Le signe de la croix inscrit dès le commencement dans le cosmos
Le 06 septembre 2025 -
E.S.M.
- Le signe de croix, accompagné de l'invocation
trinitaire, concentre l'essence du christianisme.
Pourtant ce signe purement chrétien est en même temps un
signe universel, à la fois religieux et cosmique.
Christ sur le mont des Oliviers -
Sebastiano Ricci, v. 1730, Vienne -
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Le signe de la croix
Le geste de prière chrétien fondamental est le signe de croix. Il
exprime corporellement notre foi dans le Christ selon la parole de
saint Paul : Mais nous, nous prêchons un
Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens,
mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est
Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu (l Co 1,
23-24). Et :Car j'ai décidé de ne rien
savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié(2, 2). Le signe de croix est une profession de foi,
c'est un oui visible et public à celui qui, dans sa chair, a
manifesté jusqu'à l'extrême l'amour de Dieu, à celui qui a souffert pour
nous et qui est ressuscité, à celui qui a transformé le signe de la honte en
un signe de victoire, en un signe de la présence de l'amour de Dieu. Le
signe de croix est une profession d'espérance : je crois en celui qui, dans
sa faiblesse, est le Tout-puissant, en celui qui, dans son absence et son
impuissance apparentes, peut et va me sauver. En nous signant, nous nous
mettons sous la protection de la Croix, nous la portons telle un bouclier
qui nous abrite dans nos tribulations quotidiennes et nous transmet sa
force. Le signe de croix désigne aussi le chemin à suivre : « Si quelqu'un
veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il
me suive » (Mc 8, 34). La Croix nous montre la voie
de la vie : l'imitation du Christ.
Nous relions le signe de croix à la profession de foi dans le
Dieu trine. C'est un rappel du baptême, rendu encore plus manifeste
lorsqu'il est accompagné d'eau bénite. La croix est
signe de la Passion en même temps que signe de résurrection :
elle
est en quelque sorte la perche salvatrice que Dieu nous tend, le pont grâce
auquel nous pouvons traverser l'abîme de la mort et surmonter toutes les
menaces pour parvenir jusqu'à lui. La croix est présente lors du baptême qui
nous fait mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui (Rm 6, 1 -14).
Chaque fois que nous faisons le signe de croix nous adhérons à nouveau à la
foi de notre baptême. Du haut de la Croix, le Christ nous attire en quelque
sorte à lui (Jn 12, 32), dans la communion avec le Dieu vivant. Car le
baptême, avec le signe de croix qui en quelque sorte le résume et
l'actualise, est avant tout un sacrement trinitaire. Le Saint-Esprit nous
conduit au Christ qui nous ouvre la porte vers le Père. Dieu n'est plus le
Dieu inconnu, il a un nom. Nous pouvons l'appeler, comme il nous appelle.
Le signe de croix, accompagné de l'invocation trinitaire,
concentre l'essence du christianisme. Pourtant ce signe purement chrétien
est en même temps un signe universel, à la fois religieux et cosmique. En
1873, sur le mont des Oliviers, on découvrit des pierres tombales comportant
des inscriptions en grec et en hébreu, datant du temps de Jésus. La croix
qui les accompagnait fit penser qu'il s'agissait là de sépultures
chrétiennes. Grâce aux recherches archéologiques menées depuis 1945, nous
savons aujourd'hui qu'aux environs du Ier siècle après Jésus-Christ, les
tombes juives étaient ornées d'une croix. Il fallut se rendre à l'évidence :
la croix avait son origine dans le milieu juif. Comment comprendre cette
coïncidence ? Le
prophète Ezéchiel nous en livre la clef au chapitre 9, 4de
son livre, où Dieu dit à son messager : Parcours la ville, parcours Jérusalem
et marque d'une croix au front les hommes qui gémissent et qui pleurent sur
toutes les pratiques abominables qui se commettent au milieu d'elle. Dans la
terrible catastrophe qui menace, ceux qui ne sont pas du côté du péché du
monde, ceux qui souffrent au nom de Dieu, doivent être marqués du tau, la
dernière lettre de l'alphabet hébraïque. Le tau sacré,
qui s'écrit comme une croix,
était répandu dans certains milieux du judaïsme. Il représentait à la fois
une profession de foi envers le Dieu d'Israël et un signe d'espérance dont
l'homme se marquait pour se placer sous la protection particulière de Dieu.1
Selon E. Dinkler, « toute une profession de foi se résume dans un signe
unique ; des réalités de foi et d'espérance s'expriment dans une image
visible. Une image qui est bien davantage qu'un simple miroir, et dont on
espère une force salvatrice ». Les chrétiens, pour autant que nous puissions
en juger, ont tiré la symbolique de la croix non du tau sacré mais du fond
de leur propre espérance, retrouvant dans ce signe la somme de leur foi. La
vision d'Ezéchiel, renforcée par la tradition qu'elle engendra, dut leur
apparaître après coup comme une vision de Celui qui vient. Le sens de ce
signe mystérieux n'était-il pas maintenant « dévoilé » (cf. 2 Co 3, 18) ?
Les chrétiens pouvaient-ils manquer d'y reconnaître une prophétie de la
Croix de Jésus-Christ qui avait fait du
tau le véritable et efficace signe
du salut ?
1 L'Apocalypse
(7, 1-8) mentionne aussi une sigillation [Ndlr : Action de sceller] : J'aperçus un autre ange monter de
l'Orient, portant le sceau du Dieu vivant. Il cria d'une voix forte aux
quatre anges auxquels il fut donné de malmener la terre et la
mer : « Attendez pour malmener la terre et la mer et les arbres que nous
ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. » Et j'appris combien
furent alors marqués du sceau : cent quarante-quatre mille, de toutes les
tribus des enfants d'Israël. E. Dinkler a montré que la sigillation sur les
mains ou le front, qui se rencontre à plusieurs reprises dans l'Ancien
Testament, était aussi connue du temps du Nouveau Testament.
Les Pères grecs furent frappés par une autre découverte. Ils
trouvèrent chez Platon (vers
la notion étrange d'une croix inscrite dans le cosmos
(Timée 34 a/b et 36 b/c)
Platon connaissait cette croix grâce à la tradition pythagoricienne, qui
l'avait reprise des traditions de l'Orient ancien. Le Timée faisait observer
que le plan de Fécliptique (le grand cercle que le mouvement du soleil
semble dessiner sur le globe céleste) et celui de l'orbite terrestre, en se
coupant, formaient la lettre grecque Khi, représentée sous la forme d'un X.
(Ndlr : Cette
structure en forme de croix a reçu son nom de la lettre grecque X (
khi ) il désigne toute structure qui se figure par la croix
dite de Saint-André. Il exprime donc un aspect majeur du symbolisme de la
croix.) Suivant en cela des traditions plus anciennes,
Platon avait mis cette «
croix » en relation avec l'image de la divinité :
le démiurge (architecte de
l'univers) aurait ainsi étendu l'âme du monde «
à travers le cosmos tout
entier ».
Saint Justin martyr, le premier philosophe parmi les Pères (†
vers 165), originaire de Palestine, n'hésita pas à mettre ces textes
de Platon en rapport avec la doctrine de la Trinité et de l'Incarnation. Il
vit dans les notions de démiurge et d'Âme du monde un pressentiment du
mystère du Père et du Fils, et l'annonce de
la venue du Logos
dans le monde.
Pour Saint Justin. « la forme de la croix était le plus grand symbole
du règne du
Logos, sans laquelle
il ne peut y avoir de cohésion au sein de la Création tout entière
» (1. Apol. 55). Préfigurée dans la structure du cosmos,
inscrite dans l'univers, la Croix du Golgotha nous permet de déchiffrer le
cosmos, elle est la clef de toute réalité. Histoire et cosmos vont de pair.
Si nous ouvrons les yeux, nous lisons le message du
Christ dans le langage de l'univers et, réciproquement, le Christ nous ouvre
à la compréhension du message de la Création.
Depuis saint Justin, cette « prophétie de la croix » de
Platon, ainsi que la relation entre cosmos et histoire qu'elle implique, est
un élément essentiel de la théologie patristique. Pour les Pères, ce dut
être une découverte extraordinaire que ce philosophe qui, résumant et
interprétant les plus anciennes traditions religieuses, avait parlé de la
croix comme du signe dont est marqué l'univers. Dans son livre, la
« Démonstration de
la prédication apostolique », Irénée de Lyon (†
vers 200) souligne que le Crucifié «
est lui-même le Verbe de Dieu tout-puissant qui
pénètre notre univers de sa présence invisible. C'est pourquoi il embrasse
le monde entier, sa largeur et sa longueur, sa hauteur et sa profondeur ;
car par le Verbe de Dieu toutes les choses sont ordonnées. Et le Fils de
Dieu est crucifié en elles, en ce sens qu'il marque toute chose de son sceau
en forme de croix » (l, 3). Irénée fait allusion à ce passage de
l'épître aux Ephésiens, où saint Paul nous exhorte à être enracinés dans
l'amour, pour devenir capables avec tous les saints de comprendre ce qu'est
la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur, [et de connaître]
l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance
(3, 18-19). Cette épître
fait sans nul doute référence à la croix cosmique. Peut-être aussi
reprend-elle à d'anciennes traditions l'image de l'arbre du monde
cruciforme, soutien de l'univers - une conception connue également en Inde.
Saint Augustin
nous a laissé une magnifique interprétation ontologique de ce
passage de l'épître aux Ephésiens. Il y voit la représentation des
dimensions de la vie humaine, ainsi qu'une image de la figure du Christ
crucifié dont les bras enserrent le monde
et dont le « chemin » à la fois plonge dans les abîmes de l'enfer et atteint les
hauteurs de Dieu même (De
doctr. christ. II 41, 62).
Hugo Rahner a recueilli les plus beaux textes des Pères sur le mystère
de la croix cosmique. J'en mentionnerai deux.
Lactance d'abord (†
vers 325): « Dieu, dans sa souffrance, étendit les bras et
encercla
la terre pour annoncer que, du lever du soleil jusqu'au couchant, un peuple
viendrait et se rassemblerait sous ses ailes » (p. 81). Un auteur grec
anonyme du IV siècle mit la croix en relation avec le culte du soleil,
proclamant qu'à présent Hélios (le soleil) était vaincu par la croix
et que « l'homme que le soleil créé au ciel ne pouvait enseigner, le voilà à
présent tout rayonnant de la lumière solaire de la croix et illuminé [dans le
baptême] ». Cet auteur inconnu cite aussi
saint Ignace d'Antioche (†
vers 110), pour qui la croix est le levier (médiane) du cosmos (Let. aux Ep
9, l) : « Ô quelle sagesse véritablement divine ! O croix, levier du ciel !
La croix fut enfoncée - et l'idolâtrie anéantie. Ce n'est pas du bois
commun, mais du bois dont Dieu se servit pour la victoire » (p. 87 ss).
Dans son discours eschatologique, Jésus avait annoncé qu'à la
fin des temps « le signe du Fils de l'homme apparaîtrait au ciel » (Mt 24,
30). L'œil de la foi voyait maintenant ce signe inscrit dès le commencement
dans le cosmos. Le ciel confirmait la foi des chrétiens dans le Rédempteur
crucifié. L'histoire d'Israël et l'attente des Gentils conduisaient vers
Lui. La philosophie et les traditions religieuses aussi. Mais
seule la foi
chrétienne pouvait reconnaître qui annonçaient ces images, à qui référaient
ces théories.
Dieu avait promis à Abraham: « Je te bénirai » (Gn 12, 2). En
Jésus-Christ, fils d'Abraham, cette promesse est entièrement accomplie : il
est bénédiction pour toute la Création comme pour tous les hommes. La croix
devait donc tout naturellement devenir le geste de bénédiction des
chrétiens. Nous nous signons pour nous placer sous la bénédiction de
Jésus-Christ ; nous signons de la croix les hommes sur lesquels nous
appelons la bénédiction de Dieu, les objets que nous plaçons sous la garde
de Jésus. Par la croix nous pouvons devenir, les uns pour les autres, des
sources de bénédiction. Je n'oublierai jamais avec quel recueillement,
quelle dévotion, mon père et ma mère, quand nous devions être séparés d'eux
pendant longtemps, nous signaient de la croix avec de l'eau bénite, sur le
front, la bouche et la poitrine. Cette bénédiction était pour nous le signe
sensible de la prière de nos parents, qui nous accompagnait, nous guidait,
portée, nous le sentions, par la bénédiction du Rédempteur. Cette
bénédiction nous enjoignait aussi de ne pas nous éloigner de ce que
signifiait la croix. Bénir est un geste sacerdotal. Nous sentions dans ce
signe de croix le sacerdoce des parents, sa dignité et sa force
particulières. Cette bénédiction est l'expression du sacerdoce commun de
tous les baptisés. Elle devrait retrouver sa place dans la vie quotidienne
et l'imprégner de cette force qui vient de l'amour du Seigneur.
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Sources :Texte original du Cardinal Ratzinger et des des écrits du Saint Père Benoit
XVI -
E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 06.09.2025