielo a publié le commentaire virulent de l’une des figures
israéliennes les plus respectées, Sergio Della Pergola, professeur émérite
à l’Université hébraïque de Jérusalem et chercheur de renommée mondiale
spécialisé dans la démographie et la sociologie du judaïsme.
Ce que Della Pergola trouvait particulièrement inacceptable, c’était le
passage où Pizzaballa écrit que le 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi
à Gaza “représentent pour les Palestiniens l’ultime étape dramatique d’une
longue histoire d’humiliations et d’exodes”.
Le fait que le patriarche Pizzaballa, quelques jours seulement après le
7 octobre, ait offert sa propre vie en échange de la libération des enfants
juifs retenus en otages à Gaza n’a en rien atténué la critique de Della Pergola.
Pour ce dernier, la lettre du patriarche “ferme la porte à toute possibilité de
réflexion ou de dialogue commun futur entre les catholiques et Juifs sur le
7 octobre, sur l’avant et l’après”.
Tel n’est pourtant pas l’avis d’un autre éminent chercheur israélien, le
rabbin Alon
Goshen-Gottstein (sur la photo, copyright Rex Shutterstock), fondateur
et directeur de l’Elijah Interfaith Institute, qui est très engagé dans le
dialogue entre Juifs et Chrétiens. Il a fait parvenir à Settimo Cielo une
réponse argumentée au professeur Della Pergola, qu’il a intitulée : “Nous devons
apprendre à écouter ce que l’autre dit réellement”.
Ce titre, écrit Goshen-Gottstein, “fait référence à l’impératif d’écouter ce
que l’autre dit vraiment et de ne pas projeter sur lui nos propres intérêts et
notre vision du monde”. Pourtant, “cette approche herméneutique, fondamentale
pour toute lecture d’un texte appartenant à une autre tradition religieuse, fait
cruellement défaut dans la réponse fournie par Della Pergola”. Cela s’explique
peut-être par sa spécialisation académique de démographe et de statisticien,
alors qu’“il faudrait un théologien, ou une personne mieux formée à la lecture
des textes religieux, en particulier ceux d’une autre foi, pour apprécier le
message de la lettre du cardinal dans son contexte et corriger les distorsions
que Della Pergola lui attribue”.
Dans sa réplique, il est d'abord intéressant d'observer comment
Goshen-Gottstein synthétise la lettre pastorale de Pizzaballa et en identifie le
"noyau central".
Dans sa première partie, écrit-il, la lettre passe en revue "une multitude de
questions, peut-être trop nombreuses à mon sens", qui "servent de toile de fond
au message spirituel que Pizzaballa entend offrir à sa communauté".
La seconde partie de la lettre contient en revanche "le noyau et la
justification. En se basant sur une lecture du livre de l'Apocalypse, le dernier
livre du canon chrétien, le cardinal cherche un chemin pour mettre en relation
la Jérusalem céleste et la Jérusalem terrestre". Mais attention : "non pas dans
le contexte des réalités politiques de la communauté chrétienne, mais dans la
réalité sociale et spirituelle vécue par la communauté elle-même". En effet, la
vision théologique de Pizzaballa "est extrêmement subtile", notamment "en tant
que contribution à la pensée théologique contemporaine", à tel point que "je me
demande combien, au sein de la communauté chrétienne, y compris parmi ses
dirigeants, sont capables de suivre une vision spirituelle aussi fine et
recherchée".
Enfin, dans sa troisième partie, la lettre "cherche à traduire le message de
la seconde section en des lignes directrices pratiques sur la manière dont la
communauté chrétienne devrait vivre en tant que minorité sur cette terre". Un
rôle fondamental y est donné au dialogue interreligieux.
Dans l'ensemble de la lettre, "peut-être trop longue avec ses près de 18 000
mots", le "noyau central" est donc bien la seconde partie, de facture biblique.
"En substance, il s'agit d'un document interne doté d'une vision spirituelle
claire, destiné à donner espérance et sens à la communauté chrétienne locale".
Après avoir posé cette importante prémisse, Goshen-Gottstein passe ensuite en
revue les principaux points de divergence entre son interprétation de la lettre
pastorale et celle de Della Pergola.
Il identifie le premier point de divergence dans le scepticisme de Della
Pergola quant à la nature réelle du document. Selon ce dernier, la lettre "ne
semble pas être un simple document diocésain destiné à être distribué à quelques
milliers de fidèles", mais plutôt "une synthèse de réflexions mûries au cours de
35 années d’activité pastorale, presque comme un héritage, un programme,
à transmettre à tous".
Selon Goshen-Gottstein, Della Pergola commet une erreur en laissant ses
considérations de démographe sur le petit nombre de fidèles prendre le pas, au
point de douter que la lettre de Pizzaballa s’adresse réellement à ces derniers,
et soupçonnant plutôt une initiative plus ambitieuse, desinée à un public
beaucoup plus vaste.
Un second point de divergence réside dans le fait que Della Pergola reconnaît
que la lettre "est explicitement un guide de vie spirituelle et non une analyse
géopolitique", tout en doutant dans le même temps que "les deux aspects puissent
rester séparés".
Le rabbin Goshen-Gottstein convient que "le défi central de cette lettre"
réside précisément dans "la question de savoir si la politique et la
spiritualité peuvent être entièrement séparées". Mais "cela ne remet pas en
cause la tentative" de Pizzaballa de "mettre en lumière cette difficulté et
d'ouvrir la voie à de plus amples réflexions. Il se peut que la capacité, ou
l'incapacité, de séparer, puis de réintégrer, ces deux domaines constitue en soi
un point de divergence entre la perspective juive et la perspective chrétienne.
C'est ici qu'il faut écouter l'autre, et non le discréditer".
Un autre point de divergence apparaît quand Della Pergola tire du document
"l’impression que Jérusalem est le lieu le plus important au monde pour la foi
catholique, ce qui pourrait amener à se demander quel rôle joue encore Rome
à cet égard".
Goshen-Gottstein rétorque que, sur ce point, Della Pergola "ne parvient pas
à faire la différence entre un message spirituel et un message politique". Une
confusion d’autant plus "curieuse si l’on considère que les deux mille ans de
vie en exil des juifs nous ont justement appris à vivre dans une réalité aussi
divisée".
Mais c’est un autre point qui marque peut-être encore davantage la divergence
entre les deux éminents Israélites.
Il s’agit du point où Della Pergola écrit textuellement, dans son commentaire
publié par Settimo Cielo :
“Au début de la première partie de sa lettre, le cardinal affirme que ‘le
7 octobre 2023 et la guerre à Gaza ont représenté quelque chose de différent et
de bouleversant pour chacun des deux peuples de cette terre’. Dans l’ordre
suivant : ‘Pour les Palestiniens, cela représente l’ultime étape dramatique
d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes. Pour les Israéliens, en
revanche, quelque chose d’inédit : des violences qui ont fait revivre les
horreurs survenues en Europe il y a quatre-vingts ans’.
C’est ici que sa lettre me tombe des mains, quand il décrit de cette manière
des événements qui se sont déroulés dans un ordre dramatiquement inversé, et
avec des acteurs différents. Si le 7 octobre est bien un tournant historique
marquant la fin d’une époque, attention, il ne l’est pas pour les raisons
décrites par le cardinal. Pour les Juifs, le 7 octobre constitue une brève
réplique de la Shoah à quatre-vingts années de distance de la seule et véritable
Shoah : un massacre barbare et monstrueux de civils dans leurs propres maisons.
Mais pour les musulmans, il représente le choix d’une violence sans précédent
pour affirmer leur propriété absolue et exclusive du territoire, pour effacer
Israël et exiger un Califat islamique à la place. L’inversion de l’ordre des
facteurs et le travestissement des faits constitue un choix narratif important.
Puisqu’il existe plus de deux récits possibles, le choix ici de l’un exclut la
possibilité du second. Le choix du cardinal ferme la porte à toute possibilité
de réflexion ou de dialogue commun futur entre les catholiques et Juifs sur le
7 octobre, sur l’avant et l’après”.
Voici ce qui lui répond Goshen-Gottstein :
"C'est là le point crucial des objections de Della Pergola, selon lequel
Pizzaballa prendrait en quelque sorte position, préférant un récit plutôt qu’un
autre. Il s'agit d'une interprétation extrêmement tendancieuse et trompeuse. Je
ne vois pas comment on pourrait présenter les deux perspectives de manière plus
neutre. L'un des principaux problèmes auxquels les Juifs sont confrontés depuis
le 7 octobre est le sentiment que le monde ne reconnaît pas la profondeur du
traumatisme subi à cette date. Le cardinal, lui, la reconnaît. Il l'affirme
explicitement : 'La société israélienne est traumatisée par le 7 octobre 2023'.
Je ne vois pas de différence significative entre ce qu'a affirmé le cardinal et
ce que Della Pergola aurait voulu qu'il dise. Le fait que derrière l'attaque du
Hamas se cache une vision politique plus large n'a rien à voir avec cette
question.
“Pizzaballa affirme qu’il s’agit d’un tournant historique pour les deux
communautés, chacune pour des raisons qui lui sont propres, tout en offrant à la
partie juive une compréhension des plus profondes et solidaires. Le problème
est-il donc que le patriarche ne se serait pas exprimé dans le contexte
politique spécifique que Della Pergola aurait souhaité ? Mais c’est là un
problème de Della Pergola, non du patriarche. Bien au contraire, une lecture
impartiale de la lettre révèle tout l’inverse. Della Pergola insiste lourdement
sur le fait de savoir laquelle des deux parties est mentionnée en premier, comme
si cela révélait les sympathies de Pizzaballa. La vérité semble être à l’opposé.
La rhétorique employée pour présenter la partie israélienne est de loin plus
puissante et évocatrice. Si elle est placée en second, c’est pour un effet
rhétorique de "crescendo", autrement dit en gardant l’élément le plus fort pour
la fin. Si pour les Palestiniens, il s’agit d’une question récurrente, pour les
Juifs c’est un événement unique et sans précédent. Voilà une expression de
profonde compréhension et d’empathie, et non une prise de parti. Della Pergola,
quant à lui, a adopté une stratégie rhétorique qui consiste à s’acharner sur une
seule ligne dans un document qui fait 18 000 mots, pour faire en sorte que cette
ligne définisse à elle seule l’ensemble du texte à ses yeux. Ou, comme il le dit
lui-même, le cardinal "a perdu" à cet instant précis. Comme s’il n’y avait plus
rien d’autre à lire ni de matière à réflexion. Du point de vue intellectuel,
c’est une attitude faible et malhonnête. En termes de relations
judéo-chrétiennes, c’est contre-productif.”
Pour conclure sa réplique, Goshen-Gottstein écrit que le commentaire de Della
Pergola a causé un sérieux préjudice aux relations judéo-chrétiennes, "dans un
moment très difficile pour les Juifs du monde entier", marqué par des vagues
croissantes d’antisémitisme. "Nous avons besoin d’amis. Nous ne devons pas
transformer des amis en ennemis. Cela vaut pour le cardinal, mais encore plus
pour l’Église catholique, dont une partie est en train de se repositionner
lentement contre nous. La manière dont nous écoutons et dont nous répondons sont
donc des facteurs vitaux qui déterminent non seulement les relations
judéo-chrétiennes, mais aussi la qualité de la vie juive dans différentes
parties du monde".
Tout en formulant le vœu que "l’impression erronée causée par les
commentaires unilatéraux de Della Pergola soit corrigée", Goshen-Gottstein écrit
que le professeur et le patriarche "feraient peut-être bien de se rencontrer
à nouveau pour chercher à se comprendre mutuellement". Il fait ainsi allusion
à des rencontres antérieures entre les deux hommes, la
dernière il y a un an, "entre amis de longue date".
Et il poursuit :
"Mais au-delà de la nécessité de remédier aux dommages causés par la réponse
expéditive et partiale de Della Pergola, la lettre du patriarche fait émerger
une question plus large : quelle est la vision spirituelle que chacune des
communautés nourrit pour Jérusalem, et quelle place y occupe la foi de l’autre ?
Della Pergola semble y faire allusion à la fin de son commentaire, quand il
écrit que ‘l’on ne prend pas en considération le fait qu’il puisse y avoir
quelqu’un d’autre capable de cultiver des idéaux d’héritage spirituel concernant
cette même terre, ni la manière de rendre compatibles ces idéaux concurrents’.
Cela n’est pas pris en considération parce que ce n’est pas l’objectif de la
lettre. Mais c’est assurément son invitation implicite. Le patriarche a proposé
une vision spirituelle pour Jérusalem. Nous, les Juifs (et à l’avenir les
Musulmans), pouvons-nous articuler notre propre vision d’une Jérusalem
spirituelle qui laisse une place à celle de l’autre ? La réalité actuelle de
Jérusalem semble indiquer que le cardinal a une longueur d’avance considérable
sur le leadership religieux juif à cet égard. Mais doit-il forcément en être
ainsi ?
Della Pergola semble suggérer l'existence d'une alternative spirituelle juive
qu'il ne formule pas, et qu'il ne lui appartient d'ailleurs pas de formuler. Le
grand appel lancé par cette lettre pastorale et par ce débat s'adresse aux
dirigeants, aux visionnaires et aux théologiens des différentes religions, afin
qu'ils se réunissent pour réfléchir à la vision spirituelle offerte par le
patriarche, ainsi qu'aux visions alternatives, parallèles ou identiques qu'ils
pourraient proposer. Cela élèverait le dialogue, le transformant d'une stérile
dispute sur l'impact des stratégies rhétoriques en un échange interreligieux
significatif, tel que cette lettre l’appelle de ses vœux. Si la voix de Della
Pergola a été entendue dans les milieux juifs, j'espère que la mienne le sera
également, et que l'organe représentatif ou la synagogue compétente invitera
à un tel face-à-face. C'est ainsi que naissent et se renforcent les amitiés. Et
c'est ainsi que l'on vit un fragment de la Jérusalem céleste ici-bas, quel que
soit l’endroit où elle se trouve."
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 07.07.2026
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