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On est parvenu à arracher Dieu du cœur des hommes

Le 01 décembre 2025 - E.S.M. L'avenir prend corps là où des hommes se retrouvent ensemble dans des convictions qui donnent forme à la vie. Et un avenir bon grandit là où ces convictions procèdent de la vérité et y conduisent.

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On est parvenu à arracher Dieu du cœur des hommes

Introduction au christianisme

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 - Paris 1968, on célébrait une eucharistie révolutionnaire

     On ne peut pas nier que dans les différentes théologies de la libération, il existait également de nombreuses intuitions qui méritent réellement la réflexion. Mais toutes ces visions durent s'effacer en tant que figures d'une synthèse entre la réalité chrétienne et le monde inaugurant une époque nouvelle au moment où la croyance en la politique comme une puissance de salut s'effondra. Il est vrai que, comme le dit Aristote, l'homme est un « être politique », mais il ne doit pas être réduit à la politique et à l'économie. Je vois le problème véritable et le plus profond de la théologie politique dans le fait que l'idée de Dieu disparaît dans les faits - ce qui naturellement a modifié également de façon fondamentale la figure du Christ (comme on l'a déjà indiqué). Ce n'est pas qu'on aurait nié Dieu - dans aucun cas. Mais tout simplement on n'avait pas besoin de lui pour la « réalité » vers laquelle il fallait se tourner. Il était sans fonction. On est conduit alors soudain à se poser la question : était-ce le cas seulement dans la théologie de la libération ? Ou n'aurait-on abouti à cette manière de considérer la question de Dieu comme sans pertinence pratique pour entreprendre la nécessaire transformation du monde que parce que le christianisme pensait ainsi dans une large mesure, ou plutôt vivait ainsi, sans y réfléchir et sans s'en rendre compte ? La conscience chrétienne n'a-t-elle pas pris son parti dans une large mesure - sans s'en rendre compte - de ce que la foi en Dieu soit quelque chose de subjectif, qu'elle relève de la sphère privée et qu'elle n'ait pas sa place dans les activités communes de la vie publique dans lesquelles, pour pouvoir travailler ensemble, il fallait donc s'installer etsi Deus non daretur (pour le cas où Dieu n'existerait pas). Ne devait-on pas trouver une voie qui soit valable également pour le cas où Dieu n'existerait pas ? Il en résultait au fond tout naturellement que lorsque la foi sortait de l'espace intérieur de ce qui relève de l'Église pour passer dans l'espace public et universel, il n'était pas possible d'assigner une fonction à Dieu, et qu'on le laisse où il était : dans le domaine privé, dans la sphère intime qui ne regarde personne. C'est pourquoi il n'a fallu aucune négligence particulière, et surtout aucune négation délibérée pour que Dieu soit laissé sans fonction, d'autant qu'on avait bien souvent abusé de son nom. Mais la foi ne serait réellement sortie de son ghetto que si elle avait emporté avec elle dans l'espace public ce qui est réellement son bien propre : le Dieu qui juge et qui souffre, le Dieu qui nous pose des limites et nous donne des critères ; le Dieu de qui nous venons et vers qui nous allons. Mais telles que les choses se sont passées, elle resta davantage encore dans le ghetto de l'absence de fonction.
    Or Dieu est « pratique » : il n'est pas seulement une sorte d'achèvement théorique de l'image du monde avec lequel on se console, auquel on s'attache, ou devant lequel on passe tout simplement. Nous voyons cela aujourd'hui partout où sa négation consciente est allée jusqu'au bout, et où son absence n'est plus atténuée par rien. Tout d'abord, en effet, là où l'on omet Dieu, tout paraît continuer comme auparavant. Des décisions fondamentales qui ont été prises, des formes fondamentales de la vie demeurent, même si elles ont perdu ce qui les justifiait. Mais lorsque, comme le montre Friedrich Nietzsche, le message de la mort de Dieu est entendu réellement et qu'il touche les hommes dans leur cœur, tout devient différent. On le voit aujourd'hui pour une part dans la manière dont on traite la vie humaine dans les sciences, où l'être humain devient tout naturellement un objet technique et disparaît de plus en plus en tant qu'être humain. Lorsqu'on « cultive » techniquement des embryons pour avoir du « matériel de recherche » et constituer des réserves d'organes destinés à servir ensuite à d'autres humains, il n'y a déjà plus guère de cri d'effroi. Le progrès exige tout cela, et ses buts sont nobles, bien sûr : améliorer la qualité de vie des hommes, de ceux, en tout cas, qui peuvent se permettre de recourir à de tels services. Mais si l'homme, dans son origine et dans ses racines, n'est pour lui-même qu'un objet, s'il est « produit » et qu'il est sélectionné dans cette production en fonction de souhaits ou de l'utilité, qu'est-ce que l'homme doit réellement penser encore de l'homme ? Comment se comporter à son égard ? Quelle sera l'attitude de l'homme vis-à-vis de l'homme s'il ne peut plus rien trouver dans l'autre du mystère divin, mais seulement encore son propre pouvoir-faire ? Ce qui apparaît ici dans les zones « élevées » de la science a son reflet partout où, sous toutes les latitudes, on est parvenu à arracher Dieu du cœur des hommes. Il existe aujourd'hui des zones franches du trafic des êtres humains, de la consommation cynique de l'être humain, face auxquelles la société se trouve sans armes. D'Albanie, par exemple, des syndicats criminels livrent de façon continue des femmes abusées sur les rivages du pays qui lui fait face pour qu'elles s'y prostituent, et parce qu'il existe là suffisamment de « cyniques » qui attendent cette « marchandise » ; les organisations criminelles deviennent plus puissantes et la défense doit constater que l'hydre du mal voit repousser continuellement de nouvelles têtes, quel que soit le nombre de celles qu'on parvient à couper. Et ne voyons-nous pas tout autour de nous, dans un environnement apparemment entièrement ordonné, la progression d'une violence qui devient de plus en plus naturelle et effrénée ? Je ne veux pas prolonger davantage le scénario de l'épouvante. Mais nous devrions nous mettre à réfléchir et nous demander si ce n'est pas Dieu malgré tout qui est la réalité véritable, le présupposé fondamental de tout « réalisme », de sorte que sans lui rien ne demeure sauf.
    Revenons à ce qu'a été le développement historique depuis 1967. L'année 1989, je l'ai dit, n'a pas apporté de nouvelles réponses : elle a accru plutôt la perplexité et nourri le scepticisme vis-à-vis des grands idéaux. Mais quelque chose s'est passé malgré tout. La religion est redevenue moderne. On n'attend plus sa disparition ; au contraire, elle foisonne sous diverses formes nouvelles. Dans la solitude de plomb d'un monde vide de Dieu, dans son ennui intérieur, la quête d'une mystique, d'un contact quel qu'il soit avec le divin, s'est manifestée à nouveau. Un peu partout il est question de visions et de messages venus de l'autre monde, et partout où l'on entend le mot « apparition » des milliers de personnes se mettent en route pour découvrir peut-être, malgré tout, une fente dans le monde par laquelle le ciel les regarde et leur apporte une consolation. On se plaint de ce que la nouvelle quête de religion passe largement à côté des Églises chrétiennes traditionnelles. L'institution dérange, et le dogme dérange. On recherche quelque chose à vivre, l'expérience de toute autre chose. Je n'acquiescerai pas entièrement à cette plainte. Aux grandes journées mondiales de la jeunesse, comme aux dernières à Paris, la foi devient expérience et donne la joie de la communion. Quelque chose d'une extase au meilleur sens du terme se communique. À l'extase sombre et destructrice de la drogue, des rythmes lancinants, du bruit et de l'ivresse, vient s'opposer une belle extase de la lumière, de la rencontre joyeuse dans la lumière de Dieu. Ne disons pas que c'est l'affaire d'un instant seulement. Il en est souvent ainsi, sans aucun doute. Mais il peut s'agir également d'un instant qui devient un nouveau départ et qui met en route. Quelque chose de semblable se produit dans les mouvements qui sont apparus en grand nombre dans les dernières décennies. Là aussi la foi devient une forme de vie dont on peut faire l'expérience, joie de se mettre en route et d'avoir part au mystère du levain qui imprègne et renouvelle le tout de l'intérieur. Enfin, s'ils comportent un noyau sain, les lieux d'apparitions peuvent devenir eux aussi des incitations à aller à la recherche de Dieu de façon nouvelle et sobre. Il est vrai que ceux qui pensaient que le christianisme deviendrait maintenant un mouvement de masse se sont trouvés déçus. Mais ce ne sont pas les mouvements de masse qui portent en eux les promesses de l'avenir. L'avenir prend corps là où des hommes se retrouvent ensemble dans des convictions qui donnent forme à la vie. Et un avenir bon grandit là où ces convictions procèdent de la vérité et y conduisent. Mais la redécouverte de la religion a encore un autre visage. Nous avons déjà vu que cette redécouverte est en quête de la religion en tant qu'expérience, que l'aspect « mystique » de la religion est importante pour elle : la religion en tant que contact qui s'offre à moi avec ce qui est tout autre. Dans la situation historique qui est la nôtre, cela signifie que les religions mystiques d'Asie (des parties de l'hindouisme et du bouddhisme), avec leur renoncement à toute dogmatique et leur institutionnalisation réduite, semblent s'accorder davantage avec l'humanité éclairée que le christianisme dont le contenu est déterminé par des dogmes et qui a une forme institutionnelle. D'une manière générale cependant, il se produit une relativisation des différentes religions dans lesquelles, quoi qu'il en soit de leurs différences, voire de leurs oppositions, seuls importeraient en fin de compte, sous des figures diverses, la face intérieure de toutes ces formes différentes, le contact avec ce qui ne peut pas être nommé, avec le mystère caché. Et on s'accorde largement pour considérer que ce mystère ne se manifeste entièrement dans aucune figure de révélation, que toujours il est pressenti seulement et cherché de façon enfouie et fragmentaire, et comme étant pourtant le même et l'unique. Que nous ne puissions pas connaître Dieu lui-même, que tout ce qui est dit et représenté ne peut être que symbole, est même une certitude fondamentale de l'homme moderne, et il la comprend aussi en quelque sorte comme son humilité devant l'infini. Cette relativisation va de pair avec l'idée de la grande paix des religions qui se reconnaissent mutuellement comme des manières différentes de refléter l'unique réalité éternelle, et qui devraient donner aux hommes la liberté de choisir par quelle voie ils avancent à tâtons vers ce qui malgré tout les unit toutes. Un tel processus de relativisation modifie la foi chrétienne de façon décisive sur les deux points fondamentaux de ce qui la constitue.

A suivre :
- Le Christ cesse d'être l'homme qui est Dieu pour devenir un homme qui a fait l'expérience de Dieu
- Si Dieu n'est pas en Christ, il s'éloigne dans un lointain incommensurable
 

 
   

 

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Sources :Texte original des écrits du cardinal Ratzinger et du pape Benoit XVI -  E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 01.12.2025