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La leçon du protomartyr Etienne et de l’apôtre Paul pour un véritable
dialogue entre Juifs et chrétiens
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Le 03 février 2026 -
E.S.M.
- Il est utile de
remarquer que Benoît XVI lui-même s’est à plusieurs
reprises montré sensible à la première question, quand
il écrivait que l’État d’Israël est un État laïc et que
ce n’est qu’en tant que tel qu’il est reconnu par le
Saint-Siège, mais que dans le même temps, « il n’est pas
difficile de voir que dans la formation de cet État, on
peut reconnaître de manière mystérieuse la fidélité de
Dieu à Israël ».
S. M.
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La leçon du protomartyr Etienne et de l’apôtre Paul pour un véritable
dialogue entre Juifs et chrétiens
Le 03 février 2026 -
E.S.M. -
Le changement intervenu ces derniers temps dans les relations entre l’Église
catholique et les juifs réside dans la volonté déclarée, des deux côtés, de
raviver un dialogue devenu compliqué et stérile, voire conflictuel ? Et
comment ? En repartant de « Nostra
ætate », ce texte de Vatican II qui a marqué un tournant capital dans
les relations entre chrétiens et juifs, ainsi que du document explicatif de
2015 intitulé « Les
dons et l’appel de Dieu sont irrévocables ».
Les juifs eux-mêmes ont
reconnu la valeur de ces deux documents, en particulier dans la note « Tra
Gerusalemme e Roma » signée en 2017 par la Conférence des rabbins
d’Europe, par le Conseil rabbinique d’Amérique et par le Grand rabbinat de
l’État d’Israël, dans laquelle il se réjouissaient principalement deux
points clés affirmés par l’Église catholique : « le fait que les juifs
également aient part au salut de Dieu » et la décision de « ne pas mener ni
encourager aucune mission institutionnelle visant spécifiquement les
juifs ».
Et en effet, après des siècles d’antijudaïsme et de conversions forcées,
ces deux points constituent sans aucun doute des avancées importantes dans
les relations entre l’Église et les juifs. Des avancées certes importantes
mais pas décisives. Benoît XVI lui-même, le pape qui s’est impliqué dans le
dialogue plus que nul autre, les définissait déjà dans un de ses écrits de
2017 retranscrit dans un
livre, comme « insuffisants à exprimer de manière adéquate la grandeur
de la réalité ».
Concernant le premier point, ce même document du Vatican de 2015 s’arrête
devant le mystère : « Le fait que les juifs aient part au salut de Dieu est
théologiquement indiscutable, quant à savoir comment cela est possible sans
une confession explicite du Christ, cela reste et demeure un mystère divin
insondable ».
Tandis qu’en ce qui concerne le second point, on peut lire : « Toute en
maintenant le refus – par principe – d’une mission institutionnelle visant
les juifs, les chrétiens sont appelés à témoigner de leur foi en Jésus
Christ même devant les juifs, ils doivent cependant le faire avec humilité
et sensibilité ».
Et c’est précisément à propos de ces deux points qu’un éminent
spécialiste du christianisme des origines, le professeur Leonardo Lugaresi,
que les lecteurs de Settimo Cielo ont déjà eu l’occasion d’apprécier
à plusieurs reprises, vient de publier un article le 29 décembre intitulé « Santo
Stefano, la Chiesa e gli ebrei ».
Dans ses réflexions, le professeur Lugaresi se laisse guider par le livre
des Actes des Apôtres, du « cas sérieux » initial à Jérusalem du protomartyr
Etienne jusqu’à l’énigmatique page finale où l’on retrouve l’apôtre Paul
à Rome.
*
À lire la manière dont les Actes des Apôtres relatent l’épisode
d’Etienne, affirme Lugaresi, il ne fait aucun doute que celle-ci soit
normative pour l’Église de tous les temps.
La première communauté chrétienne n’est en rien idéalisée. Etienne est
élu diacre des tables pour résoudre âpre désaccord entre hellénistes et
juifs concernant la distribution de l’aide alimentaire aux pauvres de leurs
communautés respectives. Et même les notables juifs étaient divisés entre
eux. Les plus hostiles aux disciples de Jésus sont les Sadducéens et la
caste sacerdotale, à laquelle s’opposent des pharisiens renommés tels que
Gamaliel.
Mais « avec Etienne, tout change », écrit le professeur Lugaresi. « Son
action missionnaire et le jugement qu’il pose sur la religion d’Israël et
ses institutions provoquent un saut qualitatif dans l’opposition à la Voie
des disciples de Jésus ».
À Jérusalem, à l’époque d’Etienne, « le christianisme proprement dit
n’existe pas encore : Luc est très précis quand il signale qu’on n’a
commencé à parler de ‘chrétiens’ que bien plus tard, à Antioche ». Il y a
tout simplement « des juifs qui croient que Jésus est le Christ, ressuscité
des morts pour accomplir la promesse divine faite à Israël : il est donc la
Voie que tout le peuple élu doit emprunter pour être sauvé, parce que, comme
le déclare Pierre aux chefs du peuple et aux anciens, ‘En nul autre que lui,
il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux
hommes, qui puisse nous sauver’. Ce destin de salut implique un jugement sur
toute l’expérience religieuse accomplie par le peuple d’Israël jusqu’à ce
moment ; un jugement qui culmine avec la franche reconnaissance de sa
responsabilité dans la mort de Jésus ».
Depuis ses tout premiers moments donc, la foi des disciples de Jésus
a essentiellement pris la forme d’une krisis interne au judaïsme :
non pas un jugement de condamnation et de répulsion mais un appel exigeant
à la métanoïa, à la conversion. Dans sa défense devant le
sanhédrin, le plus long discours de tout le livre des Actes, Etienne pousse
cette krisis à l’extrême en relisant toute l’histoire de l’Alliance
entre Dieu et son peuple. Il s’ensuit une rupture violente, se soldant par
la lapidation du protomartyr.
Le professeur Lugaresi écrit : « De cette manière, les actes des Apôtres
nous montrent clairement l’exemple d’une krisis du judaïsme opérée
par des disciples de la Voie, ces derniers ne se considérant jamais comme
une airesis, c’est-à-dire une branche qui se distingue et se sépare
du corps de la nation juive pour former une autre entité, mais bien comme
une conscience critique interne au sein de l’unique peuple de Dieu ».
Et «
ce leitmotiv fait office de fil conducteur de tout le récit des
Actes du début à la fin, jusqu’au choix de conclure le livre par le
compte-rendu de la rencontre ‘définitive’ de Paul avec les juifs de Rome ».
« On trouve dans le jugement prononcé par Paul à travers la citation
d’Isaïe – fait remarquer le professeur Lugaresi – un jugement très dur sur
le refus de la majorité des juifs d’adhérer à la Voie, qui leur est offerte
à eux en premier lieu, et dans un deuxième temps seulement aux païens, sans
qu’il s’agisse pour autant d’une rupture de la relation critique entre juifs
et chrétiens. C’est en ce sens qu’il est important de ne pas omettre le
verset 29 du dernier chapitre des Actes, attesté par la tradition
occidentale qui, en décrivant le congé des juifs romains au terme de leur
longue rencontre avec Paul, dit ceci : ‘Après avoir prononcé ces paroles,
les Juifs s’en allèrent, et ils discutaient avec animation entre eux’. On
peut lire dans cette annotation l’indication d’une mission que les disciples
de la Voie devront assumer de manière permanente : celle de faire en sorte
que les Juifs continuent à être incités à ‘discuter avec animation entre
eux’ au sujet de Jésus Christ.
La parrhésie avec laquelle le vieux Paul enseignait à tous ceux qui viennent
le trouver, qu’ils soient juifs ou gentils, ‘ce qui concerne le Seigneur
Jésus Christ’, évoquée dans le dernier verset du livre, est la
substantifique moelle de toute l’histoire ».
*
Avec le refus de la majorité des Juifs d’accepter la krisis
chrétienne du judaïsme et de se mesurer à elle, le livre des Actes rapporte
ainsi une hostilité antichrétienne qui précède l’antijudaïsme pluriséculaire
ultérieur, « sur l’inacceptabilité duquel il faut être clairs, sans
équivoques ni réserve mentales », surtout quand on le combine avec
l’antisémitisme moderne.
Aujourd’hui, pour l’Église catholique, l’antijudaïsme appartient au
passé, hormis quelques franges marginales. Et même la « théologie de la
substitution » a été substantiellement rejetée.
Toutefois, écrit le professeur Lugaresi : « L’Église n’a pas encore été
capable d’élaborer une théologie de la krisis, c’est-à-dire qu’elle
a renoncé à exercer à l’égard des juifs d’aujourd’hui le même service de
charité provoquant mais indispensable que leur ont rendu les premiers
chrétiens, à leurs propres dépens, payant le prix de l’hostilité et parfois
du sang. Sous le sentiment de culpabilité, l’Église s’est interdite la
parrhésie évoquée par les Actes et est devenue pratiquement aphasique et
muette ».
En concluant sa réflexion, le professeur Lugaresi soutient donc que
« nous ne pouvons éviter d’aborder un ‘cas sérieux’ semblable à celle du protomartyr Etienne : qu’en est-il aujourd’hui de la foi d’Israël ? Et qu’en
est-il de la foi des chrétiens par rapport à Israël ? ». Parce que, même
vis-à-vis de l’État d’Israël, « on ne peut interagir sur un plan
exclusivement géopolitique, juridique ou humanitaire, sans aborder le nœud
théologique qui l’entoure ».
Comment peut-on, par exemple, réduire le sionisme à sa seule « dimension
sécularisée, qui substitue, dans l’aspiration à la restauration de la
‘royaume d’Israël’, la confiance en Dieu et en ses promesse par un projet
basé sur l’œuvre de mains humaines » ?
Ou encore, comment peut-on renoncer à « demander au peuple juif de
reconnaître une trahison funeste de la foi dans le Dieu d’Abraham, de Moïse
– et de Jésus Christ ! – dans l’attitude d’une partie du judaïsme religieux,
souvent qualifiée d’ ‘ultraorthodoxe’ qui conçoit l’élection d’Israël comme
un privilège exclusif et d’une suprématie raciale sur les peuples, avec la
terrible conséquence d’un mépris substantiel pour la vie et la dignité de la
population palestinienne à Gaza et en Cisjordanie » ?
Le professeur Lugaresi
se borne à faire seulement allusion à ces deux questions,
reconnaissant sa propre incompétence. Mais il est utile de remarquer
que Benoît XVI lui-même s’est à plusieurs reprises montré sensible
à la première question, quand il écrivait que l’État d’Israël
est un État laïc et que ce n’est qu’en tant que tel qu’il est reconnu par le
Saint-Siège, mais que dans le même temps, « il n’est pas difficile de voir
que dans la formation de cet État, on peut reconnaître de manière
mystérieuse la fidélité de Dieu à Israël ».
Et quant à la seconde question, comment ne pas admettre qu’il existe
également un « sionisme chrétien », très proche d’un certain judaïsme ultraorthodoxe, que l’on retrouve dans
la sphère catholique mais qui est principalement répandu chez les
évangéliques américains, où milite notamment l’ambassadeur des États-Unis en
Israël, Mike Huckabee : un sionisme chrétien dénoncé dans une récente
déclaration des patriarches des Églises de Terre Sainte, avec une
réplique acerbe de Huckabee lui-même ?
Bref, le chemin vers un renouveau du dialogue entre l’Église et le
judaïsme est plus exigeant que jamais. « Mais il faut le faire », conclut le
professeur Lugaresi, « même au prix de rendre plus problématique les
relations entre chrétiens et juifs, en enfreignant une certaine bienséance
interreligieuse qui interdit la parrhésie. Je crois en effet qu’il y a,
parmi les juifs croyants, des hommes et des femmes de foi et de bonne
volonté disposés à entreprendre ce chemin de concert avec nous ; des
personnes avec lesquelles mener « des discussions animées » sur la diversité
de notre participation à l’unique Alliance. »
Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire
L'Espresso.
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Sources
: diakonos.be-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 03.02.2026
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