 |
|
L'homme est incapable de se tenir debout sur le sol spirituel
|
Le 04 octobre 2025 -
E.S.M.
-
L'homme est un enfant immature, encore
incapable de se tenir debout par ses propres forces sur le sol
spirituel. Joseph Ratzinger accorde une
grande importance à un passage des Confessions où saint
Augustin se désole de ne pouvoir prolonger ni recréer en
sa mémoire l'expérience réelle qu'il a eue de Dieu, et
qui demeure donc momentanée, du fait de son « infirmité
» humaine .
|
|
Pour agrandir
l'image ►
Cliquer
Philosophie - Théologie
- Page
précédente
1)
Saint Augustin unit les deux motifs fondamentaux de la pensée
antique
L'homme est un enfant immature,
incapable de se tenir debout sur le sol spirituel
L'analyse de J.
Ratzinger de l'idée d'Église telle qu'on la trouve dans les premiers écrits
de saint Augustin est nuancée et complexe. Elle fait ressortir que le débat sur
sa conversion à l'Évangile, en 386 - si ce fut une conversion à la «
spiritualité », ou bien à la foi chrétienne historique -, revient
essentiellement à un débat sur sa vision de l'Église. Cette vision
embrassait-elle véritablement, à ce moment de sa pensée, l'Église terrestre «
avec toutes les petitesses si douloureuses de son humanité », qui cachent si
bien « le précieux trésor de la gloire de Dieu » ? La question de l'expérience
qu'Augustin a alors de l'Église n'est pas différente de celle de la
signification et du contenu de sa conversion même. Était-ce l'acceptation de la
communauté chrétienne concrète qu'était cette Église, ou simplement un
changement de point de vue philosophique ? Si l'on s'en tient à la surface du
texte des Confessions, la voie d'Augustin semble
avoir été celle d'un dialogue exclusif entre Dieu et l'âme, et «
rien de plus ».
En un sens, la conversion d'Augustin aboutissait bien à une philosophie
complète, et complètement pure : vision de la vérité de l'Être éternel,
conférant sagesse et félicité, la patria pacis (pays de paix) déjà
aperçue grâce à l'aide des philosophes néoplatoniciens. Cependant, la relation
entre philosophie et religion dans le monde antique diffère du tout au tout de
celle qui nous est habituelle aujourd'hui.
L'arkhè ultime des choses, objet de la quête du philosophe, était
alors précisément cela même qui est digne, dans une communauté humaine,
de l'adoration religieuse. Cette manière
commune de voir, propre au monde classique, façonnait les attentes des
néoplatoniciens. La purification de l'intelligence à
laquelle ils s'exerçaient n'avait d'autre but que de leur permettre de plonger
dans les profondeurs de la divinité même. À côté de cette voie royale,
réservée aux rares philosophes, les néoplatoniciens reconnaissaient l'existence
d'une « purification de l'esprit » dont le grand nombre devait se contenter en
suivant la « voie universelle » offerte par les cultes religieux, une sorte
d'Ersatzform der Philosophie. (Succédané de philosophie) Dans l'Antiquité,
la conversion philosophique laissait donc, à tout le moins, la porte ouverte à
la religion. Mais il y a plus.
Augustin avait été profondément impressionné par la prétention du
christianisme à être tout en même temps via regia, la « voie royale »,
inconditionnellement la meilleure, et salus populi, le « salut du peuple
» universellement accessible. L'Église se proposait d'offrir à la multitude
cette plénitude de salut que les esprits philosophiques tenaient pour réservée à
un petit nombre. Si Augustin accepta cette voie de vie commune de l'Église,
la voie de la foi, plutôt que celle, solitaire et intellectuelle, de la
recherche métaphysique, c'est qu'il s'apercevait du nombre des vérités vitales
que la « foi » nous rend accessibles, en tout premier lieu à travers nos
parents. « L'autorité d'une mère l'amenait à une compréhension plus
profonde de ce qu'est l'autorité dans le royaume de la Sagesse. »
L'homme est un enfant immature, encore incapable de
se tenir debout par ses propres forces sur le sol spirituel.
Joseph Ratzinger accorde une grande importance à un passage des Confessions où
saint Augustin se désole de ne pouvoir prolonger ni recréer en sa mémoire
l'expérience réelle qu'il a eue de Dieu, et qui demeure donc momentanée, du fait
de son « infirmité » humaine .
C'est à cause de cette faiblesse qu'il faut se mettre
en quête de moyens qui aident à aller au delà de soi. « S'emparant à
nouveau de la Bible, il la comprit d'une manière nouvelle. » L'être humain ne
supportant pas telle quelle la « nourriture » divine, il a fallu que le Verbe
divin se mêle à la chair pour que l'homme puisse la goûter.
Par l'Église, l'humilité divine a procuré en son exemple même un remède à cette
maladie dont personne n'est indemne.
Néanmoins la culture grâce à laquelle saint Augustin, dans ses premiers
écrits, explorait la foi chrétienne était encore largement philosophique, et
c'est donc évidemment un regard de philosophe qu'il jeta d'abord sur le mystère
de l'Église. Ici, Joseph Ratzinger identifie deux éléments principaux qui
forment les Ansâtze, les « points de départ» de l'ecclésiologie
augustinienne. Les réflexions de saint Augustin sur la
foi seront capitales pour sa compréhension
de l'Église comme peuple de Dieu.
Mais ses réflexions sur l'amour
le seront bien davantage encore pour dépeindre
l'Église comme maison de Dieu, qui forme le second volet du
diptyque annoncé dans le titre de la thèse. Il n'est pas difficile de comprendre
comment le jeune Augustin, assoiffé de vérité à la fois pour lui et pour les
autres, et se débattant avec les notions de scepticisme et d'autorité, pouvait
se réjouir d'une conception de la foi qui impliquait une référence fondamentale
à la Catholica: l'Église « universelle », le peuple de Dieu. Cette Église
est le lieu où Dieu nous donne l'Invisible sous une forme visible pour nous
sustenter, nous conduisant ainsi toujours plus avant dans l'Invisible, jusqu'à
ce que nous soyons devenus adultes en sa présence.
C'est parce que l'homme a été blessé par le péché que l'Église est devenue le
passage obligé de l'ascension de l'âme vers la Sagesse. Tous doivent
passer par la triade credere, auctoritas, humilitas, «
avoir la foi, accepter l'autorité, pratiquer
l'humilité », s'ils veulent contempler la Sagesse divine dans sa
beauté. difficile est de saisir la
relation que Joseph Ratzinger affirme trouver entre la notion augustinienne
d'amour et l'idée de l'Église maison de Dieu. J. Ratzinger reconnaît que
l'expression « maison de Dieu » n'apparaît pas dans les œuvres primitives de
saint Augustin. Mais ce qui ne cesse d'apparaître, c'est une réflexion sur la
prière et le sacrifice en « leur relation intime au royaume de l'Église comme
lieu de leur réalisation ». Comme l'affirme clairement le , le temple du
Dieu-Esprit doit être l'intériorité de l'homme ; or en ce lieu, foi, Église et
sacrements brillent par leur absence. Ce qui fonde l'espérance que cette
terrible lacune sera à l'avenir comblée pour permettre qu'éclose une notion plus
complète et authentiquement ecclésiale de « temple » de Dieu, c'est l'importance
aux yeux d'Augustin de l'idée d'amour,
dilectio, et de celle d'unité,
unitas. La discipline divine pose devant nous la régula
disciplina du commandement de l'amour de notre
prochain. Quant à l'unité, la conviction platonicienne selon laquelle
tout ce qui est doit posséder une forme d'unité était à tout le moins
entwicklungsfähig « susceptible de développement », quand elle entra en
contact avec la tradition chrétienne d'Afrique du Nord - d'un développement tel
qu'elle put se fondre en une doctrine de l'Église. Cette tradition, Augustin
allait en avoir une expérience toujours plus profonde après son ordination
presbytérale dans l'Église catholique en 391.
Dans toute cette réflexion,
l'attitude de J. Ratzinger à l'égard du platonisme chrétien est remarquablement
nuancée. Il se réjouit de voir Augustin se rapprocher de la sensibilité
historico-salvifique des Écritures ; il ne regrette cependant pas le rôle que
continuent de jouer les thèmes platoniciens dans l'œuvre augustinienne. Ainsi,
par exemple, quand il parle de la conviction néoplatonicienne d'Augustin selon
laquelle le monde d'ici-bas est un « reflet », Abstrahlung, d'un monde
plus réel et plus intelligible que le nôtre, J. Ratzinger conseille à ses
lecteurs de ne pas présumer trop vite que cette pensée soit incompatible avec l'Évangile. Il
existe un dualisme chrétien : celui du créé et de Flncréé. Ce qui manque au
premier Augustin est de saisir pleinement l'implication intime de l'incréé dans
le créé à travers l'histoire du salut.
Son cheminement
intellectuel conduira Augustin d'une théologie purement métaphysique à
une compréhension toujours plus historique du christianisme, d'une acception
purement scolaire de la valeur de l'ordre historique à une prise de conscience
du caractère significatif des formes concrètes dans l'histoire.
Et la forme historique concrète de la réalité
chrétienne est précisément l'Église. Mais pour le jeune Augustin, «
l'activité salvifique de Dieu dans l'histoire et sa présence vivante dans
l'Église [...] appartiennent entièrement à la sphère provisoire et transitoire
du mundus hic ». (Ndlr :
ce monde matériel et temporel, provisoire)'' Ce n'est que plus tard que
saint Augustin verra dans le monde divin non plus le monde des Urgestalten
(Ndlr : formes
primordiales, archétypes abstraits que le jeune Augustin associait au monde
divin) éternelles, des Formes primordiales et intemporelles,
mais la sainte communauté des anges de Dieu, dont
une partie accomplit son pèlerinage terrestre, en attente de la réunion de
la maison de Dieu en sa totalité. Peu à peu, saint Augustin resituera
l'Église ( Ndlr : L’Église
passe d’une simple institution terrestre à une réalité qui unit le ciel et la
terre. le peuple de Dieu en marche, au cœur même du mundus
intelligibilis, (Ndlr :
le monde intelligible, ultime, divin, où se trouve la plénitude du salut.)
du « monde intelligible », de la réalité ultime.
Cet infléchissement de la pensée
d'Augustin au sujet du macrocosme trouve son parallèle, poursuit J. Ratzinger,
dans un développement similaire de sa compréhension du microcosme, c'est-à-dire
de l'homme. Le « charnel » ne s'identifie plus au sensuel, mais à ce qui vit
secundum se ipsum, selon son propre mode, au service de ses propres
desseins, tandis que le « spirituel » ne s'identifie plus à l'intelligible ou à
l'idéal, mais à quiconque vit secumdum Deum,
selon Dieu et sa volonté. Ainsi, plus
saint Augustin transpose la doctrine néoplatonicienne des deux mondes dans les
termes strictement historiques de l'acceptation ou
du rejet du dessein de Dieu sur la création -
grâce ou péché -, plus il se rapproche de
la compréhension biblique de la réalité.
En affirmant cela explicitement, J. Ratzinger ne sous-estime pourtant pas
les arguments par lesquels le platonisme peut se constituer en partenaire
philosophique de la révélation chrétienne. Et le recours au corpus platonicien
ne sera pas rare dans sa propre évolution.
Synthèse des trois derniers chapitres
[Ndlr:
Pourquoi
cette évolution est importante
Elle montre
qu’Augustin intègre l’histoire dans sa théologie (Dieu se révèle et agit
dans le temps).
Elle fonde sa
vision de l’Église comme cité de Dieu en pèlerinage, déjà unie au monde
céleste par la communion des saints.]
[Ndlr] : Les trois
derniers chapitres réécrits en langage clair et moderne :
1. La
vision initiale d’Augustin
Au début de son
parcours, Augustin voyait le christianisme à travers une pensée très
philosophique et abstraite, héritée du platonisme.
Pour lui, l’histoire et le monde présent (mundus hic) avaient peu
d’importance : ils n’étaient que des étapes provisoires avant d’atteindre le
vrai monde divin, composé de formes éternelles (Urgestalten).
2. La
prise de conscience historique
Peu à peu,
Augustin découvre que Dieu agit réellement dans l’histoire et que les événements
concrets ont une valeur pour le salut.
Il commence à voir l’Église non seulement comme une institution humaine
temporaire, mais comme le peuple de Dieu en marche, porteur de cette
action divine dans le temps.
3. La
nouvelle vision du monde divin
Finalement,
Augustin abandonne l’idée d’un monde céleste figé peuplé de formes abstraites.
Il comprend que le vrai monde divin est la communion vivante des anges et des
hommes, dont une partie vit déjà sur terre dans l’Église, et l’autre partie
se trouve auprès de Dieu.
L’histoire devient ainsi le lieu où se construit la cité de Dieu, en
attente de sa plénitude finale.]
Catéchisme
Eglise catholique :
350 Les anges sont des créatures spirituelles qui glorifient Dieu
sans cesse et qui servent ses desseins salvifiques envers les autres créatures :
" Les anges concourent à tout ce qui est bon pour nous " (S. Thomas d’A.,
s. th. 1, 114, 3, ad 3).
351 Les anges entourent le Christ, leur Seigneur. Ils le servent
particulièrement dans l’accomplissement de sa mission salvifique envers les
hommes.
352 L’Église vénère les anges qui l’aident dans son
pèlerinage terrestre et qui protègent tout être humain.
Pages suivantes
3 )
L'Église n'est pas seulement fondée par le Fils ; elle est aussi animée par le Saint-Esprit
4)
Le saint Augustin de la maturité
|
Les lecteurs qui
désirent consulter les derniers articles publiés par le site
Eucharistie Sacrement de la Miséricorde, peuvent
cliquer sur le lien suivant
► E.S.M.
sur Google actualité |
Sources : Extraits de ia
pensée thélogique de J. Ratzinger - Benoit XVI -
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 04.10.2025
|