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Un livre, une fiche. Dans le dialogue entre l’Église et les juifs, la
« terre d’Israël » n’est plus un tabou
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Le 04 novembre 2025 -
E.S.M.
- Le soixantième anniversaire de la
déclaration conciliaire « Nostra Aetate »
sur les relations avec les autres religions, et principalement avec le
judaïsme, promulguée le 28 octobre 1964, n’est pas resté sans effet. Il
a marqué la reprise du dialogue entre l’Église et les juifs, qui à cette
époque avait souffert de « malentendus, de difficultés et de conflits »,
aggravés par « les circonstances politiques et les injustices de certains »,
comme l’a reconnu le pape Léon XIV lors des célébrations de cet événement.
S.M.
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Le pape Léon et le rabbin Di Segni, David Rosen et le rabbin Pinchas Goldschmidt -
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Un livre, une fiche. Dans le dialogue entre l’Église et les juifs,
la « terre d’Israël » n’est plus un tabou
Le 04 novembre 2025 -
E.S.M. -
Le soixantième anniversaire de la déclaration conciliaire « Nostra
Aetate »
sur les relations avec les autres religions, et principalement avec le
judaïsme, promulguée le 28 octobre 1964, n’est pas resté sans effet. Il
a marqué la reprise du dialogue entre l’Église et les juifs, qui à cette
époque avait souffert de « malentendus, de difficultés et de conflits »,
aggravés par « les circonstances politiques et les injustices de certains »,
comme l’a reconnu le pape Léon XIV lors des célébrations de cet événement.
Et en effet, la déclaration « Nostra
Aetate » a constitué un tournant dans
l’histoire millénaire des relations entre chrétiens et juifs. L’Église
catholique a reconnu que « les Juifs restent encore très chers à Dieu, dont
les dons et l’appel sont sans repentance », irrévocables et que, par
conséquent, l’Église aussi « se nourrit de la racine de l’olivier franc sur
lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage », où l’olivier
franc représente les juifs et l’olivier sauvage les autres nations qui
reconnaissent en Jésus le messie, comme le dit l’apôtre Paul dans sa lettre
aux Romains.
Mais ces dernières années, le dialogue entre les deux « oliviers »
s’était quelque peu asséché, et les deux parties l’avaient d’ailleurs admis
à plusieurs reprises, et notamment le grand rabbin de Rome, Riccardo Di
Segni, dans un livre récent présenté par Settimo Cielo.
Pour repartir du bon pied, le pape Léon a voulu au moins nettoyer
l’Église de l’aversion majeure dont beaucoup font encore preuve envers les
juifs. Il a cité « Nostra aetate » qui dit que l’Église, « ne pouvant
oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non
pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile,
déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme,
qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre
les Juifs. » Et il a ajouté « Depuis lors, tous mes prédécesseurs ont
condamné l’antisémitisme en des termes clairs. C’est pourquoi je confirme
moi aussi que l’Église ne tolère pas l’antisémitisme et qu’elle le combat,
à cause de l’Évangile lui-même ».
Et on a également constaté des signaux d’une volonté de renouer le
dialogue du côté juif. Il suffit de constater la participation de nombreuses
personnalités juives aux événements organisés à Rome en mémoire de « Nostra
aetate », avec la présence active du pape en personne.
L’un de ces événements, organisé par la Communauté de Sant’Egidio, s’est
tenu le 28 octobre au Colisée, où l’on a pu assister à un chaleureux échange
de salutations entre le pape Léon et le rabbin Di Segni, puis le rabbin
David Rosen, directeur du département des affaires interreligieuses de
l’American Jewish Committee, et avec le rabbin Pinchas Goldschmidt (voir
photo), président des rabbins européens et ancien grand rabbin de Moscou,
qui avait choisi de s’exiler volontairement de Russie en 2022 en raison de
l’agression contre l’Ukraine.
Certes, l’une des principales difficultés du dialogue entre l’Église et
les juifs tient aux divergences sur l’interprétation des Écritures, où pour
les chrétiens, c’est le messie Jésus qui est au cœur de tout, alors que pour
les juifs le thème central est la promesse de la terre à la descendance des
patriarches. À la suite de « Nostra
Aetatee », les choses ont changé mais
pendant des siècles, la conviction des chrétiens a été que les juifs ne
pourraient retourner sur leur terre qu’après avoir reconnu comme messie
Jésus, qu’ils avaient tué.
D’où réticence dont l’Église a longtemps fait preuve envers le sionisme
et la naissance de l’État d’Israël, qu’elle n’a acceptée qu’en 1994 avec
l’ouverture de relations diplomatiques avec le Saint-Siège, toujours dans
une optique n’ayant rien de religieux et reposant sur les principes communs
du droit international.
Même le grand rabbin de Milan, Alfonso Arbib, s’exprimant le 31 octobre
à l’occasion d’une manifestation à Rome contre la haine antisémite,
a reconnu que « le nœud le plus complexe » dans le dialogue entre l’Église
et le judaïsme restait « le rapport avec Israël et avec la terre d’Israël ».
Si « les relations avec le Vatican ont longtemps été à ce point
problématiques, ce qu’elles sont encore en partie », c’est justement parce
qu’« on ne reconnaît pas pleinement le lien indissoluble entre le peuple
juif et sa terre ».
Aujourd’hui, personne ne s’attend à ce que les deux parties ne tombent
d’accord sur l’interprétation des Écritures, mais les juifs s’attendent
certainement à ce que l’Église reconnaisse leur lien essentiel, y compris
religieux, avec la terre que Dieu a offerte à Israël.
Et c’est précisément ce lien que décrit le texte que nous reproduisons
ci-dessous.
Il est extrait de l’une des « Seize fiches pour connaître le judaïsme »,
publiées cette année en italien et en anglais sur initiative conjointe de la
Conférence épiscopale italienne et de l’Union des communautés juives
italiennes.
Ce livre qui contient ces seize fiches – et dont le texte intégral est
accessible gratuitement sur le web – est principalement destiné aux écoles,
dans le but de promouvoir « la culture et la connaissance comme antidote
à toute forme d’antisémitisme ». Et il tombe à point nommé l’époque actuelle
où la guerre de Gaza à la suite du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre
2023 a échauffé les esprits de nombreux jeunes contre les juifs.
Le 5 novembre, l’ambassade d’Italie près le Saint-Siège accueillera une
présentation du libre assortie de discours, tant du président de Conférence
épiscopale, le cardinal Matteo Zuppi, que du président de l’Union des
communautés juives italiennes, Noemi Di Segni.
Voici les intitulés de chacune des fiches :
1. La Bible hébraïque
2. La Torah écrite et la Torah orale
3. Le nom de Dieu
4. L’élection d’Israël
5. Justice et miséricorde
6. Préceptes et valeurs
7. Le calendrier juif et le cycle des fêtes
8. Le cycle de la vie
9. Prêtres, rabbins et… prêtres cohanims
10. Les femmes dans la culture juive
11. Le peuple d’Israël et la terre d’Israël
12. Jésus/Yeshua juif
13. Paul/Shaul juif
14. Aperçu de l’histoire des Juifs italiens
15. Le dialogue judéo-chrétien du Concile Vatican II à nos jours
16. Description de la signification correcte de certains termes
Et voici donc ce que dit la onzième fiche.
*
Peuple d’Israël et Terre d’Israël
« Eretz Israël », la terre d’Israël, a été le point central des rêves et des
aspirations des juifs depuis les temps bibliques. Le Seigneur dit
à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté, la maison de ton père, et va vers
le pays que je te montrerai » (Gn 12, 1) et c’est là qu’Abraham partit,
creusa des puits, prit soin de ses troupeaux, se comportant avec droiture
envers tous. Et c’est aussi la terre que Dieu a promise aux descendants
d’Abraham, qui allaient y retourner après une longue période d’exil et
d’esclavage.
Dans la Torah, la terre d’Israël est appelée terre de Canaan, avec une
référence particulière à la terre située à l’Ouest du Jourdain. Le
territoire situé à l’Est du Jourdain étant le plus souvent appelé terre de
Galaad dans la Torah.
La terre de Canaan est l’objet de la promesse que le Seigneur a faite aux
patriarches : « À toi et à ta descendance après toi je donnerai le pays où
tu résides, tout le pays de Canaan en propriété perpétuelle, et je serai
leur Dieu. » (Gn 17, 8). Ailleurs dans la Torah, la terre d’Israël est
appelée « la terre », sans autre qualification, étant entendu qu’il s’agit
d’une terre spéciale.
Les livres prophétiques utilisent, en plus de la terre de Canaan, le
terme « terre d’Israël », qui sera par la suite utilisé de panière
prédominante, avec le terme « terre », par les maîtres de la tradition
rabbinique, par opposition aux autres terres, appelées « hus la-hares »
(hors de la terre ») ou « eretz ha-ammim » (terre des peuples). Parfois, la
voix divine l’appelle « ma terre ».
Un autre nom traditionnellement attribué à Israël est « Eretz ḥemdah »
(terre du désir), pour indiquer qu’Abraham, Isaac et Jacob y aspiraient,
à un point tel qu’Abraham acheta la grotte de Makpéla pour enterrer sa femme
Sarah, que le Seigneur empêcha Isaac de quitter Israël et que Jacob demanda
à ne pas être enterré en Égypte, mais bien en terre d’Israël.
On ne rencontre que très rarement l’expression « terre sainte » dans la
Bible, mais néanmoins, la terre est considérée comme un don divin à Israël.
Dieu veille de manière spéciale sur cette terre et sur ce qui s’y passe (Dt
11, 12). Elle est, en fait, la propriété exclusive de l’Éternel, et son
usage est conditionné au respect de ses lois. Le don fait à Israël n’est pas
gratuit. Le Seigneur a fait trois bons dons à Israël : la Torah, la terre
d’Israël et le monde à venir, et aucun d’entre eux n’a été donné autrement
qu’à travers bien des souffrances (Berakhot 5a).
Le caractère central d’« Eretz Yisrael » a toujours été au centre du
culte et de la conscience juive. Lorsque nous prions, nous nous tournons
vers la terre d’Israël, en particulier vers Jérusalem et le lieu où se
trouvait le sanctuaire, et la relation avec cette dernière perdure à travers
l’observance des fêtes religieuses, qui sont presque toutes liées aux
saisons agricoles de la terre d’Israël, et par l’étude des lois concernant
l’usage sacré du territoire.
Ce puissant lien spirituel, mais également physique, est devenu la
composante d’une identité collective idéale. L’espérance d’un retour à la
terre fait quotidiennement l’objet de nos prières et a suscité le
développement d’une immense littérature liturgique et mystique en plus de la
prescription de divers préceptes, qui ne sont pas liés exclusivement à la
vie agricole. L’application du droit pénal, par exemple, ne peut pas être
pratiqué en dehors d’Israël, et même en Israël, certains préceptes
requièrent des conditions préalables telles que la souveraineté de
l’ensemble du peuple juif sur sa propre terre.
Au cours de l’histoire, le rapport entre terre, peuple et Torah a exercé
une influence décisive dans toutes les communautés juives, et la nostalgie
de la patrie perdue a poussé les juifs sur la route du retour. À l’époque où
le sionisme politique envoie en Palestine les premières vagues
d’immigration, une communauté juive existait déjà dans les antiques villes
saintes de Jérusalem, Tibériade, Safed et Chevron, depuis l’Antiquité.
Le sionisme est le mouvement pour l’autodétermination politique du peuple
juif, qui a abouti en 1948 à la naissance de l’État d’Israël. Est-ce que
critiquer une décision du gouvernement israélien revient à être sioniste ?
Bien sûr que non. En revanche, c’est le cas si on ne reconnaît pas le droit
du peuple juif à avoir sa propre existence nationale.
Avant la naissance de l’État d’Israël, il y avait des juifs sionistes et
des juifs antisionistes, il s’agissait d’options légitimes. Être
antisioniste aujourd’hui revient à souhaiter la destruction d’un État,
certes imparfait, mais démocratique, comptant neuf millions de citoyens.
Les autorités ecclésiastiques étaient pour la plupart opposées au
sionisme et à la naissance de l’État d’Israël, d’abord pour des raisons
religieuses liées à la non-reconnaissance de la nature messianique de Jésus,
mais depuis 1994, des relations diplomatiques régulières ont été établies
entre Israël et le Saint-Siège, avec l’ouverture d’une nonciature en Israël
et d’une ambassade israélienne à Rome.
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 04.11.2025
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